‹ La Vierge de Miséricorde; étude d'un thème iconographiqueChapitre 33 sur 158 · Didron. Manuel d'iconorfraphie chrétienne, p · texte numérisé non relu

Didron. Manuel d'iconorfraphie chrétienne, p

1. Gesia Romanoram, chap. xlvh. Il est vrai quOesterley imprime expletis XXIIl annis ju([iler in caelestihus nohisciim reipiahis ; mais XXIII est soit une faute d'impression, soit une mauvaise leçon ; car la \ersion française des Gesla Le violier des hislnires romaines, éd. Brunet, p. 110 traduit ainsi : " Le terme descript accomplis de 33 ans, il mourut et fut sauvé. »

48 CIIAPITHE III

« Compagnie du Saint-Sacrement » dont nous commençons à entrevoir laction occulte, entretenait au milieu du xvii'- siècle un séminaire dit « des Trente-Trois », parce qu'il contenait trente-trois écoliers, « en mémoire d'autant d'années que Ton croit que X.-S. a passées sur la terre ' ». Au xviii'' siècle se fondent des « Associations à l'honneur des sacrés cœurs de Jésus et de Marie- », composées de 33 personnes en mémoire des « 33 années de la vie divinement humaine de notre adorable Sauveur ». Une idée mystique toute pareille explique le « chapelet de sainte Brigitte », qui se compose de 63 dizaines à Ave, en souvenir des années que la sainte ^ ierge a vécues en ce monde •^.

Ainsi, par une suite de pieux larcins, la ^'ierge au manteau protecteur a passé des Cisterciens aux Dominicains, puis aux autres Ordres, et finalement aux Pères Jésuites.

On sera surpris, peut-être, de n'avoir pas vu paraître les Franciscains dans cette longue histoire. Il ne faudrait pourtant pas croire qu ils n aient pas cherché, eux aussi, à se blottir sous le manteau de Marie.

Il existe au musée de l'Académie, à Sienne, un petit tableau que les critiques s'accordent à attribuer au grand maître siennois, Duccio di Buoninsegna : ce tableautin serait donc de la fin du xiii'^ siècle. Il représente la Vierge assise, tenant 1 Enfant sur son genou; aux pieds de la Vierge, beaucoup plus petits qu'elle, sont agenouillés trois fratelli; le premier baise le pied de la Vierge, les deux autres l'implorent les mains jointes : et la Vierge miséricordieuse ramène sur eux le pan de son manteau. Cette représentation, unique à ma connaissance, montre qu à l'époque même où les Dominicains s'appropriaient la vision cistercienne, le symbole du manteau protecteur de Marie n'était pas inconnu des Franciscains.

L'auteur du Guide de l'art chrétien, Grimoûard de Saint- Laurent, possédait une miniature provenant d'un graduel

1. R. Allier. Le testament de M. Le Gaufj'rc. dans la Revue de Paris du 1" sept. 1906. p. 177.

2. Voir la plaquette ]nibliéc sous ce litre en 17k| à Nancy, chez Pierre lîarhier.

:i. Rouyer, dans la Revue helcje de numisma(i(iue, 1897, p. 207. Cf. R. de Maulde. Jeanne de France, p. i65 : « Un bref de Léon X porta à 70.000 jours l'iiidnlj^cncc de ceux qui ont reçu les 72 insijrnes eu Ihonneur des 72 ans de la vie de la sainte Vierge. » La tradition n'est pas unanime sur le nombre des années que la Vierge a passées en ce monde.

franciscain, qui représentait la Vierg-e abritant sous les plis de son manteau des Franciscains agenouillés. Cette fois, c'est bien le type ordinaire de la Vierge de Miséricorde : elle est debout, les priants sont répartis en deux groupes symétriques, à droite et à gauche. Cette miniature, qu'on ne connaît que par le calque publié par Grinioùard et que j'ai vainement tâché de retrouver, est le seul exemple qui me soit connu d'une Vierge abritant sous son manteau la famille séraphique. Un fait isolé ne prouve rien. On a démesurément grossi l'importance de la miniature de Gi'imoûard : reproduite par Barbier de Montault, comme exemple du type iconographique de la Vierge au manteau — c'était vraiment faire trop d'honneur à une représentation médiocre et dont on ignore la date^ et la provenance — elle a été alléguée par Kraus d'après Barbier comme preuve de l'origine franciscaine du thème en question. En réalité, pour montrer que ce thème n'est pas resté indifférent à la mystique franciscaine, il y a de meilleures preuves que cette miniature. Dès le milieu du xiii*^ siècle, les confréries de pénitence et de charité cherchent un refuge sous le manteau de la Vierge : or, ces confréries sont presque toutes, plus ou moins directement, d'origine franciscaine, et la première qui se soit fait représenter sous le manteau de Marie tenait sa règle de saint Bonaventure, un Franciscain. Plus tard, au xv*^ siècle, ce sont les prédications d un autre Franciscain, saint Bernardin de Sienne, qui poussent les foules italiennes, aifolées par la peur des pestes et de l'Antéchrist, à se réfugier sous le manteau de Marie, pour y chercher un aljri contre les flèches de la colère divine.

1. Grimoïiai'cl et Barbier dataient cette miniature du xiii'^ siècle ; elle ne paraît pas antérieure au xiv.

Fi;nuHi/.iiT. — Lit Vienje de Miséricorde.

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