‹ La Vierge de Miséricorde; étude d'un thème iconographiqueChapitre 73 sur 158 · PI. XVII · texte numérisé non relu

PI. XVII

Bannièue de San-Francesco, a Pérouse

détruite, qui se trouvait dans une église de Pérouse, S''' Croce in borffo S. Sepolcro, et qui représentait la Madone protégeant sous son manteau le peuple de Pérouse agenouillé. A droite de la Vierge, saint Sébastien qui l'implorait. A gauche, un archange, qui remettait son épée au fourreau. Au-dessus de la Vierge apparaissait Dieu che vibra fulniini. Sur la robe de Marie étaient peints ces vers :

Con iimele chore et ardente fervore, Regina celi, dei pechatore sainte, Noi pregiani te che prege che ci aiute El tuo figlinlo e levace elfurore.

Avec un cœur humble et une ardente ferveur, Reine du ciel, salut des pécheurs, Nous te prions que tu pries de nous être en aide Ton Fils, pour que sa fureur prenne fin.

Saint Sébastien disait ceux-ci :

Per queste piaghe che er ci rade al quanto, Per lo tuo amore e per lo figliolo tuo. Te priego, Madré, che lo priege tanto Che esshaudischa questi popul suo.

Par ces blessures qui me furent assez cruelles. Par ton amour et par ton Enfant, Je te prie. Mère, de le prier tant Qu'il exauce ce peuple qui est sien.

La réponse de la Vierge était écrite sur une banderole entre la Vierge et l'archange :

Martir heato con humilie chore, Se essaudito, e pero, agnolo cruo, Remette l'arme e la crua spada.

Martyr bienheureux, humble cœur.

Sois exaucé ! Aussi, ange cruel.

Remets (au fourreau) ton arme, ta cruelle épée.

L'archange obéissait : il rengainait son glaive sur lequel était écrit le mot fiat, « que ta volonté soit faite ! » C'est le

duit la description de Mariotti sans l'expliquer et sans traduire les inscriptions.

geste de la Miséricorde, sur la bannière S. Franccscoal Prato '.

Une autre bannière ombrienne doit être, pour létude du thème des javelots, rapprochée des précédentes : elle a appartenu jadis à la ])asilique Saint-François, à Assise -, les gens d'Assise l'appelaient « la bannière de la peste », ce qui signifie qu'elle a dû être vouée en temps d'épidémie et qu'on la promenait en processsion chaque fois que la peste revenait. En bas, Assise, vue de la Portiuncule, avec les énormes soubassements de San Francesco et la Rocca di Papa ; au-dessus de la ville, dans le ciel, les Saints qui intercèdent pour elle, François, Glaire, Sébastien, Roch et deux évêques ; au-dessus du groupe des intercesseurs, la Vierge qui fait parvenir leurs prières au Christ, en y joignant les siennes ; tout en haut de la bannière, le Christ, juge du monde, dans une mandorla de chérubins; des anges l'accompagnent, dont chacun porte trois javelots, instruments delà colère divine; mais ces anges, au lieu de tendre les javelots au Juge, joignent leurs prières à celles de la Vierge et des saints ; si bien que le Juge, au lieu de punir, lève la main sur Assise et la bénit.

Un tableau de Domenico Pecori (début du xvi*^ siècle), à la Pinacothèque d'Arezzo, montre Dieu le Père tenant à poignées les traits de la colère pour en accabler les gens d'Arezzo. Les Arétins sont agenouillés sur la terre, les hommes d'un côté, les femmes de l'autre et invoquent la Vierge. Deux intercesseurs, saint Donat et saint Marc, se sont joints à eux. Touchée par leurs prières, la Vierge de Miséricorde descend du ciel, portée par les anges, et sur le peuple arétin étend son manteau.

Le thème qui nous occupe se rencontre aussi dans l'Italie méridionale.

1. Je retrouve cet archange dans la fresque de Pietro Negri, Venise délivrée de la peste en I6S0 par la Vierge Marie sur l'intercession de saint Sébastien, saint Roch et saint Marc, peinte à ^'enise en 1673 pour la confrérie de Saint- Roch (Lafenestre-Richtenberger, Venise, p. 199: « Au ciel, l'ange de la Mort remet le glaive au fourreau ») et dansun tableau de Simon^'ouet, au musée de Bruxelles, n" 508, Saint Charles Borromée priant le Christ et la Vierge pour les pestiférés de Milan: dans le fond, un archange remet lépée au fourreau.

2. Cf. (^avalcaselle et Crowe, Sloria. t. IX. p. 111; Cibo, S'iccolo Alunno e la, scuola umhra. p. llo. Cette peinture, qui se trouvait autrefois à Cologne dans la collection Ramboux, u" 202, est conservée maintenant dans le réfectoire du Prieslerhaus, à Kevelaer pèlerinage célèbre, entre Clèves et Crefcld),où je l'ai fait photographier. C'est un faible travail dans la manière de l'Alunno. H, l,so, larg. 1,30.

Une fresque qui paraît être de la première moitié du XV'' siècle, et qui se trouve dans l'église d Atella, en Basilicate, représente en haut, dans le ciel. Dieu à mi-corps, au milieu des nuées ; il lance les javelots à poignées ; deux anges lui en

Fresque d'Atella.

apportent d'autres, par faisceaux : ils renouvellent ses munitions, si j'ose dire. Les gens d'Atella se sont réfugiés sous la protection delà Vierge, mais trop tard, semble-t-il, car beaucoup de traits ont touché le but. La A'ierge étend son manteau pour sauver les Atellans qui survivent.

Plus curieux encore est un panneau qui se trouve dans la cathédrale d'Aversa en Campanie ; c'est l'œuvre d'un Napolitain, Angelillo Arcuccio, qui peignait vers 1470, sous l'in-

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fluencG des Flamands (pi. XVIII). Le haut et le bas de ce panneau ont, je suppose, disparu; la partie subsistante montre la Vierge de Miséricorde assise sur un trône; son manteau, ouvert, est soutenu par des angles ; du ciel pleut vers ce manteau une grêle de flèches : mais aucune ne parvient même à le toucher : toutes se recourbent ou se brisent ; elles sont renvoyées par vme force invisible et reviennent vers la main qui les a lancées, comme sur certaines représentations on voit les flèches se retourner contre les bourreaux des saints Anargyres ' ou de saint Christophe -, ou comme il est dit dans la légende de saint Philémon "^ ou dans celle de l'apparition de saint Michel sur le mont Garg^anus ', Toute différence "ardée. cette façon naïve, mais saisissante, d'exprimer la force invisible qui réside dans le manteau de Marie rappelle l'inspiration sublime de Michel-Ange, tant admirée de J. Burckhardt. dans la Création de l'homme à la chapelle Sixtine : « Le Tout-Puissant, de son index, communique l'étincelle de vie au doigt du premier

1. Alinari, 15i5. Une g^ravure de Callot {Les images de tous les saints et saintes de l'année. 27 septembre i-eprésente les Anaiyyres tenant dans une main l'urinoir, dans lautre la flèche : cette flèche ne fait pas allusion à la mort des deux frères, puisqu'ils eurent la tète tranchée, mais à un épisode de leur martyre : quand le proconsul, raconte la /.étende dorée (ch. i:-\i,iii. De SS. Cosma et Damiano, p. 63S Griisse'. ordonna de les tuer à coups de flèches, les traits se retournèrent contre les archers : Jussit (Josmam et Damianum a quatuor militihus sagittari.sagittae vero conversae plurimos vulnerahant.sed sanctos marti/ros non laedebant. I^es archers qui tirèrent sur les Anargyres étaient au nombre de quatre : pour tirer sur saint Christophe, il n'y en eut pas moins de quatre cents : Bex jussit Chrislophorum ad slipilein ligari et a CCCC militihus sagittari. Sagitlae autem omnes in aëre suspendebanlur nec ipsiimaliqua contingere potuit. Rex autem pulans ipsum a militihus sagittatum cum eidem insultaret, suhito una de sagittis ah aëre veniens et rétro se verlens regem in oculo percussit Légende dorée, ch. c. de S. Chrislophoro, p. 434 Grasse). La taille gigantesque de Christophe explique ce chiffre démesuré : mais le tiième des flèches cjui se retournent vers le peloton d'exécution ayant été emprunte par la légende de saint Christophe à celle des Anargyres, il a du s'amplifier par l'effet de celte surenclière dont les légendes hagiographiques présentent de nombreux exemples.

2. Cahier. Caract.. I. p. 415. qui cite une châsse de Dalmatie publiée dans le Jahrbuch der K. K. Central-Commission de Vienne, V (1861), p. 150.

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