ACTE DEUXIÈME 73 -KETTY Mademoiselle, nous avons laissé le corsage de
dentelle que mademoiselle m’avait dit de prendre et puis le petit manteau de voyage
Ça ne fait rien, nous nous en passerons.
ARMAURY
Nous devons faire rougir cette malheureuse Ketty.…. Mais, tant pis, maintenant! (11 va à elle) Comment avez-vous eu le temps, la présence d’esprit même, de descendre une valise ?
DIANE
Tu sais que Ketty est comme une petite souris
dans les couloirs. Elle a escamoté ça...
ARMAURY
C'était risqué. Si on avait vu la valise, comment (en serais-tu tirée?.. (A ketty.) Et, d’abord, êtes-
. vous certaine de n’avoir pas commis d’imprudence? :
KETTY
Oh! certaine, Te: : ARMAURY, revenant à Diane.
Voyons, maintenant que je suis sûr que de es là,
‘car La me ne à peu prés sûr Rte fois, mettons “ ‘ n 7 ’ je
1TTs" RATS
de l’ordre dans toutes ces idées un peu chavirées.. Exactement, où es-tu en ce moment? où?
DIANE
Comme nous en étions convenu dans nos deux dernières lettres, exactement comme je te l'ai dit dans la dernière que Ketty t’a apportée. Je suis arrivée à réaliser tout notre petit plan. Avec maman, tu sais, c’est toujours facile!
ARMAURY Brefl…
Bref, je suis en ce moment à Reuilly, parce que, à la veille de partir pour le couvent de Lodelinsart, ayant été touchée par un repentir auquel tout le monde croit à-la maison, j'ai témoigné du désir d’aller dire adieu à l’abbé Roux. Maman doit venir : me reprendre à cinq heures à l’église; mais, comme £ | c'était préparé entre nous, Ketty s’est amenée, il y a une demi-heure chez labbé, soi-disant parce. qu'on me demandait subitement à la maison...
Nous avons descendu comme des folles les escaliers. Quant à maman, lorsqu'elle arrivera chez l'abbé, nous serons loin. donc rien à craindre... Fu. peux t’en rapporter à moi... On est persuadé de mon repentir, jai tout accepté depuis huit jours,
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mon départ pour le couvent était minutieusement organisé, trousseau, malle, etc. Il n’y a rien à redouter.
ARMAURY
Ketty, avancez un peu ici... Ketty, vous êtes v'1 ange. anglhican... Mais, pouvez-vous me jurer que vous n’avez mis personne au courant de nos projets?
{ KETTY
Personne, monsieur. |
ARMAURY
On peut être absolument sûr de vous?
KETTY
Oui, monsieur. J'aime tant mademoiselle et j'ai confianceen monsieur... Je suivrais mademoiselle au bout du monde...
, On ne vous en demande pas tant... Mais le petit jeune hornme blond qui, à Dinard, vous suivait sur. la plage.
| DIANE Oui, Katy, votre flirt, : vous le pans de gaistée ju cœur... in
À els Ce A DR 1 nul
76 LA VIERGE FOLLE che KETTY
Oh! le chauffeur du marquis de Riom? Que
mademoiselle ne s’en occupe pas. (Un temps) Elle peut avoir confiance en moi...
ARMAURY
Mais vous n'avez commis aucune... indiscrétion? Le chauffeur blond ne sait pas où nous allons?
KETTY Mais je ne le sais pas moi-même, monsieur.
ARMAURY
C’est juste. Vous allez le savoir dans quelques instants. Ici, rien à redouter non plus. Je suis seul dans mon cabinet de travail. J'ai renvoyé naturellement mon secrétaire et mon garçon de bureau. personne ne peut monter. L'auto est commandée à quatre heures précises, et le chauffeur. ne sait pas du tout, bien entendu, s’il s’agit seulement de dépasser Pontoise. Regarde, j'ai acheté comme un collégien, avenue de l'Opéra, cette valise qui n’est guère plus grande que la tienne, mais qui
sera bien suffisante pour atteindre où nous allons, : Maintenant, dernières instructions : Ketty, tenez, | prenez les deux valises, voulez- vous? et mettez-les tout de suite dans le corridor, là... (IL ouvre la porte de gauche) Quand je:vous le dirai, vous les descendrez
ACTE Ti 17 par l'escalier de service qui se trouve au fond. Vous voyez la porte, là-bas. Vous les descendrez par cet escalier et vous les mettrez sur l'auto; vousdirez au chauffeur, de ma part, d'avancer de quelques -nètres sur le quai et je vous rejoindrai là...
DIANE Pourquoi cette précaution ? i
ARMAURY
Pour le concierge, afin qu'il ne puisse pas fournir de renseignements quand on viendra eñsuite linterroger; allez, Ketty, demeurez quelques minutes dans la petite pièce à droite, là, par le corridor. 1 Ia conduit à la porte de la pièce désignée dans le couloir.) Je vous appellerai.. Tenez...
Kelty prend le sac, les couvertures.
Ps nr
DIANE C'est grand, ton appartement? “à ARMAURY à
Tu vois, cette pièce à droite... A côté, une euisine, près de l'escalier de service. et puis une autre pièoe ici, qui me servait de salon d'attente.
‘Ilouvre à gauche la porte du salon.
DIANE 5 Ta garçgonnière, en somme... e’est ici que tu recovais tes bonnes fortunes. | ù US TA à
HAE va HAE
78 LA VIERGE FOLLE . ARMAURY, pressé que Ketty ait fini son transport.
Oh! non, mon chéri, non... Il était absolument ‘ nécessaire, pour mon métier d'avocat, que j'eusse un grand cabinet installé d’une façon centrale: la santé de ma femme, à la suite d’une fausse couche, avait nécessité que nous achetions un petit hôtel à Neuilly; nous avons continué à respecter cet état de choses. J’ai toujours trouvé bon, d’ailleurs, que ma vie privée et ma vie d’affaires fussent tout à fait séparées. Ce qui peut te donner l'apparence d’une garçonnière, c’est cette cour discrète de vieil hôtel qui me sépare du quai... C’est là, dans ce cabinet, au milieu de tous les livres choisis pour le recueillement, pour l'étude et la révasserie, que j” ai passé quelques années d’un bonheur triste. (Kettya enfin disparu et a refermé discrètement la porte. Il étreint Diane.) Ma femme! Je suis si profondément ému... Et toi, ton calme m’épouvante... Tu es là, aussi douce, aussi souriante que s’il s’agissait d’une partie de plaisir, d’une de nos anciennes promenades...
< DIANE | | Qu’ est-ce qu’il y a d’effrayant? Je suis han.
Treuse...
Elle lui prend la main et l’applique à son cœur pour lui en montrer les battements mesurés.
ARMAURY
Oui. II bat comrhe à quinze ans. Maintehant, as-
nn PDC ER
à ACTE DEUXIÈME 79
sieds-toi. Il faut que je te parle L’auto ne viendra
pas avant quelques minutes. assieds-toi. Il est .
encore temps de réfléchir. Dianette, dans une heure, il sera trop tard. Tu peux encore rentrer chez toi. il est temps... oui, oui, ne proteste pas. Laisse-moi te demander de réfléchir, toi qui viens si ingénument me faire le don entier de ta vie, avec cette 10cm dAIA : inconscience de la jeunesse.
DIANE
Aurais-tu peur? Me refuses-tu ?
ARMAURY
Ne dis pas de folies! C’est pour toi que je frémis,
c’est la responsabilité que je prends envers l’être
que j'aime le plus au monde... As-tu bien pesé,
dans le silence, la conséquence de ta résolution, mon enfant?
j . DIANE
Oui, Marcel.
y PL ARMAURY
Peut-être pas, Dianette, peut-être pas autant
que tu le 2roisl. … Ce que tu vas rayer d’un coup,
c’est des années d’une vie qui aurait peut-être été
heureuse, banalement, d’une existence honorée.
Te satisferas-tu d’être ma maîtresse, de vivre à
l'étranger, où nous serons confinés jusqu’à ta majo-
ir 7:
80 © LA VIERGE FOLLE | rité; et, ta majorité venue, quand l’irréparable sera accompli, ne jetteras-tu pas un regard de regret désolé sur tout ce que tu auras quitté? Mon enfant, mon enfant, comprends-moi... Ce n’est pas de toi que j'ai peur, ce n’est pas de toi que je me défie, c’est de moi.
DIANE Comment, de toi?
ARMAURY
La vie que je t’apporterai en échange pourrat-elle toujours te satisfaire? Nous serons pendant longtemps un couple qui ne vivra que de lui-même: par conséquent c’est dire que tu ne vivras que de moi. Quelle responsabilité effarante, ma grande petite fille adorée! Je t’assure, au lieu de ce voyage de Tantale, j'ai bien envie, quand l'auto va ronfler à la porte, de te remettre doucement ton petit manteau de sleeping sur les épaules, de. te réépingler ton chapeau sur la tête, de t’embrasser bien gentiment, bien longuement, sur le front, et puis, après une tape sur la joue, de dire : « Adieu, Dianette. Faut rentrer chez toi. »
DIANE
C’est fini? S4'd A FL
ARMAURY Quietnon * | Î