Sausseret. t. Il, p
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femmes. Une gravure de C. Galle représente la Vierge abritant sous son manteau des gens de diverses conditions, dont un Carme et une Carmélite et leur distribuant des scapulaires • on sait que le port du scapulaire est une dévotion propre au Carmel ; elle aurait été enseignée par la \ ierge à saint Simon Stock. Mercédaires, Servites, Prémontrés, Chartreux se sont fait représenter, eux aussi, agenouillés sous le manteau de Marie. Il n'est pas jusqu'aux Jésuites, ces tard-venus du monde monastique, qui n'aient tâché de s'approprier la vieille légende cistercienne. Un de leurs plus récents auteurs', après avoir raconté sans chronologie ni critique et d après des ouvrages de deuxième ou troisième main, quelques-unes des apparitions"^ dans lesquelles la Vierge s'est montrée abritant un Ordre religieux sous les plis de son manteau, continue ainsi : « La Mère de Dieu daigna faire à plusieurs reprises une grâce semblable aux religieux de la Compagnie de Jésus... Parmi les enfants de saint Ignace, un des plus célèbres par son amour envers la très sainte Vierge et par les faveurs qu'il en reçut, est sans contredit le P. Martin Gutierez... Marie se fit voir à lui, racontent les Tableaux des personnages signalés de la Compagnie de Jésus^\ •' comme une Royne très riche- (' ment esquipée, toute parsemée de pierres et debrillans plus « brillans que le soleil ; et sous sa robe royale, laquelle esten- (( doit bien au large, elleembrassoit tousles enfansde laCom- « pagnie. pour leur donner à entendre qu'elle estoit leur mère « et qu'elle les couvoit tous dessous les esles de sa protection, <( comme la poule fait ses poussins ''» .
A la fin du xvi*" siècle, le thème de la A ierge au manteau donne naissance en Allemagne à une dévotion extravagante.
1. Le 1'. Tcifien. La Mère de Dieu cl la Mère des hommes Paris. l'jOo . 2- partie, t. II, p. 119.
2. " Rien, ce semble, n'autorise à en mettre en doute rauthenticité » : cette appréciation du P. Terrien [Op. cit., p. 116) donne la mesure de sa critique. Il comrhence par laconter d'après Lacordaire la vision de saint Dominique, puis il passe à la visif>n rapportée par Thomas de Chantimpré, qu'il cite d'après un ouvra},'e de dévotion dominicain fies Lezioni morale sopra Gionk du P. Pacinclielli O. P.; et qu'il apprécie ainsi : <> Cette vision rej,'arde l'Ordre de saint Dominique plus encore cpie Citeaux. quoiqu'elle soit très apte à montrer la fraternelle alliance des dilTércnts Ordres sur le sein de leur commune mère. •>
.i. Attribué f,'énéralement, mais à tort, au P. Pierre d'Outreman : cf. Sommcrvogel, Bihl. de la C" de Jésus. VI, 37.
1. Cf. Acla .S.S., août. I, j). 168, d'après les Opuscul. spirit. de Lancinius. 1. II, ch. 2. n° n8: Bridoul. t. I. p. 1 17 : Saussercl, t. II, p. 1 14, etc.
Perdrizet, La Vierge de Miséricorde
LA VIERGE AU MAMEAl ET LES ORDRES RELIGIEIX 47
Le P. Bridoul, Jésuite, raconte qu'Eléonore d'Autriche, qui fut duchesse de Mantoue, « avoit pris «^oust en Allemagne à une certaine dévotion qu'on nomme le Manteau de Notre-Dame^ qui consiste à réciter ou à faire réciter 32.000 Ave Maria en l'honneur de la A'ierge Marie ; mais parce que la qualité de son état lui dérobait les meilleures heures du jour, elle fut contrainte de s'en décharger sur ceux de sa cour et sur plusieurs monastères, partageant entre eux le nombre des Ave Maria que nous avons dit^ ». Expliquons, en passant, ce chilfre de trente-deux mille : 32 et 33 sont des nombres auxquels la mystique chrétienne a prêté une vertu singulière, parce que Jésus a été crucifié dans sa trente-troisième année, après avoir passé trente-deux ans sur la terre. Les flagellants du XIV'' siècle quittaient leur maison pour une période de 32 jours et demi-^. Les prophètes, à la clôture du chœur de la cathédrale d'Albi-^ sont au nombre de 33. La Divine Comédie se compose de trois poèmes de 33 chants chacun (plus un prologue). LTn roi de Danemark, étant venu à Cologne pour apporter de riches offrandes au tombeau des rois Mages, les vit en songe ; ils le remercièrent et lui prédirent qu au bout de 33 ans, il mourrait et serait sauvé '. En 1389, Urbain ^'I statua que le jidîilé aurait lieu tous les 33 ans, en souvenir de la vie terrestre de Jésus-Christ. Le « chapelet de X.-S. )i, institué vers loi 6 par le Camaldule Michel de Florence, a 33 grains (30 petits et 3 gros) en mémoire des 33 ans que Jésus-Christ a passés sur la terre. Cette mystérieuse
1. Le P. Bridoul. Le Triomphe annuel de Marie Lille. 16 10 . l. H. p. 163.
2. Ou de 33 jours et demi : les ténîoig;nag:es varient. Les lla^ellants « disoient qu'ilzles convenoit ainsy aler par lespace de XXXII jours et demy et qu'il le sçavoient ainsy par la demonstrance divine a la remembrance de N. S. qui ala par terre près de XXXII ans et demy » {Clxroni<[ue de Jean Le BeL écl.Viard et Déprez, t. I, p. 224}. Froissart, la recfula flarfellatorum (Kervyn de Lettenhove. éd. de Froissart, t. XVIIL p. 308 ; ditrahit /'raternitas XXXIII diehiis ciini diniidio . la Chronique publiée par Le Houx de Lincy
Recueil de chants historiques français, t- L p. 235 et Kcrvyn (Op. ci7.,p. 30ô) parlent de 33 jours et demi : « XXXIII ans et demi ala Dieus .T.-C. par terre, cnsi que les saintes Escriptures tesmoni;nent : et il alerent casc[une compafrnie .VXXIII jours et demi » Froissart, éd. I. p. 330 . Cf. encore Gui^uc, éd. du Poème sur la qrande peste, par Olivier de la Haye (Lyon, 1888). p. xi.