‹ La Vierge de Miséricorde; étude d'un thème iconographiqueChapitre 43 sur 158 · PI. VU · texte numérisé non relu

PI. VU

Fondation des Confréries, au xiii^ s., sous l'influence des Ordres mendiants ; le Tiers-ordre franciscain. — Flagellants et Pénitents. — Saint Bonaventure et la Confrérie romaine des Recoininandati Virgini. — Dévotion des Confréries pour la Mère de Miséricorde. — La Vierge au manteau protecteur figurée sur les retables, les bannièi"es et les enseignes de Confréries. — Les Misericorilie d'Italie, les Scuole de Venise, les Pénitents de Provence, les Charités de Normandie. — La Confrérie de Saint-Nicolas-des-Clercs à Toul.

Gomment, de monastique que le thème de la Vierge au manteau était à l'origine, est-il devenu, au sens étymologique du mot, « catholique », cest-à-dire universel"? Comment la Chrétienté tout entière a-t-elle réussi à s'agenouiller sous le manteau protecteur, qui n'abritait au xii'' siècle qu'un Ordre religieux? Comment s est opéré le passage d'une conception à l'autre, sous quelles intluences, par quels intermédiaires et à quelle époque '?

Je crois que cette évolution s'est accomplie, du milieu du xui*^ siècle au milieu du xiv*^, sous l'influence des Franciscains et des Dominicains, par l'intermédiaire des Confréries.

Les Confréries, associations de laïques fondées pour pratiquer certains exercices de dévotion, certaines œuvres de charité, pour honorer particulièrement un mystère ou un saint, semblent avoir commencé à se développer au xiii^ siècle. Les mêmes causes qui expliquent l'institution du Tiers-ordre

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franciscain et du Tiers-ordre dominicain expliquent la naissance el la vogue rapide des Confréries K

L'Ordre franciscain, à son début, était animé d'un esprit si différent de l'égoïsme, de la cujoidité et de l'ambition qui inspiraient les autres familles relig-ieuses, la vie et la prédication des premiers frères Mineurs étaient si conformes à la pure doctrine évangélique, les nouveaux prédicateurs étaient si enthousiastes, ils savaient si bien le secret de toucher l'àme populaire, que les foules chrétiennes furent saisies d'un immense désir de devenir franciscaines. Tel était l'empressement à entrer dans l'Ordre nouveau que le fondateur craignit, dit-on, de vider le monde et d'attirer la chrétienté entière dans les cloîtres. Il eut l'idée de créer, au proiit des postulants et postulantes qu'il ne pouvait admettre, une affiliation de gens vivant pieusement dans le siècle "-. Cette ramification de l'Ordre franciscain parmi les séculiers s'est appelée depuis le Tiersordre '^ les plus anciens documents l'appellent la Confrérie de la Pénitence, Ordo poenitentiiun, Fratres de poenitentia. Elle naquit spontanément de l'enthousiasme qu'excitèrent les prédicateurs de François, dès 1210. après son retour de Rome ^.

Le Tiers-ordre franciscain, et d'une façon générale les Confréries de pénitence, sont parmi les manifestations les plus caractéristiques de ce « pieux laïcisme » ' dont les masses chrétiennes ont été agitées au xiii*' siècle. Elles tâchent de faire elles-mêmes leur salut, elles ne l'attendent plus uniquement

1. On a écrit que <i les Confréries s'étaient extrêmement multipliées dès la fin du xn" siècle » et cité, à l'appui de celte asserliou, une décision d'un concile qui avait été tenu à Rouen en 1189 et dont les actes seraient jiubliés au t. II du recueil de Labbe, p. 585 ; en réalité, le t. II de Labbe est consacré aux conciles du i\° siècle, il n'y a pas eu de concile en 1189, ni à Rouen ni ailleurs, et la décision citée, qui concerne les abus des Charités normandes, est empruntée aux actes d'un concile tenu à Rouen en lôsl [Concilia lîolomagensis jjrovincia, éd. dom Dessin, Rouen, 171", p. 223 ; Labbe, Concilia, t. XV, p. S51). Cf. dans la Bihl de l'École des Charles, 1881, p. 5, la charte d'érection d'une confrérie de saint Martin, dans le monastère de Canipou,au diocèse d'Elne, datée du 2 avril 1295. — Sur les Confréries en général, voir les auteurs cités par A. Mat ter. dans la Reçue de Paris, 1906, 11, p. I8.'5.

2. Karl Mi'dler, iJ/'e .In/Vi/ij/e des Minorilensordens und der Ihissbruderschaften (P'ribourg-, 1885), p. 117, 13 4.

3. L'appellation /'/•<'i<re.s terlii ordinis S. F ra ncisc i piwnil jjour la première fois en 1231 (Mi'dler, op. cit., p. 135).

4. Prcmièi'e vie de saint François par Thomas de Celano, dans Acta SS., cet. II, p. t)9S lî et la note m ; cf. dans le même tome des.4c/,i, la p. 593 et Sabatiei-, Vie de sainl François dWssise, p. 305.

5. Kraus, Ilisi . de rEf/lise, Irad. fr. (Paris, 1898). t. II. p. 3i8.

du prêtre. Les foules, à cette époque, ont une extraordinaire faculté d'émotion ; des enthousiasmes délirants s'emparent d'elles et leur inspirent toutes les saintes folies de la croix. L'Eglise assiste à peu près impuissante à ces mouvements désordonnés, qu'elle n'a pas créés : Croisades des enfants, en 1212 et en 1237 i; Croisade des pastoureaux, en 1251 ~. Ce sont des pays entiers qui se lèvent et se rassemblent autour des prédicateurs populaires : Berthold de Ratisbonne parlait à des foules de 60.000 personnes ; fra Giovanni Schio de Vicence pacifia un instant, en 1238, tout le nord de l'Italie et jeta Guelfes et Gibelins dans les bras les uns des autres-^.

Saint François n'avait pas donné de règle aux Tertiaires ^. Dans sa pensée, leur règle devait être l'Evangile; et leur but, la paix et la concorde entre tous les hommes. Mais les Frères et les Sœurs de la Pénitence dévièrent vite du chemin que le fondateur leur avait tracé. Les Confréries de pénitence tombèrent bientôt dans les pratiques extérieures et la dévotion mécanique. Elles imitèrent les dehors et les façons des Ordres. A partir de 1260, elles prennent modèle sur les flagellants. Dans toutes les associations de pénitents, la discipline prise en commun était de règle''. En Italie, les membres de ces Confréries s'appelaient indifféremment Poenifentes ou Disciplinati.

1. Hecker. Die ffrossen Volkskrankheilen des Mittelallers, réédition de Ilirsch (Berlin, 1865), p. 124-142.

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