Alphonse Daudet, Lettres de mon moulin, avant-propos
2. H. Moris, Au pays bleu (Paris, 1900), p. 47 et additions. Hélyot {op. cit., p. 263-265) rapporte qu'à Rome quelques confréries de Pénitents Noirs avaient le même privilège ; il leur fut ôté par Innocent X. qui ne le laissa qu'à la plus considérable, l'Archiconfrérie de la Miséricorde ou de Saint-Jean-Décollé, instituée en 148s par des Florentins demeurant à Rome, pour assister les suppliciés et les aidera faire une bonne mort. Hélyot donne une gravure représentant un Pénilent Noir de Rome.
3. Bolletino d'arte del Ministeriodella pubhl. islruzione, 1907, fasc. 4, p. 19, avec gravure.
Dans la France du Nord, les Confréries de pénitence ne semblent jias avoir eu o^rand succès : sans doute, le bon sens national ne goûtait pas beaucoup les manifestations auxquelles se livraient les pénitents de Provence et d'Italie. Henri III, fils d'une Italienne, lui-même plus italien que français, tâche vainement d'enrôler la Cour et Paris dans une Confrérie de Disciplinati. Les pénitents eurent une vog-ue plus durable dans le pays des Guise : Hélyot remarque au début du xviii'' siècle, qu'il y en avait en Lorraine '. Mais, ni à Paris ni en Lorraine, les pénitents ne semblent avoir pris pour patronne, à l'instar de leurs confrères provençaux ou italiens, la Vierge au manteau protecteur.
Les Confréries de charité ont eu plus de succès dans la France du Nord que les Confréries de pénitence. C'est en Normandie surtout qu'elles ont fleuri'-. Plusieurs de ces (( Charités » normandes subsistent encore. Les plus anciennes datent du xiv® siècle. Celle de Saint-Côme, Saint-Damien et Saint-Lambert, en l'és-lise Saint-Denis de Rouen, est de I3o8-^. La plupart ont été fondées au xv*^ siècle. Au xvi'\ elles donnèrent lieu à des abus criants, que les évêques de la contreréformation s'efforcèrent de supprimer : earum tanien aholitionem non judicamus expedire, déclare le Concile tenu à Rouen en 1381 '*, propier earum necessitatem in peste et puhlica calamitate. Or les « Charités » normandes, comme les autres Confréries, aimaient à se placer sous la protection de la Vierge : celle de l'Hôtel-Dieu de Bernay, lune des quatre « Charités » qui existaient dans cette ville avant la Révolution, avait pour armoiries : d'azur à une Notre-Dame ayant plusieurs personnes à genoux sous le manteau, le tout d'or'. Une fresque du troisième quart du xiv'' siècle '', dans le
1. Op. cit.. t. VIII, p. 260. Sur les pénitents à Nancy, cf. Pfisler, Histoire de .\nncii. 1. 1, p. 263 ; III. p. 342. 420.
2. Cf. R. Bordeaux. Des confréries de charité dans Miscellanées d'urchéoloçfie normande relatives au dép. de l'Eure (Paris, I88O1. p. 165 et suivantes, et Langrlois. dans la Revue critique de 1889, n° 14.
3 Statuts de la confrérie de Saint-Côme. publiés par Ch. do Beaurejjaire, Rouen, 18,s8.
4. Concilia Rotomagensis provinciae. éd. Doni Bcssin Rouen. 17171, ]>. 223 = Labbe, Concilia, t. XV, p. 851.
3. R. Bordeaux, op. cit., p. 162 ; Forée, Le registre de la Charité des Cordeliers de Bernay (Rouen, 1887), p. 3.
6. La Normandie monumentale et pittoresque, Orne Le Havre, 1S96, f j, p. 72 (notice de M. Ch. de Beauropairc .
chœur de l'église paroissiale de Saint-Céneri-le-Gerei, arrondissement et canton d'Alençon, représente la Vierge abritant sous son manteau un grand nombre de laïques agenouillés sur quatre rangs de profondeur : chose curieuse, ils sont appariés par couples. Je crois que cette fresque archaïque, dont il ne paraît pas qu on ait donné l'explication, représente une de ces innombrables « Charités » normandes, celle qui s'était fondée au village de Saint-Géneri ; les femmes y figurent k côté de leurs maris : nous savons en effet par les statuts de la Confrérie rouennaise de Saint-Côme, d'une vingtaine d'années antérieurs à la fresque de Saint-Céneri, que les femmes mariées pouvaient faire partie des (( Charités », à condition d'avoir l'agrément de leur époux. Notons, k propos de la Vierge protectrice de Saint-Céneri, qu'k côté du groupe qu'on vient de décrire, hors du manteau protecteur, le peintre a représenté « un homme qui, malgré les elforts visibles qu'il fait pour se retenir, parait glisser sur une pente rapide au bas de laquelle l'attendent deux bêtes immondes prêtes k le dévorer », — deux diables (pi. XI, 1).
Plus ancienne encore que la fresque de Saint-Céneri est une miniature touloise qui date de 1356, presque immédiatement après la « Grande peste » (pi. XII).
La Confrérie dite de « Saint-Nicolas-des-Clercs » fut tout d'abord établie dans l'église paroissiale de Saint-Jean-Baptiste, située dans le cloitre de la cathédrale, dont elle était lancien baptistère. C'était la première et la plus ancienne paroisse de la ville •. L'acte d'érection de la Confrérie est daté du 29 janvier 1356. 11 porte le nomdes fondateurs, Jean de Lunéville. officiai de l'évêché de Toul, Otto, curé de l'église Saint-Jean, et de 64- autres personnages qui furent les premiers confrères. La Confrérie était probablement d'origine, tout au moins d'inspiration dominicaine, car le couvent des Frères Prêcheurs, bâti vers 1240, se trouvait sur la paroisse Saint-Jean. La Confrérie, placée sous le patronage de saint Nicolas, était réservée aux ecclésiastiques, avocats, procureurs, notaires, tabellions, clercs, tant de la ville de Toul que d ailleurs. De là lui vient son nom de Confrérie de Saint-Nicolas-des-CIercs.
Trois ans après la fondation, il fut permis aux confrères de recevoir des bourgeois de la ville, et l'entrée de la Confrérie