‹ La Vierge de Miséricorde; étude d'un thème iconographiqueChapitre 59 sur 158 · LA VIERCE ET LES CONFRÉRIES DU ROSAIRE · texte numérisé non relu

LA VIERCE ET LES CONFRÉRIES DU ROSAIRE

côté des clercs, Prêcheurs et Prêcheresses sont en majorité ; le g'ros abbé agenouillé en belle place, bien en vue, derrière le pape, est un prieur Dominicain, sans doute Jacques Sprenger : la figure, très individuelle, paraît bien un portrait. Et si le spectateur ne faisait pas attention à tous ces Dominicains et Dominicaines agenouillés parmi les priants, il ne pourrait pas ne point remarcp.ier que les deux intercesseurs qui soutiennent le manteau de la Vierge sont des saints Dominicains. Celui qui a la place d'honneur, k la droite de Marie, est le fondateur de l'Ordre, reconnaissable à l'étoile de son front ; il tient dans sa main gauche une grande croix processionnelle. Près de lui, dans le champ, sont écrits ces mots, qui visent Ihommage rendu à Marie par la récitation du rosaire : diligite^ salutate M[ariam) '. A gauche, saint Pierre Martyr, près duquel sont écrits ces mots inspirés de la première Epître aux Corinthiens (xiii, 13) : charitas nianet in aeferniini : la « charité » dont il s'agit ici, est l'amour des fidèles pour Dieu et pour Marie. — De même, sur la bannière qui fut peinte en loi") pour la Confrérie du Rosaire établie par les Dominicains de Marseille, la Vierge au manteau protecteur avait à sa droite saint Dominique, à sa gauche saint Thomas d Aquin.

En général, la Mère de Miséricorde, quand elle est représentée comme Vierge du Rosaire, abrite sous son manteau, non pas les membres d'une Confrérie, mais la Chrétienté tout entière : autrement dit, la Vierge au rosaire est généralement figurée comme Mater omnium. Pour s'expliquer cette anomalie, il faut bien comprendre ce que la dévotion du Rosaire, dans sa nouveauté, fut pour l'Ordre ambitieux qui l'avait lancée. Elle offrait aux fidèles, k si bon marché, de si grandes indulgences, elle avait une telle vogue, que les Dominicains purent espérer que toute la Chrétienté finirait par être inscrite k leurs Confréries : Confraternitas Rosarii Ecclesiam fe.re implevit universam ■-. La Confrérie du Rosaire fondée en liSi par les Dominicains de Colmar, s'étendait sur toute l'Alsace, et hors d'Alsace, jusqu'k Berne, Fribourg-en-Brisgau et Wiesbaden. Au début du xv!*" siècle, k la veille de la Réformation, la liste de la

i. Je suis les leclui-es dAldenhoven, Geschichte der Kolner Malerschule, p. 296. Sur l'original j'ai lu: i)(7t(/t7e, saliitate sans Mariam et .charitas inaneat. Le retable a été fortement repeint.

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