‹ La Vierge de Miséricorde; étude d'un thème iconographiqueChapitre 55 sur 158 · PI. XI · texte numérisé non relu

PI. XI

i:AlALU(il K 87

42. Nice. — Dans la sacristie de la cliapolle de la Miséricorde, autrement dite des Pénitents Noirs. Grand retaille à onze compartiments, signé : hoc pinxit Johannes Mirniheti (vers 1475-1480). Dans le compartiment du milieu, la Mater omnium, sans l'Enfant; dans les autres, des Saints, dont trois antipesteux, Hoch, Côme et Damien. Sur la prédelle, des scènes de la Passion : Noli me tangere; la Déposition au tombeau; les Saintes femmes au tombeau. (]r. Brun, Jean Miraiheli et les trois Bréa, étude sur la peinture niçoise de la Renaissance [Annales de la Société des lettres, sciences et arts des Alpes-Maritimes, t. XII, p. 9 du tirage à part) ; H. Moris, Au pays bleu (Paris, lUOO), p. 48 avec planche ; Palustre, De Paris à Sybaris, p. 77.

43. Nice. — Au même endroit que le précédent. Retable de Jean Miraiheti ou de son élève Louis Bréa, peint vers 1480, représentant la Mater omnium avec TEnfant sur le bras gauche. Dans le fond une vue de Nice (château, pont Saint-Antoinel. Cf. Brun, op. cit., p. 20 ; Moris, op. cit., p . 47.

44. Aix. — Tableau de Granet (né à Aix en 1773, -j- 1849) au musée d'Aix, repi'ésentant l'intérieur d'une salle d'asile. Au mur de la salle est suspendu un grand tableau représentant la Vierge de Miséricorde ; en haut, dans chaque coin, un ange ; sous le manteau de la Vierge quatre femmes à mi-corps, la fraise au cou, prol)ablement les régentes d'une institution charitable.

France du nord.

45. Fresque dans le chœur de l'église paroissiale, à Saint-Céneri-le- Gérei (arr. et canton d'Alençon). La Vierge, couronnée, abrite sous son manteau un grand nombre de laïques agenouillés, placés sur quatre rangs, appariés par couples, le maria côté de sa femme; ni vieillards, ni enfants; tous sont nu-tête, sans attributs caractéristiques. Au-dessus de la Vierge, deux anges font flotter une banderole qui portait une inscription aujourd'hui illisible. Hors du manteau protecteur « un homme, malgré tous les efforts qu'il fait pour se retenir, paraît glisser sur une pente rapide au bas de laquelle l'attendent deux bètes immondes, prêtes aie dévorer. » Les fresques de cette église auraient été exécutées entre 1362 et 1370. Cf. La Normandie monumentale et pittoresque, Orne (Le Havre, 1896, f), p. 72 (notice de M. de Beaurepaire). — PI. XI, 1.

46. La Confrérie de l'IIôtel-Dieu, l'une des ([uatre Confréries de charité qui existaient à Bernay, avant la Révolution, avait pour armoiries : d'azur à une N.-D. ayant plusieurs personnes à genoux sous son manteau, le tout d'or (R. Bordeaux, Miscellanées d'archéologie normande relatives au dép. de l'Eure, Paris, 18S0, p. 162 ; Porée, Le registre de la Chxrité des Cordeliers de Bernag, Rouen, 1887, p. 3).

47. Méreau de plomb trouvé dans la Seine, à Paris, sous le pont Notre-Dame, en 1858. Dun côté, la Vierge tenant l'Enfant et couvrant de son manteau des priants agenouillés. De l'autre côté, saint André.

Ce méreau provient probablement d'une Confrérie de saint André qui existait au x\"^ siècle, dans la paroisse Saint-Eustache. Cf. Forg-eais, Plombs historiés trouvés cluns la Seine Paris, 186a , t. III, p. 128; l'objet est conservé au musée de Clunv.

Lorraine.

48. Lettre initiale de la charte d'érection de la Confrérie de Sainl- Nicolas-des-Clercs, à Toul. Voir supra, p. 73. — PL XII.

Alsace.

49. Fresque du début du xvr' siècle, dans l'église de Vieux-Thann, audessus de l'autel des Pfei/jfer : les musiciens ambulants de la Haute- Alsace formaient une Confrérie qui, annuellement, le jour de leur fête [Pfeiffertay , se réunissait dans l'église de Vieux-Thann. La Vierge couronnée tient l'Enfant sur le bras gauche et, dans la main droite, une fleur. Deux anges soulèvent le manteau sous lequel les Pfeiffer sont agenouillés, chacun avec son instrument : guitare, violon, tambour. A gauche, au premier rang, sont agenouillés trois personnages vêtus de blanc, les dignitaires de la Confréi'ie (?). Cf. Straub, L'église de Vieux- Thann (Strasbourg, Schultz, 1873;, brochure in-8, avec une planche en couleur, et deux lettres d'indulgence de 4399, relatives à Fautel des Pfeiffer. La planche publiée par Straub, d'après laquelle nous avons dû faire exécuter notre reproduction, ne saurait passer pour un modèle d'exactitude, pas plus que la copie récente, sur toile, en grandeur d'original, qui est exposée dans l'église de Vieux-Thann. — PL XI, 2.

Bavikke.

50. A la cathédrale, dans la chapelle de la Mère de Miséricorde, « vom Grabmal der "Priesterlu'uderschaft », plaque de marbre rouge, datée de 1620. Marie, debout, couronnée, les mains jointes, le regard fixé avec compassion sur les personnages agenouiUés à ses pieds ; sous son manteau, que soutiennent deux anges, deux prêtres sont à genoux, en costume d'officiant ; l'un tient un calice sur lequel est l'hostie. Cf. Die Kunsldenkmiiler (les Konirjreichs Bayern, t. I, p. 989, pi. 149.

Perdrizet, La Vierge de Miséricorde

Charte de la Confrérie de Saint-Xicolas-des-Clercs, a ïûul

La dévotion du Rosaire inventée vers 1470 par le Dominicain breton Alain de la Roche, et lancée à la fin du \\^ siècle par l'Ordre des Prêcheurs. — La Confrérie de Cologne, la première en date des Confréries du Rosaire. — Le retable de cette Confrérie. — Pourquoi la Vierge au Rosaire a-t-elle été figurée d'ordinaire, jusqu'à la fin du xvi" siècle, en Mater omnium ? — Description d'une curieuse gravure incunable.

Nous n'avons parlé jusqu'ici que des Confréries de pénitence et de charité. A côté de celles-là, il en est d'autres qui ont pour objet la méditation de certains mystères. Les plus importantes de ces Confréries mystiques sont les Confréries du Rosaire.

La dévotion du Rosaire a pour but d'honorer la sainte Vierge et de méditer les principaux mystères de la vie de Jésus-Christ et de Marie, auxiliaire de Jésus-Christ dans l'œuvre de la rédemption. 11 va deux sortes de rosaire, le grand et le petit, celui-ci désigné communément aujourd'hui sous le nom de chapelet. Le grand rosaire se compose de ioO Ave Maria, divisés en lo dizaines dont chacune commence par le Pater et se termine par le Gloria Pa/r; ; le petit rosaire est le tiers du grand. Pour dire ces kyrielles de prières, le fidèle s'aide d'un chapelet composé de boules de deux sortes, plus petites pour les .Ire, plus grosses pour les Pater ; il n'y a pas de boules pour les Gloria PatriK On ne sait pas exactement pourquoi ce

J. Sur le Rosaire et les indulfi,ences qui y sont attachées, cf. S' Alphonse de Li^uori, Gloires de Marie. II* partie, ch. iv. § 3 : « Quiconque récite le tiers du rosaire gagne l'indulgence de 70.000 ans : quiconque le récite en entier, celle de 90.000, et davantage s'il le récite dans la chapelle du Rosaire. De plus, quiconque dit le rosaire gagne lindulgence plénière à toutes les fêtes principales de Marie, de l'Eglise et de saint Dominique, en visitant les églises après s'être confessé et avoir comniimié : mais ce qui précède ne doit s'entendre que des personnes inscrites au livre du Rosaire: à celles-là. le jour où elles

chapelet a été appelé « couronne de roses », rosarium. Hosenkranz. Il y a doO Ave dans le grand Rosaire pour rappeler les loO Psaumes : aussi le rosaire était-il appelé Psalteiium heatae Mariae, « Psautier de la Vierg-e Marie ».

Si l'on étudie le catholicisme à cette période morbide qui précède la Réformation, un des phénomènes dont on est le plus vite frappé est le prodigieux développement des Confréries du Rosaire. Si, poussant plus avant, 1 on étudie liconographie de cette dévotion, on constate qu'elle est en connexion étroite avec le thème de la Vierge au manteau protecteur : sur mainte gravure, sur maint retable de la fin du xv", du xvi*^ et du commencement du xvii" siècle, la Vierge au manteau protecteur est ligurée abritant les Confrères du Rosaire, ou distribuant le rosaire, ou dans un encadrement formé par le rosaire. Pour expliquer cette affinité et pour rendre raison des particularités cpie présentent les images en question, il faut rappeler d'abord à quelle époque apparaît la dévotion du Rosaire et dans quel milieu religieux.

A en croire les Dominicains et la tradition catholique, le Rosaire, dont l'invention remonterait jusqu'à la sainte Vierge ^ , aurait été propagé par saint Dominique à la suite d'une apparition de la Merge dont il aurait été favorisé en 1208 ou en 1211, près de Toulouse, pendant la croisade des x\lbigeois. Cette thèse a été naguère encore soutenue au « Congrès scientifique des catholiques » tenu à Fribourg en 1898 "'. Il est remarquable et significatif qu'une erreur aussi certaine ait pu se produire dans une réunion « scientifique » sans être sur-lechamp réfutée ni même contredite.

Le rosaire a été inventé à une date et par un personnage qui sont parfaitement connus. Henri Estienne, dans son Apologie pour Hérodote, a dit là-dessus l'essentiel. Il n'est pas mau-

s'inscrivent, confessées et comniuniées. est accordée rindiiljrence plénière, cent années, si elles portent le rosaire : et à celles qui font loiaison mentale une demi-heure par jour, sept années pour chaque fois, et l'indulgence plénière à la fin du mois. ••

1. « Le chapelet remonte à la A'ierjre. Il est probable, dit lîenoît Xl\\ quelle s'en servit pour réciter des versets de psaumes, et après 1". Annonciation pour répéter les paroles de lange » (Barbier de Montault, Manuel il'ironogr.. t. II, p. 242). Cette citation caractérise l'esprit dont l'œuvre de liarbicr est inspirée.

2. Une hypothèse sur la date et le lieu de iinslilulion du Itosaire, par l'abbé Dullaut ((Compte rendu du IV' congrès scientifique international des catholiques. Fribourg, 1898, 1. 1. p, 42-64 . Voir la critique qu'en ont faite les Analecta Bollandiana. Is99, p. 290.

LA vip:rge et les confréries de rosaire 91

vais, si ron veut connaître et ajiprécier les choses religieuses du xv*" siècle, de se renseigner auprès des libres esprits du siècle suivant.

« Environ lan 1470, sous le pape Sixte IV, un nommé Alain de la Roche, Jacopin, forgea un psautier de la Vierge Marie, ce qui a été nommé Bosariiim, et le prescha au lieu de lEsvangile, et finalement en institua une Confrairie. Laquelle fut approuvée par les bulles du dict pape, usant de grandes largesses d'indulgences. Et outre ce, Jaques Sprenger, provincial d'Alemaigne, forgea plusieurs miracles pour l'autoriser. Et qui est bien d'avantage, on n'eut point honte de publier un livre traitant de ceste Confrairie, au commencement duquel il estoit récité qu'un jour la Vierge Marie estoit entrée en la chambrette dudict Alain, etluy avoit faict un anneau de ses cheveux, avec lequel ellel'avoit épousé. Item qu'elle Tavoit baisé, et luy avoit présenté ses tetins pour les manier et les tetter. En somme, qu'elle estoit aussi familière avec luy qu'une femme ha coustume d'estre avec son mari ' . »

Il n'y a rien, dans cette page terrible, qui ne soit vrai. A la fin du xvii*^ siècle, les recherches de (^uétif et d'Echard- — qui pourtant étaient des Dominicains — confirmées au xviii", par celles du Bollandiste Cuper -^ et, de notre temps, par les travaux du Jésuite Thurston '' et du Franciscain Holzapfel ', ont confirmé le réquisitoire d'Estienne. Le lecteur qui souhaiterait d'être complètement édifié sur Alain de la Roche et sur la façon dont il a lancé la dévotion du Rosaire se reportera aux textes cités par ces savants ou, k tout le moins, aux comptes rendus critiques des Analecta Bollandiana qui ont clos le débat'' .

1. Apoloffie pour Hérodote, ch. xx.w, éd. Ristelhuber, t. II, p. 239.

2. Scriptores Ordinis Praedicatorum. t. I, p. 851. Quoi qu'en dise M. Jules Guiraud {Saint Dominique, dans la collection Les Saints, p. 12 et 210), on n'avait pas attendu les Bollandistes pour émettre des doutes « assez graves » sur la légende relative à l'origine du Rosaire.

3. Acta SS., août, I (Anvers, 1733), p. 427. Paquot, dans son édition de IHisioria SS. imaginum de Molanus (Louvain, 1771), p. 72, déclare, en s'autorisant de Quétif et d'Echard, ainsi que des Bollandistes, que les écrits d'Alain de la Roche ne méritent aucun crédit. Cf. encore VHist. litt. delà Fr., XIX, 346.

4. TheMonth, d octobre 1900 à avril 1901 ; cf. la Revue du clergé français, décembre J901, et VOherrheinisclies l'asloralhlatt, 1901, n»» 6 et 20.

5. St Dominikus und der Rosenkranz, Munich, 1903 (fasc. 13 des publications du Kunstliistorische Seniinar de l'Université de Munich).

6. Anal, holl., 1899, p. 290, compte rendu du travail de DulTaut ; 1902, p. 219 compte rendu des articles de Thurston : " Th. a démontré qir.\lain fut un

Rien ne naît de rien. Il est certain que la dévotion inventée par Alain se rattache à des pratiques antérieures. Il y a (( une préhistoire du Rosaire' >k Comme tant d'autres inventeurs, Alain a eu des devanciers, dont il a systématisé et développé les idées. Le rosaire est une sorte de chapelet : or les chrétiens avaient pu voir le chapelet en Orient et en Espag-ne, aux mains des Musulmans et des Juifs, et ils s'en sont servi avant la fin du xv* siècle : l'enfant Jésus de la fameuse « Madone aux fleurs de pois », par un élève de Wilhelm (vers 1370), tient un chapelet '^. Le rosaire consiste dans la récitation d'un certain nombre d'Ave Maria : or la dévotion de VAve Maria remonte au xii^ siècle. Plus précisément, il consiste dans la récitation de 130 ou de oO Ave Maria: or, dès le xu* siècle, il est question de relig-ieux et de reliffieuses qui avaient imaginé de réciter de suite loO Ave Maria, 150 à cause des 130 psaumes, 30 en considération de chacune des trois personnes de la Trinité, 30 étant le tiers de 130 •'^. Mais le Rosaire, tel qu'il apparaît dans le dernier quart du xv*^ siècle, avec ses décades d'.lt'^', avec le Pater qui forme l'incipit et le Gloria Patri qui forme la clausule de chaque décade, avec la méditation de certains mystères de la Vie du Christ et de la Vie de Marie, avec les Confréries instituées pour le réciter, avec l'influence qu en devait tirer l'Ordre qui le répandit et qui organisa les nouvelles Confréries — le rosaire est bien l'invention du moine breton Alain.

Quoiqu'il convienne, en général, de se défier de l'argument

esprit morbide, inconscient; ses discours et ses écrits renferment mainte page scandaleuse, qu'on a eu tort de préserver de l'oubli » : 1903, p. 30â, compte rendu de Holzapfel : » Alain est l'ardent et peu scrupuleux créateur de la légende. Il s'est évertué par les moyens les plus e\ti'a\agants à lui donner le poids d'une tradition reculée. Le P. Holzaplel. pour porter le dernier coup à ce rêveur déséquilibré, n'a pas hésité à insérer, au cours de sa dissertation, des citations textuelles intraduisibles dans nos langues vivantes. »

1. L'expression est du Boilandiste Poncelet 4/iti/. BolL, 1902, p. 45).

2. Au musée de Cologne. Cf. Aldenhoven. Geschirhle der KnlnischenMalerei. p. "1 et 339.pl. 17: W(')rmann. Ge.sc/i(c/i<e rfer A'Hns<. t. H. p. 323. Sur le retable de Simone de Cusighe [supra, p. s.) et pi. X. I), qui date de 1494, les Disciplinati égrènent le chapelet.

3. Cf. Césaire d'Hcistcrbach, Lihri VJII mirarnlnrum. éd. .\loys Mcister (Rom. Qiiartalschrif'l, XÏV Sup])lcmentband , 1. 111, ch. 24 : Qiiidatu inonachiis Cisierciensis ordinis lanlnni venera})aliir H. \'ir(finem iil sinrfiilisdiehus quiiiqnafjinta Ave diceret. — Id., ch. 37 : Qiiaedam sancliinonialis cnnxnela fuit H. Mariae in omni die cenliim quinqiia(fenla Ave Maria dicere. — Thomas de Cantimpré : Bonum imiversale de apibus. ch. xxix, S 6 et 8. — Dauties textes dans Anal. BolL. 1902, p. 45, et dans Holzapfel, op. laud., ch. v.

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