UN JOUR BLEU DE L'ÉTÉ QUE NOUS NOUS PROMENIONS
Un jour bleu de l'Été que nous nous promenions, Le petit que j'étais et la vieille servante, Nous vîmes, sur le foin aux vag-ues reluisantes, Battre des ailes un énorme papillon.
Et, m'avançant avec mille précautions, Je posai brusquement sur cette fleur vivante Mon chapeau, sous lequel je la pris pantelante, Puis l'emportai dans une boîte à la maison.
Et mon cœur se serra d'indicible tristesse
Quand je montrai l'insecte à mes parents. Qu'était-ce?
Gomment le reconnaître? Ahl II n'était plus tel
Que tout à l'heure... O mes frères en poésie!
11 n'avait plus autour des ailes la prairie
Qui me l'avait fait croire aussi grand que le ciel.
YIII
COMiME LE PATRIARCHE, AU MILIEU DE LA VIE.
Gomme le patriarche, au milieu de la vie, Contemple le soleil de l'épaisse moisson, A ma taille bientôt montent les épis blonds D'enfants, et les pavots de leurs bouches sourient.
Je me retourne et vois sur la route suivie
Le chasseur que j'étais dans la jeune saison.
J'aimais le baiser âpre et roide du glaçon
Sur ma barbe alors noire et maintenant blanchie.
D'aucuns parlaient, lisant mes vers, de ma douceur. Il est vrai, je chantais les femmes et les fleurs : Mais celles là plus d'une fois se sont méprises.
Je chantais, dis-je, ainsi que chantait mon fusil Dont les canons se faisaient flilte sous la brise Qui sifflait et poussait contre moi le grésil.