DU MONDE CATHOLIQUE
«Da 20 au 24 novembre, ii y eut à Rome assenblée consistoriale des évêques venus à Rome pour la définition. Aux évêques furent adjoints quinze théologiens du clergé séculier et régulier, sous la présidence des cardinaux Brunelli, Santucci et Caterini. On lut successivement Jes divers Paragraphes du projet de décret dont les évêques avaient tous reçu une copie. Les évêques faisaient leurs observations, soulevaient les difficultés et demandaient les explications nécessaires, Les théologiens romains répondaient aux difficultés et aux observations des évêques. Evêques et Consulteurs firent ainsi usage de tout ce que peuvent fournir la raison et la critique, Pour vérifier de nouveau si l’Immaculée Conception est réellement contenue dans le dépôt de la Révélation, telle qu'elle nous est parvenue soit par la tradition écrite, soit par la tradition orale, soit par l’une et l’autre à la fois, Les. Cardinaux n’assistèrent pas à ces réunions ; ils devaient.
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avoir leurs conférences, après la discussion des évéques, en consistoires secrets sous la présidence du Pape lui-même. On voit que l'assistance de l'Esprit d'en haut, qui dirige l'Eglise, n'exclut pas les moyens humains ; loin de là, elle veut qu'on les emploie et l'Eglio n’a garde d'y manquer. ;
«il serait difficile de se rendre compte de la majesté que présentait une si noble assemblée, Quand ces évéques, ayant à leur tête trois représentants du Vicaire de Jésus-Christ et assistés par l'élite des théologiens de la Ville Suinte, invoquaient ensemble les lumières du Saint-Esprit et discutaient les termes d'un décret
dogmatique de cette importance, on conçoit aisément que toute l'assemblée ait été pénétrée d'un respect
religieux et qu’elle ait éprouvé sensiblement des inpressions bien supérieures à tout sentiment terrestre. Au terme de leurs travaux, ils furent comme électrisés par ces touches de l'Esprit-Saint, qui avaient fait tressaillir déjà les Conciles de Nicée et d’Ephèse. C'était le 24 novembre. Midi sounait. Toute l’assemblée se jette à genoux pour réciter l'Angelus. Puis chacun reprend sa place, et l'on avait à peine échangé quelques paroles, qu'une acclamation au Saint-Père, un cri d'éternelle adhésion au Saint-Siège, au Siège de Pierre, s'élève, se propage, éclate et sort de tous les cœurs: « Pater, doce nos ; confirma fratres tuos— Père, euseigne-nous, confirme tes frères. » Et l'enseignement
qu'au nom de l'Eglise, ces Pasteurs demandaient au pasteur suprême, c'était la définition de la Conception Immaculée, Et ces paroles vibraient dans les âmes avec une telle et si ineffable vertu, que ce fut comme un cri de supplication de toute l'assemblée, supplication si manifestement partie des Cœurs, si sublime, que, pour la comprendre, il faut l'avoir entendue; ni la plume ni la parole ne sauraient en donner une idée.
«Le 1* décembre eut lieu un consistoire secret où le Pape prononça l'allocution suivante :
« Parmi les graves et nombreuses arsoisses et douleurs dont nous sommes, uffigé, le Père très clément des miséricordes, le Dieu de toute consolation nous prépare, à nous et à l'Eglise entière, une joie assurément très grande. Car il semble être proche ce jour tout à la fois si désiré et si heureux, où la Conception Immaculée de lu Vierge Marie, Mère de Dieu, doit être décrétée par notre suprême autorité. Il ne pouvait Y avoir pour nous, en cette vie, plus grand sujet de joie, puisqu'un décret de cette nature est très propre à augmenter et à faire fleurir de plus en plus, sur la terre, l'honneur, le culte, la véuération envers la Vierge très glorieuse qui, élevée au-dessus de tous les chœurs des anges, de tous les ordres des saints, et toute puissante auprès de Celui qu'elle à enfanté, intercède au ciel par une prière
assidue pour le peuple chrétien tout entier. Vous savez porfaitement combien la piété, le culte envers l’'Immaculée Conception de la Mère de Dieu se sont manifestés de plus en plus chaque jour dans l'univers catholique, avec quel zèle l'Eglise et nos Prédécesseurs se sont glorifiés de défendre, de nourrir, de développer cette piété, cette doctrine, et par combien de prières instantes et répétées non seulement les pontifes catholiques, mais encore les princes souverains ont demandé que l’Immaculée Conception de la Mère de Dieu fût définie dogme de foi par le Siège apostolique. Ces demandes ayant été présentées à Grégoire XVI, notre ‘ Prédécesseur, d’heureuse mémoire, et à nous-même dès le commencement de notre pontificat, nous avons appliqué avec le plus grand zèle à cet objet nos soins et ncs pensées; mais voulant,. dans une affaire de cette importance, employer toute la maturité possible, nous avons institué, comme ‘vous le savez parfaitement, une Congrégation particulière composée de plusieurs membres de votre Ordre illustre, et avons choisi dans le clergé tant séculier que régulier des hommes parfaitement instruits dans les sciences théologiques, avec ordre de soumettre cette question à un examen très attentif et de nous en exposer leurs sentiments. Ensuite nous avons aussi envoyé une Lettre encyclique, datée de Gaëte, le 2 février 1849, à tous les évêques de
l'univers catholique, afin qu’ils nous fissent connaître par écrit quelle était la piété de leur clergé et de leurs fidèles envers l’Immaculée Conception de la Mère de Dieu, et surtout ce qu'ils pensaient euxmêmes ou désireraient touchant cet objet. Après avoir 8ppris, avec une consolation singulière de notre âme, par les suffrages de la Congrégation particulière mentionnée, soit par les réponses de presque tous les évêques, soit par les vœux des dits théologiens, que cette définition nous était ardemment demandée, nous avons ordonné de vous communiquer un exemplaire de nos Lettres apostoliques. C'est pourquoi, après toutes ces mesures prises, nous demandons aujourd'hui volontiers, conformément à l'usage de nos Prédécesseurs, votre avis sur ce très grave sujet, tandis que nous implorons très humblement le secours de la lumière divine, En conséquence, vous plaît-il que nous portions un décret dogmatique touchant l'Immaculée Conception de la très heureuse Vierge Marie ? »
«Ayant pris tous les suffrages, le Souverain Poutife ajouta :
« Vénérables frères, c'est avec le sentiment d'une vive joie que nous voyons que vos suffrages répondent à nos vœux, C'est Pourquoi, dès ce mois de décembre, où l'Eglise universelle célèbre la fête de la Conception de la très glorieuse Vierge, nous choisirons ce jour pour porter et promulguer ce décret,
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et nous le ferons avec pompe et solennité dans notre basilique patriarcale du Vatican. Cependant ne cessez de demander à Dieu par d'instantes prières, qu'avec sa faveur et sous son inspiration, nous puissions achever cette œuvre si grande pour la gloire de son divin Nom, pour l'honneur et l'ornement de la Bienheureuse Vierge, pour l'exaltation de la foi catholique et le progrès de la religion chrétienne. »
«La Définition solennelle de l'Immaculée Conception eut lieu le 8 décembre 1854, dans la Basilique de Saint-Pierre du Vatican, en présence de deux cents évêques et d’une immense foule. Dès le matin, les évêques s'étaient réunis au! palais du Vatican. En chape et mitre blanches, ils se rendirent à la chapelle Sixtine, où le Pape ne tardn pas à les rejoindre. Les évêques se mirent en rang par ordre d'ancienneté, et, chantant les litanies des Saints, se rendirent processionnellement de la Sixtine à Saint-Pierre, par le grand escalier du Palais. Le Souverain Pontife, précédé des Cardinaux, fermait la marche. Au milieu de la basilique, la procession s'arrêta ; les évéques rangés en demi-cercle devant la chapelle du Saint- Sacrement, attendirent le Pape, et s'agenouillèrent tous avec Sa Sainteté Après les oraisons, la procession se reforma et se rendit derrière le maîtreautel de la basilique. Au fond du chœur, s'élevait le trône Pontifical, comme pour les chapelles papales
ordinaires, Pie IX, monté sur son trône, reçut l’obédience des cardinaux et des évêques. Ensuite ‘commença l'office pontifical,
«Après que l'Evangile eut été chanté en latin et en grec, le cardinal Macchi, doyen du Sacré-Collège, se présenta an pied du trône et adressa en latin ces paroles au Souverain Pontife:
« Ce que l'Eglise catholique, Très Saint Père, désire ardemment et appelle de tous ses vœux depuis si longtemps, c'est que votre suprême et infaillible jugement porte sur l’'Immaculée Conception de la très sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, une décision qui soit pour elle un accroissement de louanges, de gloire et de vénération. Au nom du Sacré Collège des cardinaux, des évêques du monde catholique et de tous les fidèles, nous demandons humblement et instemment que les vœux universels de l'Eglise soient secomplis dans cette solennité de la Conception de la bienheureuse Vierge. Lors done que s'offrira l’auguste Sacrifice de nos autels, dans ce temple consncré au Prince des Apôtres et au milieu de cette réunion solennelle du Sacré Collège, des évêques et du peuple, daignez, Très Saint Père, élever votre voix apostolique et prononcer ce décret dogmatique de l'Immaculée Conception de Marie, qui sera un sujet de joie pour le viel et de la plus vive allégresse pour la terre. »
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«Le Saint Père répondit qu'il accueillait volontiers la prière du Sacré Collège, de l'épiscopat et des fidèles, mais que, pour l'exauter, il fallait d'abord invoquer les lumières de l’Esprit-Seint. Aussitôt on entonna le Veni Creator. Après le chant de cet hymme, le Pape, debout devant son trône, prononça d’une voix pleine de foi et d'autorité, la Définition attendue (1): «Nous confiant donc dans le Seigneur et croyant que le moment opportun est venu pour définir l'Immaculée Conception de la sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, qui est rendue admirablement claire <t manifeste par la parole divine, par une vénérable tradition, par le sentiment iconstant de l'Eglise, par l'accord unanime des évêques et des fidèles du monde catholique, ainsi que par les actes insignes et les constitutions de nos Prédécesseurs ; après avoir soi- &neusement examiné toutes choses, après avoir répandu devant Dieu des prières ferventes et assidues, nous avons jugé que nous ne devons plus hésiter à sanctionner et à définir par notre suprême jugement l'Immaculée Conception de la Vierge, et en même temps pour honorer en elle de plus en plus son Fils unique, Notre-Seigneur Jésus-Christ, puisque c'est au Fils que retournent l'honneur et la gloire qu'on rend à la Mère.
(1) Balle /nefabitis.
« Ainsi, après n'avoir pas cessé d'offrir dans l’humilité et le jeûne nos prières particulières et les prières publiques de l'Eglise à Dieu le Père par l'intermédiaire de son Fils, pour qu’il daignât diriger et confirr1er notre esprit par la vertu de l'Esprit-Saint, après avoir imploré la protection de toute la cour céleste, invoqué avec gémissement l'assistance de l'Esprit consolateur et persuadé qu'il nous inspirait dans ce sens pour l'honneur de Ja sainte et indivisible Trinité, pour la gloire et l'ornement de la Vierge, Mère de Dieu, pour l'exaltation de la foi catholique et l'accroissement de la religion chrétienne, par l'autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des saints Apôtes Pierre et Paul et la Nôtre (Ici la Véix du Pape parut un instant défaillir ; ses yeux se:remplirent de larmes ; mais bientôt reprenant d’une voix forte, il continue : ) Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine qui enseigne que la bienheureuse Vierge Marie fut, dans le premier moment de sa Conception, par une grâce et, un privilège singulier de Dieu . tout-puissant, et en vue des mérites de Jésus Christ, Sauveur du genre humain, préservée et exempte de toute tache du péché originel, est révélée de Dieu, et qu'en conséquence, elle doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles. C'est Pourquoi, si quelques-uns, ce qu'à Dien ne plaise, avaient la présomption de penser dans leur Cœur autrement que