Légende dorée, ch. xi.vi de S. Greçorio), p
LES FLÈCHES DE LA CÛLÈUL DIVINE lUU
la peste de Rome, en 590, qui donna lieu k l'institution de la grande Litanie, on vit pleuvoir des flèches, qui touchaient les gens à l'aine et les faisaient mourir sur-le-champ.
L'église Saint-Pierre-aux-Liens, à Rome, expose à la vénération des fidèles, presque en face du Moïse de Michel-Ange, une vieille mosaïque de style byzantin ' , qui représente saint Sébastien. Une inscription commémorative assure que cette mosaïque aurait été dédiée en 680, lors d'une peste qui ravageait Rome : ce serait le plus ancien témoignage du culte rendu k saint Sébastien comme protecteur contre les épidémies. En réalité, comme l'a démontré J.-B. de Rossi, cette inscription, qui est du xv'' siècle, de huit siècles environ moins ancienne que la mosaïque, a été fabriquée au moyen d'un passage de Y Histoire des Lombards -, dans lequel il ne s'agit point de Rome, mais de Pavie : en 680, une peste ravageant Pavie, quelqu'un, on ne sait qui, apprit par révélation que cette peste ne prendrait fin que lorsqu'on aurait élevé k saint Sébastien un autel dans la basilique de Saint-Pierre-auxliens de Pavie : comme, pour vouer un autel k un saint, il fallait pouvoir y enfermer une relique de ce saint '^ les gens de Pavie allèrent quérir à Rome, où il avait été martyrisé en 288, des reliques de saint Sébastien.
Pourquoi, pendant la peste de 680, les gens de Pavie eurent-ils l'idée d'invoquer saint Sébastien? Pourquoi, d'une façon générale, la foi chrétienne, en cas de peste, a-t-elle eu recours k cet intercesseur ? Rien, dans la mosaïque de Rome, ne nous met sur la voie de l'explication : le saint y est représenté debout, nu-tête, vêtu de l'uniforme des officiers byzantins. Pour trouver le mot de l'énigme, il faut se reporter k la légende de ce brave soldat. Saint Sébastien moment sous les verges, par ordre de Dioclétien. Mais ce qui, dans la légende du martyr, a frappé l'imagination populaire, ce n'est pas sa mort même : « quantité de proses très répandues au moyen
1. Alinari, 7252; De Rossi, Musaici crixtiani nnteriori al sec. AT, pL XX, 2.
2. Par Paul le Diacre : cf. l. VI, p. 166 des Monumenla Germaniae ctUdam per revelationem dicliun est, quod peslis ipsa prias non quiescerel quant in basilica heati Pelri quae ad Vincula dicit.iir sancti Sebastiani marlyris allarium ponerelur. Factiini([ue est, et delalis ah iirhe Roma beali Sebastiani marlyris reliquiis, pestis ipsa quievit. Cf. encore Léqende dorée, ch. XXIII (de S. Sebastiano), sub fine.
3. Marignan, Le culte des saints sous les Mérovingiens, p. 226.
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àg-e ne font aucune mention de son supplice'. » Quelque temps avant d être mis à mort, Sébastien avait été lié à un arbre et criblé de flèches par les archers de Dioclétien : il en reçut tant, dit la Légende dorée, qu'il ressemblait à un hérisson, ita euni sagittis implevcrunt ut quasi hnricius videretur ; mais, par la grâce de Dieu, il avait réchappé de ses multiples blessures. Voilà le fait dont s'est emparée l'imagination populaire. La vieille croyance folk-lorique qui expliquait la peste par les coups de flèches invisibles, subsistait, tenace, dans l'esprit incroyablement superstitieux des gens de ce tempslà "-. On imagina que le saint qui avait réchappé de tant de blessures produites par des flèches, pouvait sauver ses dévots des flèches de la peste. Simil'ia similihus curantur : c'est le principe de la magie. Transposé en langage mystique, il revient à dire que les saints compatissent de préférence aux souffrances qu'ils ont eux-mêmes ressenties : censentur didicisse ex lis, quae passi sunt, compassionem -^
Ainsi s'explique — même les érudits catholiques en conviennent^ — la façon dont lart du moyen âge et la Renaissance a représenté saint Sébastien ■'' ; ainsi s'explique aussi la multiplicité vraiment prodigieuse de ses images : la plupart