‹ La Vierge de Miséricorde; étude d'un thème iconographiqueChapitre 44 sur 158 · Élie Berger, Histoire de Blanche de Castille, p · texte numérisé non relu

Élie Berger, Histoire de Blanche de Castille, p

3. Sabatier, o/). Liud., p. 132. Le résultat le plus important des prédications populaires dans l'Italie du xiv" et du xv' siècle aurait été. d'après Jacob Burckhardt, d'amener des réconciliations entre des ennemis déclarés : " il ne s'obtenait qu'à la fin d'une série de sermons, quand l'esprit de pénitence avait gajrné à peu près toute la ville, quand l'air retentissait du cri de tout le peuple : Misericordia .' « Pareva che l'aria si fendesse, » dit un chroniqueur. On voyait alors des familles se réconcilier et s'embrasser solennellement, même s'il y avait eu du sang versé. On permettait aux bannis de rentrer dans la ville » (La civilisalion en Italie au temps de la Renaissance, Paris, 1S85, t. II, p. 240.. Les deux mouvements flagellants, de 1260 et de 1350, produisirent des effets analogues.

4. La règle des Tertiaires, que la tradition attribue à saint François, dérive, comme la montré MûUer (op. cit., p. 117-129), de la bulle de Nicolas IV, Supra montent (17 août 1289).

5. « Il y aurait un grand profit à établir en l'iionneur de la Mère de Dieu la congrégation secrète des confrères les plus fervents. Voici en abrégé les services qui s'y pratiquent : la discipline se prend l'espace d'un Miserere et d'un Salve etc. » (Alphonse de Liguori, Les gloires de Marie, II, iv, § VII : Des Confréries de la sainte Vierge).

La névrose de la flagellation paraît avoir pris naissance dans lltalie centrale. Un témoignage vraisemblable lafait commencer à Pérouse ' , dans des populations imbues d'idées franciscaines. L'épidémie se déclara en 1239- 1260-, on ne sait à quelle instigation : il est croyable qu'il n'y eut pas d'instigateur, et que Jacques de Varazze a raison de dire que le mouvement commença a pauperihus et simplicihus. Il devint irrésistible très vite .' sacrilegus hahehatur qui id non ageret-^. Gomme par enchantement, aux cris de : Par, pax .' que poussaient les flagellants, les discordes publiques et privées s'apaisaient, les exilés étaient rappelés dans les villes. Puis, non moins vite, le mouvement tomba. L'ondulation de cet extraor-

1. Cf. Annales S. Juslinne Piiluvinne dans Muratori, Reriim ila.1. script.. t. VIII, col. "12 (sur ces Annales, cf. Potthasl, Bihl. M. .£., t. I, p. 72) :

[Anno MCCLIX , cum Iota Italia miillis essel flagitiis et sceterihus inquinata, quaedam suhilanea compunclio et inaudita, invasil priniitus Perusinos, liomanos posimndum. deinde fere Italiae popvlns iiniversos. In tantum ilacfue limor Domini irriiit super eos, quod nobiles pariler, et iynobiles. senes et juvenes. infantes etiam quinque annoriim, midi per plaleas civitatum, opertis lanlumdeni piidendis, hini et hini processionaliter incedehant:singuli flaqellnni in manibus de cnrriqiis continentes, et cuni (jemitu et ploratu se acriter super scapulis usque ad effusioneni sançfiiinis verberantes : et eff'usis fonlibas lacryninruni.ac sicorporalibus oculis ipsani Salvatoris cernèrent pas-

sionem, misericordiani Dei et Genetricis ejns auxiliuni iniplorabant non

solum in die. verum etiam in nocte cum cereis accensis. in hi/eme asperrima, centeni. milleni. decem millia quoque per civilates ecclesias circuibant. et se ante altaria humililer prosternebant. praecedenlibns eos sacerdolihus cum crucibus et vexillis. Super ista vero poenilentia repentina, quae ultra etiam fines llaliae per diversas provincias est diffusa, non solnm viri médiocres, sed et sapientes non irrationahiliter mirahantur : cogitantes, unde tantum fervoris impetus proveniret : maxime cum iste modus poenitenliae inauditus non fuisset a summn pontifice institutus, qui tune Anagniae residebat : nec ab alicujus praedicatoris, tel auctorahitis pcrsonae industria vel facundia persuasus, sed a simplicibus sumsit initium. quorum vestigia docti pari ter et indocti subito sunt secuti.

'1. En 1261. dit .Jacques de A'arazze. Cette date peut être exacte de Gènes, dont .Jacques était évêque. Elle est fausse pour le reste de lltalie.

3. Ricobaldi Ferrariensis historia imperatorum dans Muratori, Fer. ital. script., t. IX, col. 1.31 Ricobaldi écrivait au début du xw" siècle: cf. Polthast, t. II, p. 9-2) :

{Anno M(^CLX) inaudita novilas fuit per omnes Italiae partes. Xam omnes prima hyeme nudi longn agmine bini euntes lecto corpnre infra umbilicum per urbes. vicos et villas rilUcolae incedebant. se (lagellis et Inris caedenles et psallentes Dei laudes et lieatae Mariae. clamitantes : Fax pax 1 Eo in/initae discordiae et hostililatespacatae sunt. .\Iulieres in lurmishac noclibusfaciebant; sacrilegus liahebatur quicunuiue id non agerel. sed post Januarium paulatim defecit ea nocilas. ([naeappcllata crat Verberamenium. — Le mot verberamentuni rappelle le mot consolamentum, qui désignait liniliation complète à ralbigéisinc.

dinaire ébranlement s'était pi'opagée jusqu'en Allemagne ' et en Pologne -.

La première épidémie des flagellants semble avoir laissé des traces profondes en Italie. Les pénitents italiens conservèrent les pratiques ascétiques des flagellants, la discipline reçue en commun, les supplications processionnelles au Christ et à la Vierge, la méditation fréquente et intense de la Passion ; ils conservèrent aussi leur costume, le capuce qu'on rabattait sur le visage, et leurs insignes, ces bannières, ces grandes croix qu'on portait en tète des processions.

La plupart des Confréries qui se fondent au xiii^ siècle se placent, à l'instar des Ordres religieux, sous l'invocation de la Vierge 3, et s'efforcent d'obtenir contre la malice du Diable et la colère de Dieu la protection de Marie ^. Se blottir sous le manteau de Marie, ce rêve des Ordres religieux devait devenir celui des Confréries. Dès le milieu du xiii^ siècle, le

L Henricus Slero. cité clans Raynaldus, Annales eccles.. t. III, p. 56 : Erat modusipsius poenilentiae ad pntienduni duras, hnrribiliset mirnhitisad videndum : nam al) umbilico siirsiini corpora dénudantes, quadam veste partent corporis inferiorem usque ad tains tegentem hahehanl. et ne quis eoriim acjnosceretur, cooperto capite et facie incedehant. Procedehant etiani bini, terni, tanquani clerici. vexillo praevio tel cruce, llagellis semeptisos bis in die per triçfinta ires dies. et deinde in nienioriam leniporis hunianitatis Domini nostri Jesii Christi super terrani apparenlis lanidiu cruciantes, quousque ad (juasdani canlilenas. quas de passione ac morte Domini dictaverant. duobus vel tribus praecinentibus circa ecclesiam vel in ecclesia complevernnt, nunc in terram corruentes, nunc ad caelum nuda bracliia erigenles, non ohstante luto vel nive. frigore vel calore. Miserabiles itaque gestus ipsorum et dira, verbera multos ad lacrymas et ad suscipiendani eamdeni poenitentiam provocabant. Sed quia nrigo eiusdem poenilentiae nec a sede Romana. nec ab aliqua persona auctoral)ili fnlciebatur. a quibusdam episcopis et domino Henrico duce Bavariae coepit haberi contemptui. unde tepescere in brevi coepit sicut res immoderate concepta.

2. Joannes Longinus, Hisf. Pol.. lili. 7, cité dans Raynaldus, Ann. Eccles., t. III. p. 57.

3. Voir les Annales 0. Praed.. t. I. app., p. 165-183 1255-1288\ pour les Congregationes B. Mariae Virginis. Cf. Bullarium 0. Praed., I (éd. Ripolli), p. 266. 370, 392 (1258-59 . Humbert de Romans, général de TOrdre Dominicain de 1263 à 1273. aurait écrit ceci : In aliquibus nationibus et maxime in Italia fiant interdum congregationes, seu confrariae. in honorent B. Virginis. vel alicujas Sancti. ex quibus sequitur mulius fructus. Ce texte est cité par Choquet. Mariae Deiparae in Ordinem Praedicatorum viscera materna Anvers, 1634;, p. 466. Je crains quil ne soit empruntée à un pseudépij;raphc du xv« siècle, le Liber sermonum de fraternitate Bosarii b. Virginis îcf. Hist. litt. delaFr., XIX. 346).

4. La plupart des confréries de pénitence qui se fondent après le xiii" siècle sont pareillement |)lacées sous Tinvocation de la A'ier^e : ainsi, la fameuse confrérie des Pénitents établie en 1583, par Henri III, à léjrlise des Grands- Auyustins de Paris avait pourtitre « Association Notre-Dame. »

thème de la Vierg-e au manteau protecteur est emprunté aux Ordres religieux par une confrérie de Rome, la plus célèbre détentes les associations de pénitents placées sous l'invocation de Marie, la Confrérie des « Recommandés à la Vierge », Recommandât i Virgini : elle fait peindre sur sa bannière la Vierge abritant les confrères sous son manteau ; et cette bannière parait si bien imaginée que les FrateUi recommandati en reçoivent le surnom populaire de Società del (jonfalonc. M. Brockhaus', qui a cité le passage des Annales de Raynaldus"~ où ces faits sont rapportés, n"a pas connu une circonstance essentielle, qui leur donne leur vrai caractère : cette Confrérie romaine des Recommandati avait reçu sa règle de saint Bonaventure. qui exerçait alors la charge d'inquisiteur g'énéral du Saint-Office -^ ; la Confrérie dont il s'agit est donc d'origine et d'inspiration franciscaines ; comme elle paraît avoir servi de modèle à nombre d'associations similaires, voilà donc bien les Confréries rattachées au Franciscanisme.

Je ne pense pas que 1 antique gonfalon des Recommandati subsiste encore. En revanche, il nous reste beaucoup de peintures votives provenant de Confréries instituées sur le modèle de celle de Rome. Or, le type choisi pour ces ex-voto est le même que celui qui avait été fîg-uré sur la bannière romaine : ainsi, le tableau peint vers 1350, par Lippo Memmi pour les Recommandati d Orviéto. La Toscane et la Vénétie possèdent

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