‹ La vierge folleChapitre 38 sur 87 · ACTE DEUXIÈME 81 pou DIANE · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME 81 pou DIANE

Marcel chéri, j'ai réfléchi à tout. et à bien d’autres choses. Ça ne se voit donc pas dans mes veux, Ça ne se voit donc pas dans la façon dont je te prends la main? Je viens à toi, comme tu dis, et je te donne ma vie entière... Fais-en ce que tu voudras. Tu parles, je crois bien, d’un sacrifice de ma part! Je ne t’en fais aucun. Du moins, c’est si peu de chose, en comparaison de ce que tu sacrifies, toi... et, de ça, tu n’en parles même pas... La vie qui m’attendait m’assomme à l’avance, et il n’y à pas de bonheur comparable à celui de vivre à tes côtés, avec toi, toujours. Le reste m'est tellement égal, val. Nous pourrions vivre des années en wagon, ou fixés-dans des endroits les plus baroques, tout m'est indifférent, si je suis « madame toi ». Je n'ai aucun mérite, c’est par égoïsme.: Et puis, tu ne vas pas me forcer à te faire des déclarations d’amour sur une malle! plutôt entre deux valises, car en fait de malles!.….. (Elle lève un index grave sur le visage dé Marcel.) Pauvre petit Marcel! Tu n’as pas besoin de me faire ces yeux ronds. En fait de sacrifices, il n’y a que les tiens. ils sont grands... C’est toi qui fais le mauvais marché...

ARMAURY, lui mettant la main devant la bouche,

Chut! Dianettel.. Tu sais ce que je t’ai dit à +

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‘il serait horrible, maintenant, de gâcher définiti-

ce sujet : cest une muraille pour toi... Il ne faut. pas regarder par-dessus... Défense d’en parler, de m'interroger… Je désire même que tu prononces le moins possible le nom de mafemme.. Comprendsmoi, approuve-moi de temps en temps d’un regard, d’un sourire, quand tu verras que j'ai de la peine. c’est tout ce que je te demande. Je sais ce que je. fais... Je sais jusqu'où je peux aller. Dans ces huit jours, ma femme et moi nous aurons échangé toutes les paroles, et Dieu sait s’il yen a! Je pars: c’est que je sais qu’elle est capable de recevoir le coup...” en tout cas, tout cela, c’est le. reste. et le reste, c’est le silence... Je te le dis encore une fois, mon enfant adorée, je n’éprouverais aucune blessure * d’amour-propre, je te l’affirme, si tu me disais maintenant le contraire de ce que tu m’as écrit hier | encore, dans tout ton désespoir... si tu me disais. | « Je crois, Marcel, que je ne pourrai supporter ( ces deux ou trois ans de couvent... » (Mouvement de Diane.) 4 C’est que, vois-tu, ma chérie, je t'aime tant! Je : ; n'ai pas de plus grande ambition que ton bonheur... 1

vement l'avenir auquel une merveille comme ae É peut encore prétendre. 2

DIANE, avec véhémence, se jetant dans ses bras.

Vivre deux ans, peut-être trois, sans toi, séparée de toi, dans un couvent... non, ça, jamais!» Je.

dE ?

ne m'en sentirais pas la force. Je préférerais me

tuer. | e ARMAURY Sr.

Ne dis done pas de folies! | : À I? DIANE &

Mais td n'imagines pas ce qu’elles seraient ces années-là!... Songe done que je suis (Elle baisse la voix.) une femmel une femme!.. et que c’est toi qui m'as rendue femme. Puis, séparés pendant trois ans en tout cas et de toutes façons, qu'est-ce que tu deviendrais, toi? car, enfin, il n°y à pas que moi... tu

s a’oublierais.. tu me tromperais… mais si... si. tu | m'oublierais,et me vois-tu revenant aprèsmes vingt et un ans... je ne pourrais plus jeter mes brasàton cou... tu serais peut-être avec une autre femme.

NE ARMAURY, riant. +

# L , pi L $ k È : de

Ma pauvre chérie, si c’est ça qui te préoccupe | #

et te me ; de #1 -DIANE

SRE dec a c'act une de ms pr6dé cupations, bien sûr. (Be lui applique Ia main sur la heuche | à sou tur) Tu radotes.… il faut en prendre ton parti. nous allons être ensemble pour la vie!

- ; PRES apres

us à

“et LA VIERGE FOLLE > chiffre-là?.. Tu as dix-huit ans. dix-huit ans. c’est effrayant! Certes, je ne suis pas un homme vieux, mais je suis sur le second penchant. je vais descendre la côte. Un jour viendra où je te ferai signe d’en bas et tu seras encore dans ton éclat. Alors, si tu ne me regardes pas avec mépris, peut-être me regarderas-tu avec un immense regret. C’est vertigineux d’envisager comme nous le faisons en cette minute toute notre wie, d’un coup d’œill.. Que sera-t-elle? Et tu es là, à m’apporter ce miracle avec tes deux petites mains offertes et ton sourire tranquille. Dianette, j'ai bien des remords, mais j'ai celui d’avoir quarante ans passés. N’as-tu pas peur?

Elle lui prend la tête et l’appuie doucement contre su joue. {

Enfant! .

ARMAURY, radieux,

Ah! pour un mot comme celui-là quelle folie ne ferait-on pas! Il n’y a que toi, Dianettel Alors, paroles vaines?.… c’est décidé? Rien à faire? lâchez tout... on part? : | 4

DIANE

On part.

dl

ARMAUR

Dans ce cas, Ketty est bien gentille, mais nous ‘ Î R ù

© ACTE DEUXIÈNE | Ja

n’allons pas nous priver de la joie de nas premier voyage en auto, Je vais lui faire prendre le train et nous la rejoindrons à une station avant l’arrivée à Dieppe. Ça va-t-il?

DIANE

C'est mon avis.

ARMAURY

Je ne l’expédie pas à Dieppe directement, car il est absolument inutile qu’elle sache que nous prexons le bateau pour Southampton, et que c’est à Londres que nous allons élire domicile.

a. DIANE Elle doit en avoir vaguement l’idée. Je l'appelle, | ARMAURY | Tu l’appelles !

Elle va à la porte.

DIANE Ketty, venez.

Entre Ketty.

ARMAURY

C'est changé. Voici, vous allez partir seule, vous allez prendre une voiture sur le quai Voltaire, vous

vous ferez conduire à la gare Saint-Lazare et vous prendrez l'express de quatre heures pour Nouf-

RARE C’est compris?

É "TJ vos NT e - À \ ds

* , x ' e RS h . 86 ei LA VIERGE FOLLE

‘KETTY

Oui, monsieur... Neufchâtel-en-Bray.

Voici pour le voyage.

Ir prend de l’argent et le lui donne.

DIANE

Vous attendrez à la gare que vous indique monsieur. Nous passerons vous prendre en auto. Voilà, Ketty… Laissez les valises, nous les chargerons nous-mêmes. Adieu, Ketty…. Dépêchez-vous, vous n’avez que le temps.

KETTY

/ Allons, au revoir, madémoiselle. Mademoiselle n’a plus rien à me dire?

DIANE Plus rien. | Ft à | nf

KETTY J’attendrai jusqu’à n'importe quelle heure? :

DIANE

Jusqu’à n’importe quelle heure. Nous n'avons

plus à craindre qu’une panne. Alors, au DA LE ma petite FEU

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