J'AI CINQUANTE ANS, JE VOIS S'AVANCER LA JEUNESSE
J'ai cinquante ans. Je vois s'avancer la jeunesse Qui ne finira plus. Tout mon passé renaît. Le pays où jamais je ne suis retourné, Où je naquis, hante mon âme et la caresse.
Un clocher, une place, une rivière, qu'est-ce ? Mais des biens immortels que l'homme reconnaît, Alors que, s'élevant, il est illuminé Par le soleil couchant que l'aube déjà presse.
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Je quitterai la vie afin de la trouver : Ni les vieilles disant le Pater et l'Ave, Ni l'oiseau, ni ma sœur, ni mon père et ma mère,
Ne seront jamais plus absents de mon amour, Et tout, jusqu'à l'ortie humble du cimetière, Dépouillant l'ombre, enfin sera vêtu de jour.
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La neig-e comme un grand miroir m'a renvoyé Le clair de lune et son ineffable mystère. On eût dit d'un pays jonché de primevères A travers les carreaux que le gel a rayés.
Cette fête n'est point pour l'homme et ses foyers A l'heure du réveil s'éteint cette lumière Dont je pense qu'elle est une douce prière Qui semasse de mots et ne sait que briller.
SONNETS POUR FINIR l53
S'il est vrai que parfois les ang-es se fiancent, Sansdouteest-ceendesnuits pareilles qu'ils balancent Leurs encensoirs chargés du feu blanc des flocons :
Peut-être leur amour, plus pure que l'enfance, Laisse-t-elie tomber de leurs vierges tisons Le reflet de leur silencieuse oraison.
UJSigUES PERSOiWES, CINQ OU SIKf SOUS LA TONNElin.n
Quelques personnes, cinq ou six, sous la tonnelle Riaient, disant des mots que l'enfant que j'étais Ne pouvait pas comprendre, et je m'en attristais Car l'innocence veut qu'on s'exprime pour elle.
L'esprit encore plein d'un sommeil où se mêlent Des chansons de nourrice à des bourdons d'Eté, Je ne m'expliquais point cette feinte g'aîté Sous les lauriers aux bouts desquels le soleil g-rêle.
S0NNRT8 POUR FINIR iS'J
bue me voulez-vous donc, ô mes doux ennemis,
V^ous qui lisez ces vers, les raillant à demi,
juomme d'autres faisaient de moi sous le feuillag-e ?
Lorsque je vous entends, je ne vous saisis pas, Et vous ne pouvez point traduire mon lang-ag-e, jwlar votre voix est haute et je parle tout bas.