‹ La vierge folleChapitre 11 sur 87 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

chaient sur la route. Mais on ne pense à tout cela qu'après! Que voulez-vous que je vous dise, je suis désemparée, je suis désemparée!

Elle incline vers le sol une figure désolée sur laquelle tremble, par secousses, l’or trop vif de la chevelure.

LE DUC, résolument.

Enfin, une solution s'impose. Nous vous avons ait appeler pour que vous nous donniez votre avis; il faut sauver mon enfant de l'emprise de cet homme, la sauver à tout prix! Il est indispensable de l’éloigner d’ici au plus vite, qu’elle ne puisse le revoir : c’est le seul remède que nous ayons actuellement à notre disposition. Ni réparation, ni châtiment; 1l n’y en a pas! Sur un homme de cet âge et marié, on ne peut exercer que des représailles. Et quel châtiment souhaiter quand il n’y a pas de pénalité? La Séduction masculineestimpunie!Monsieur l’abbé, puis-je envoyer ma fille à l'étranger, la confier à une autorité? Peut-on lui trouver une

surveillante intelligente? J’ai une confiance HAL

dans vos conseils.

Fee ee un ton sincère, mais un tant soit peu ironique. Pardon... me le demandez-vous sérieusement? . LE DUC

Par ‘exemple! Qu’entendez-vous par là?

Oui, êtes-vous de ces gens qui commencent par crier leur chagrin, puis après prennent leur parti des événements et les laissent aller? Dans ce cas, : je vous donnerai un bon conseil, un peu vague, qui sentira l’eau bénite. Ou voulez-vous à cette pauvre enfant, maintenant dévoyée et déflorée, refaire au moins une âme? Oh! c’est une refonte complète qui est nécessaire, je vous en avertis! Bref, réclamez-vous de moi une consolation banale, ou vous adressez-vous au prêtre que j'ai la prétention -! d’être, qui croit à la nécessité du devoir moral, à la beauté intérieure... et qui n’y va pas par quatre chemins pour dire aux gens ce qu'il pense? ;

Nous savons que vous avez l’habitude un peu rude de la vérité; nous ne la redoutons pas, n'est-ce : | pas, Gabrielle? |

LA DUCHESSE

S | Mais oui, monsieur Vabbé, nous connaissons

votre manière ? j

L’ABBÉ A Vous avez manqué incontestablement de Ca

voyance, madame la duchesse. Remplacez votre. influence trop débonnaire par une influence déci: | 1

VO A) CES. LR Fr. \

| ACTE PREMIER UT TS sive.. Le mal est grave. Vous aimez mademoiselle votre fille passionnément, n’est-ce pas? Eh bien, je le crois, ce qui s'impose, c’est une réforme totale: il faut l’amener à une rectitude qu’elle ne soupçonne même pas afin qu’elle ne glisse pas à l’abîme. Ce n’est pas vous, avec votre train d’existence, qui parviendrez à rééduquer une enfant fantasque et gangrenée. |

LE DUC Alors que voulez-vous que nous fassions :

L’ABBÉ

La mettre dans un couvent pendant deux ans, jusqu’à sa majorité, à peu près. Oh! mais je ne veux

pas parler d’un couvent mondain comme était à

Paris l’Assomption, le Sacré-Cœur, comme ces dames de la rue de Lubeck où vous l’aviez mise quelques mois; ce qu’il faut, c’est une maison de retraite où elle sera censée finir son éducation à

l'étranger, pour apprendre l'anglais par exemple,

et où non seulement elle sera très surveillée, mais où encore l'influence d’une femme supérieure saura

Jui montrer, par une discipline de l'esprit, le droit.

. chemin, et peu à peu, obtenir le plus salutaire dé-

| veloppement des forces qui sont encore en elle,

j'en suis sûr. j'en répondrais..

Mon Dieu, monsieur l’abbé, vous ne voulez pas parler d’une sorte de maison de correction

L’ABBÉ, souriant.

Vous n’y pensez pas! Non, non! quelle plaisanteriel Je vous parle d’un de ces couvents comme le couvent de Picpus; mais celui-là, malheureuse= ment, ne reçoit plus de jeunes filles, il n’est pas autorisé. Et d’ailleurs il n’était pas assez éloigné dé chez vous. Je crois que ce qui conviendrait à merveille, c’est un couvent en Belgique, à Lodelinsart: je connais très bien la supérieure, une per- . sonne de grand mérite. Ce sont des personnes qui ont l'habitude... des sortes d’épouilleuses d’âmes. Pris à l’improviste, je ne puis vous dire au juste s’il y a mieux, mais je vais consulter l’autorité épiscopale. Si vous le voulez, je puis y aller de ce pas, et dans deux heures je vous rapporterai üne réponse, car le temps presse. Je crois qu'il ne faut pas laisser cette chère enfant escompter votre fai- | blesse. Il faut tout de suite frapper son esprit et la mettre en présence d’une résolution qui l’éclaire

sur la gravité de sa faute. Et vous, madame la du- chesse, dans vos rapports avec elle, je ne réclame pas l’attitude du châtiment, mais l'expression même de votreindignation douloureuse. Compre-

hi OM AÔTE PREMIER 95 nez-vous? Frappez cette imagination égarée, par un acte important, décisif, et surtout austère... sinon elle est peut-être perdue.

LA DUCHESSE

Qu’en pensez-vous, mon ami?

LE DUC, qui a donné à plusieurs reprises des signes d'assentiment et ponctué de « bien » les paroles de l'abbé. Moi! Parbleu, c’est la sagesse même! La confi-

ner dans une solitude où elle puisse revenir de son égarement, et où mourra jusqu’au souvenir de cet homme!... Je redoute tout... M. l'abbé a parfaite ment raison, nous ne pouvons pas trouver un meilleur guide ni un meilleur conseil.

L’ABBÉ

Vous ne pouvez pas en trouver un de plus dévoué, en tout cas, monsieur le duc. Si vous me confiez la garde morale de la chère petite, je crois que vous pouvez tenir pour assuré que nous vous la rendrons avec un état mental extrèmement modifié et: qu elle saura désormais au moins se rendre digne de son nom, de ses parents, avant qu’on Jui trouve un mari Le d elle-même.

LE DUC

oh! cela... n’en parlons n même plus: Hélas | #

26 LA VIERGE FOLLE Ê L’ABBÉ D'ailleurs, de loin comme dé près, vous duréz sur elle toute l’action désirable, vous né là perdréz pas de vue; vous pourrez même la faire voyager utilement de temps en temps avec un chaperon….

Voyons, parons au plus préssé! Jé vais courir aux renseignements! J'ai interrompu un exercice à Reuilly, en ce moment il est nécessaire que jy retourne quelques instants, mais je serai de retour bientôt après être passé à l’évêché... Je ne veux voir Mlle Diane à aucun prix en ce moment; il faut que la décision, si vous la prenez, pour qu’elle ait de l’effet, émane de votré autorité personnelle. Puis aussi je vais télégraphier à à là supérieuré du couvent ie Lodelinsart... oh! à mots FOUT RE à mots couverts, rasG rez vous] LE DUC | Allez, monsieur l’abbé, je vous y autorise ne prononcez pas notre nom, à l’heure actuelle. Vorlà tout. :

L’ABBÉ | C'est entendu. Allons, madamela duchesse, mämtenant, du courage dans l'épreuve. . :

LA DUCHESSE

Vous ne pouvez RAÉ savoir quelle brisures est je mienne.

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