Scène IV
FANNY, GASTON
Fanny.. — Parfaitement,... moi !... Vous ne comptiez pas me trouver...
Gaston. — En effet.
Fanny. — De quel droit entrez- vous ici? Comment osez-vous ouvrir cette porte, vous introduire comme un voleur... dans quel lâche dessein de meurtre?... Ah! mais, j'étais là... je vous avais promis d'y être. Je suis exacte, n'est-ce pas?... Avouez que vous ne m'auriez pas crue aussi prompte.
Gaston. — En effet, je vois quel gardien il a placé à leur porte. C'est vous qui les protégez!
Fanny, — Et vous qui m'y forcez! Ah! pas un mot de raillerie, malheureux !... Si j'ai abdiqué toutes mes pudeurs d'épouse, toute ma dignité de. femme, si je suis là rougissante, effarée de ce que j'ose faire, c'est à cause de vous! Ah! que je vous hais de cela aussi! de cette humiliation! Mais j'ai juré que je vous mettrais au pas, et je tiens parole. Dites, répondez... Que venezvous faire ici, quelle arme avez-vous dans votre poche?
Gaston. — Je viens chercher ma sœur; je viens prendre Diane, et voilà tout...
Fanny. — Allons donc! Si vous n'aviez que ce dessein, seriez-vous ici à une heure du matin, auriezvous loué cette chambre ?... De la franchise, au moins...
Gaston. — Je vous certifie que je viens reprendre Diane; il faut que je voie ce capon qui se cache, et me fuit avec la dernière des bassesses.
Fanny. — Mêlez-vous donc uniquement de ce qui vous regarde, à la fin, vous, le frère! Votre attitude, votre colère, tout est disproportionné...
Gaston. — Non, madame, parce qu'il y a en jeu notre honneur... Et il y a aussi ma haine, en effet... Ah ! je le hais ! Si vous saviez comme !... Il n'a pas seulement déshonoré une fille de famille, il y a les conditions dans lesquelles il a agi... Celles-là sont impardonnables, abominables. Elles relèvent de moi seul, parce que seul, j'en ai été le témoin aveugle.
Je le hais... je le hais, parce qu'il était notre ami, mon ami, parce qu'il a reçu mes confidences *le jeune homme, parce qu'il me prenait le bras avec douceur et gentillesse... et, derrière moi, il accomplissait son forfait... Il avait toutes les hypocrisies avec le frère; il s'occupait aussi de mes premières amours, il me ménageait des entrevues... Ah! vous ne le connaissez pas, cet homme-là, vous ne savez pas encore ce dont il est capable, et c'est vous qui le défendez! Pourtant, qu'il nous rende notre enfant, qu'il nous la rende et je le laisserai tranquille.
Fanny. — : Eh bien, commencez par exécuter ce projet et partez.
Gaston. — Non...
Fanny, — Si.
Gaston. — Le lâche... Le lâche!... C'est vous qu'il a chargée de cette mission!... Il est là verrouillé, ils sont là, tous les deux, à côté... C'est abject... (Criant.) Lâche! Lâche! Mais sortez donc!... Osez donc une fois vous montrer... L'homme capable de faire ce que vous faites, de s'abriter derrière les femmes, et qui utilise jusqu'à leurs terreurs, cet homme n'est même pas digne d'être souffleté... Vous entendrez au moins ma voix !... Lâche!... (I<a porte s'ouvre. Armaury entre.) A la bonne heure, au moins!...