JE SUIS L'IMMAOULÉE CONCEPTION
Lors du jaillissement de la Source, l'Apparition n'avait point réitéré à Bernadette l'ordre d'aller demander aux prêtres l'élévation d’une chapelle. Le lendeain, Comme nous l'avons raconté, la Vision ne s'était point manifestée, de sorte que, depuis ce mome: :, Bernadette n'avait point paru au Pres
la foule, le -Clergé continuait de demeurer étranger à toutes les manifestations enthousiastes qui se faisaient autour de la Grotte. Pas un prêtre n'apparaissait en
conséquence dans l’inces ante procession qui se rendait à la Source miraculeuse,
Donc, — Je Clergé se faisant une loi de rester à
l'écart, l'autorité municipale refusant d'agir et d'opposer son véto, — le mouvement populaire suivait son libre cours et grossissait comme les fleuves de ces contrées à la fonte des neiges. Il débordait de toutes parts, montant, montant toujours et couvrant les campagnes de ses innombrables flots. Les partisans de la compression commençaient à sentir leur impuissarce contre un si formidable courant, et à voir clairement que toute résistance eût été emportée comme une digue de paille par cette soudaine et puissante irruption. Ils durent se résigner à laisser passer librement ces multitudes soulevées ét mises en marche par le souffle de Dieu.
À la Grotte, malgré cet immense Concours, tout continuait de se passer avec le plus grand crdre. On puisait à la Source, on chantait des cantiques, on priait.
Les soldats de la garnison, émus comme tout le peuple de ces pays, avaient demandé au Commandant du Fort la permission d'aller, eux aussi, aux Roches Massabielle. Avec l'instinct de discipline développé en eux par le régime militaire, ils veillaient d'eux-mêmes à éviter l'encombrement, à laisser libres certains passages, à empêcher la foulc de se trop avancer sur les rives périlleuses du Gave; ils s'employaient de côté et d'autre, prenant spontanément une certaine autorité que personne, avec raison, ne songeait à leur contester.
Quelques jours s’écoulèrent ainsi, pendant lesquels Apparition se manifesta sans aucune particularité nouvelle, sinon que la Source grandissait toujours et ‘que les guérisons miraculeuses se multipliaient de plus en plus,
Le 2 mars, Bernadette ge rendit de nouveau auprès de M. le Curé de Lourdes et lui parla une seconde fois au nom de l’Apparition.
— Elle veut qu'on construise une Chapelle et qu'on fasse des Processions à la Grotte, dit l'enfant.
Les faits avaient marché, la Source avait jailli, les guérisons avaient eu lieu, les miracles étaient venus témoigner au nom de Dieu de la vérité de Bermadette. Le prêtre n'avait plus de preuves à dewmander: il n'en demanda point. Sa conviction était faite. Le doute ne Pouvait désormais effleurer sa foi, La «Dame» invisible de la Grotte n'avait point. dit son nom. Mais l'homme de Dieu l'avait déjà reconnue à ses maternels bienfaits.
Toutefois, malgré le secret enthousiasme qui remplissait son cœur ardent au spectacle de ces grandes choses, il avait, Par une rare prudence, su contenir l'expression prématurée des sentiments profonds et doux dont il était agité à la pensée que la Reine du Ciel était descendue parmi l'humble troupeau de ses paroissiens, et il avait maintenu vis-à-vis de son cler- & la défense formelle d'aller à la Grotte.
— Je te crois, dit-il à Bernadette, lorsqu'elle se présenta de nouveau devant lui. Mais ce que tu me demandes au nom de l'Apparition, ne dépend pas de moi. Cela dépend de Monseigneur l'Evêque, que j'ai déjà instruit de ce qui se passe, Je vais me rendre auprès de lui et lui faire part de cette nou:elle démarche. C'est à lui seul qu'il appartient d'agir.
Le jeudi, 4 mars, était le dernier jour de la Quinzuine. Lorsque l'aurore commença à blanchir l'horizon, une multitude plus prodigieuse encore que les jours ‘précédents inondait les abords de la Grotte. Il y avait bien là plus de vingt mille hommes répandus sur les rives du Gave, et cette multitude grossissait incessamment par l’arrivée de nouveaux pèlerins qui débouchaient de tous les côtés,
Bernadette, accompagnée de sa mère, venait de paraître sur le sentier que la Confrérie des carriers avait tracé les jours précédents, et descendait paisiblement vers cet océan humain. Bien qu'elle eût tout ce vaste peuple sous les yeux et qu'elle fût sans doute heureuse de voir ce témoignage de vénération pour la « Dame » merveilleuse, elle était tout entière à la pensée de revoir cette incomparable Beauté,
Quand Bernadette se prostérna, tout ce peuple, d’un mouvement unanime, tomba à genoux,
Presque aussitôt les rayons surhumains de l'extase illuuinèrent les traits transtisnrés de l'enfant. Nous
ne décrirons pas une fois de plus ce spectacle merveilleux, dont, à plusieurs reprises déjà, nous avons tâché de donner une idée au lecteur.
L'Apparition, comme les jours précédents, avait commandé à j'enffnt d'aller boire et se laver à la Fontaine, et de manger cette herbe dont nous avons parlé ; pris elle lui avait de Nouveau ordonné de se rendre vers les prêtres et de leur dire qu'elle voulait une chapelle et des processions en ce lieu.
L'enfant avait prié l’Apparition de lui dire son nom. Mais la « Dame » rayonnante n'avait point répondu à cette question. Le moment n'était point encore venu. Ce nom, il fallait qu'il s'écrivit auparavant sur la terre et qu'il se gravât dans les Cœurs par d'innombrables Œuvres de miséricorde La jeine du Ciel voulait être devinée à ses bienfaits 5 Elle entendait que la clameur reconnaissante de toutes les bouches la nommât et la glorifiât, avant de répondre et de dire: « Votre cœur ne Vous à pas trompés : c'est bien Moi. »
Durant la période des Apparitions, un temps magnifique avait favorisé le mouvement populaire, Il Y avait eu une série non interrompue de beaux jours comme on n'en avait pas vu depuis plusieurs années. À, partir du 5 mars, le temps changea et il tomba une neige épaisse. Les rigueurs de la saison ralentirent naturellement pendant quelques jours le concours à la Grotte.
Les guérisons miraculeuses continuaient d'ailleurs à se produire,
Depuis le dernier jour de la Quinzaine, Bernadette était retournée plusieurs fois à la Grotte, mais un peu comme tout le monde, c'est-à-dire sans vuir en elle. même cette voix intérieure qui l'appélait irrésistible. ment.
Cette voix, elle l'entendit de nouveau le 25 mars dans la matinée, et elle prit aussitôt le chemin des Roches Massabielle. Son visage rayonnait d'espérance, elle sentait en elle-même qu'elle allait revoir l'Apparition, et que, devant ses Yeux charmés, le Paradis al'ait entr'ouvrir un instant ses portes éternelles.
Comme on le pense bien, elle était devenue dans la ville de Lourdes l'objet de l'attention générale, et elle ne pouvait faire un pas sans être le centre de tous les regards.
— Bernadette va à la Grotte! s’écria-t-on de l’un à l'autre en la voyant passer.
Et en un instant, sortant de toutes les maisons, ac- Courant par tous les sentiers, la foule se précipita dans la même direction et arriva en même temps que l'enfant.
Dans la vallée, la neige avait fondu depuis deux ou trois jours, mais elle Couronnait encore la crête des cimes environnantes. Il faisait un temps clair et beau. Pas une tache dans le bleu paisible du firmament, Le Soleil Roi semblait naître en Ce moment au sein de
ces blanches montagnes et faisait resplendir son berceau de neige.
C'était la Fête de l’Annonciation !
Le pressentiment joyeux qu'avait éprouvé Bernadette ne l'avait: point trompée: la voix qui l'avait appelée était la voix de la Vierge fidèle.
Dès que l'enfant fut tombée à genoux, l'Apparition se manifesta. Comme toujours rayonnait autour d'Elle une auréole ineffable, dont la splendeur était sans limites, dont la douceur était infinie. Comme toujours
son voile et sa robe aux chastes plis avaient ln blancheur des neiges éclatantes. Les deux roses, qui fleurissaient sur ses Pieds avaient la teinte jaune qu'a la base du ciel aux Premières lueurs de l'aube virginale.
Sa ceinture était bleue comme le firmament,
Bernadette en extase avait oublié Ja terre devant la Beauté sans tache.
— O ma « Dame », lui dit-elle, veuillez avoir la bonté de me dire qui vous êtes et quel est votre Nom.
La céleste Apparition sourit et ne répondit point,
Devant le silence de la Vision, Bernadette insista et reprit :
— O ma « Dame », veuillez avoir la bonté de me dire qui vous êtes et quel est votre Nom.
L’Apparition Parut rayonner davantage comme si sa joie allait grandissant, et Elle ne répondit point encore à la demande de l'enfant,
PU mr oc nn
Bernadette redoubla ses instances et prononça pour la troisième fois ces paroles :
— O ma « Dame », Veuillez avoir la bonté de me dire qui vous êtes et quel est votre Nom.
L'Apparition semblait entrer de plus en plus dans la gloire bienheureuse ; et, comme concentrée en sa félicité, Elle continua de ne point répondre.
Bernadette insista toujours davantage et elle fit entendre pour la quatrième fois ces suppliantes paroles:
— © ma « Dame», je vous en prie, veuillez avoir la bonté de me dire qui vous êtes et quel est votre Non.
L'Apparition avait les mais jointes avec ferveur et le visage dans le rayonnement splendide de la béatitude infinie. É
À la dernière question de l'enfant, Elle disjoignit les mains, faisant glisser sur son bras droit le chapelet au fil d'or et aux grains d'albâtre, Elle ouvrit alors ses deux bras et les inclina vers le sol, comme pour montrer
à la terre ses mains virginales, pleines de bénédiction, Puis les élevant vers l'éternelle région d'où descendit, à pareil jour, le divin Messager de l’Annonciation, Elle les rejoignit avec ferveur, et, regardant le ciel avec le sentiment d'une indicible gratitude, Elle Prononça ces paroles :