‹ La vierge immaculée [microforme]Chapitre 39 sur 79 · PRE LP PR ARE TRAIN AB · texte numérisé non relu

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Bernadette, ravie soudainement en son extase merveilleuse. Comme toujours, la Vierge lumineuse se tenait dans l'excavation ovale du rocher, et ses pieds foulaient le rosier sauvape.

Bernadette la Comtemplait avec un sentiment d'amour indicible, un sentiment doux et profond, qui inondait son âme de délices, sans troubler en rien son esprit”et sans lui faire oublier ‘qu'elle était encore sur la terre.

La Mère de Dieu aimait cette enfant innocente, Elle voulut, par une intimité de plus en plus étroite, la presser davantage sur sa poitrine, Elle voulut fortitier encore le lien qui l’unissait à lhumble bergère, afin que cette dernière, au milieu des agitations de ce monde, sentit, Pour ainsi dire, à tout instant, que la Reine des cieux la tenait invisiblement par la main.

-— Mu fille, dit-elle, je veux vous contier, toujours Pour vous seule et concernant vous seule, un dernier secret, que, pas plus que les deux autres, vous ne révéierez À personne au monde,

— Et maintenant, reprit la Vierge après un silence, allez boire et vous laver à la Fontaine, et maugez l'herbe qui pousse à côté. |

Bernadette, à ce mot dé « Fontaine », regarda autour d'elle. Nulle source n'existait et n'avait jamais existé en cet endroit. L'enfant, sans perdre la Vierge de vue, se dirigea donc tout naturellement vers le Gave,

dont les eaux tumultueuses Couraient à travers les cailloux et les roches brisées,

Une parole et un geste de l'App: tion l’arrétèrent dans sa marche.

— N'allez point là, disait la Vierge ; je n'ai point dit de boire au Gave ; allez à la Fontaine, elle est ici.

Et, étendant sa main, cette main délicate et puis-

sante à laquelle Ja nature est soumise, Elle montra du doigt à l'enfant, au côté droit de la Grotte, ce même coin u...ché vers lequel, la veille au matin, Elle l'avait déjà fait monter à genoux.

Bien qu’elle ne vit à l'endroit indiqué rien qui semblât avoir rapport aux paroles de l'Etre divin, Bernadette obéit à l'ordre de la Vision céleste. La voûte de la Grotte allait en s'abaissant de ce côté, et la petite fille gravit sur ses genoux l'es,ace qu'elle avait à parcourir,

Arrivée au terme, elle n'aperçut devant elle nulle apparence de fontaine. Tout contre le roe poussaient Sa et là quelques touffes de cette herbe, de la famille des saxifragées, que l'on nomme la Dorine.

Soit sur un nouveau signe de l’Apparition, soit par Un mouvement intérieur de son âme, Bernadette, avec cette foi simple qui Plait tant au cœur de Dieu, se baissa, et, grattant le sol de ses petites mains, se mit à creuser la terre.

Les innombrables spectateurs de cette scène, n’entendant ni ne voyant l'Apparition, ne savaient que

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penser du singulier travail de l'enfant. Déju plusieurs commença.ent à sourire et à croire à quelque déran- £&ement dans le cerveau de la pauvre bergère. Qu'il faut peu de chose pour ébranler la foi !

Tout à coup le fond de cette petite cavité creusée par l'enfant devint humide. Arrivant de profondeurs inconnues, À travers les roches de marbre et les épaisseurs de la terre, une eau mystérieuse se mit à sourdre goutte à goutte sous les mains de Bernadette et à remplir ce creux, de la grandeur d’un verre, qu’elle avait achevé de former.

Cette eau nouvelle venue, se mêlant à la terre brisée par les mains de Bernadelte, ne faisait tout d'abord que de la boue. Bernadette, par trois fois, essa ya de porter à ses lèvres ce liquide bourheux : mais, par trois fois, son dégoût fut «i fort, qu'elle le rejeta sans se sentir la force de l’avaler. Cependant, elle voulait, avant tout, obéir à l'Apparition rayonnante qui dominait cette scène étrange; et, à la quatrième fois, dans un ‘suprême effort, elle surmonta sa répugnance, Elle’ b'x, elle se lava, elle mangea une pincée de la plants champêtre qui peissait au pied du rocher.

Ea ce moment l'eau de la Source franchit les bords du petit réservoir crensé par l'enfant, et se mit à couler en un mince filet, plus exigu peut-être qu'une paille, vers la foule qui se pressait sur le devant de la Grotte,

Ce filet était si minime que, pendant un long

c'est-à-dire Jusqu'à la fin de ce jour, la terre l'absorba tout entier au ge

temps, desséchée

Passage, et qu'on ne devinait que par le ruban humide tracé

s’allongeant peu à peu, avec une lenteur extrême vers le Gave,

Quand Bernadette eut accompli, nons de le raconter, tous les ordr la Vierge arrêtn sur instant après, Elle disparut à ses yeux.

L'émotion de Ja multitude fu prodig». Dos que Bernade se précipita vers la G ‘es yeux le creux où main de l'enfant.

marche progressive «

sur le sol, et qui, s'avançait

ainsi que nous vees qu'elle avait reçus,

elle un regard satisfait, et, un

t grande devant ce tte fut sortie de l'extase, on rotte. Chacun voulait voir de l'eau venait de

surgir sous la Chacun v

oulait y Plouger so: moune goutte à ses lèvres, De que cette source NaisSante, à pe

choir et en porter rorte dont on agrandissit peu prit bientur l'aspect d'une liquide de boue détremmesure qu'on y Puisait, de plus en plus abondante. L'orifice

ü le terreux réservoir, flaque d'eau ou d'un amas

pée. La Source Cependant, à Cevonait

par

où elle arrivait des abîmes, s'élargissait sensiblement.

— C'est de l'eau qui aura suinté Par hasard du ro-

cher daus les temps pluvieux, et qui par hasard aussi, aura formé sous 1

*e sol un petit amas que l'enfant Aura découvert, toujours Par hasard, en grattant la

terre, dirent les savants de Lourdes. Et les philosophes. se contentèrent de cette explication !

Le lendemain la Source, poussée des mystérieuses profondeurs par une puissance inconnue, et grandissant à vue d'œil, sortait du sol par un jaillissement de plus en plus fort. Elle coulait déjà de la grosseur du doigt. Toutefois, le travail intérieur qu’elle opérait à travers la terre pour se frayer son premier passage la rendait encore boueuse. Ce fut seulement au bout de quelques jours, qu'après avoir augmenté en quelque sorte d'heure en heure, elle cessa de croître et devint absolument limpide. Elle s’échappa dès lors de la terre par un jet très considérable, qui avait à peu près la grosseur du bras d'un enfant ().

Ainsi que nous venons de le raconter, le jaillissement de la Source avait eu lieu vers le lever du s0leil, en présence d’une foule nombreuse. C'était le 95 février, un jeudi, le troisième du mois, jour de grand marché à Tarbes. La nouvelle de l'événement merveilleux arrivé le matin aux Roches Massabielle fut donc portée au chef-lieu par une multitude de témoins oculaires, et répandue dès le soir même dans tout le département et jusqu'aux villes les plus proches des départements voisins. Le mouvement extraordinaire,

(1) La Fontaine de Lourdes, comme chacun peut le vérifier, fournit

plus de vingt mille gallons d’eau par jour!

qui depuis une huitaine aftirait à Lourdes tant de pèlerins et de Curieux, prit dès ce moment un développement inouï.

Un grand nombre de visiteurs vinrent coucher à Lourdes pour s'y trouver le lendemain; d’autres marchèrent toute la nuit; et, aux Premiers rayons du jour, à l'heure où Bernadette avait coutume d'arriver ciny à six mille Personnes se pressant sur les rives du Gave, sur les trtres et sur les rochers, campaient. en face de la Grotte. LA Source, plus abondante que la veille, était déjà considérable.

Quani la Voyante, humble, paisible et simple aw milieu de cette agitation, se présenta pour prier, les Populations s'écrièrent : « Voilà la Sainte ! voilà la Sainte !» Plusieurs cherchuient à toucher ses vêtements, considérant comme : tré tout objet qui appartenait à cette privilégiée du Seigneur.

La mère des humbles et des petits ne voulait point cependant que ce cœur innocent succombât à la tentation de la vaine gloire, et que Bernadette pût s'enorgueillir un instant des faveurs singulières dont elle était l'objet. Il était bon que l'enfant, &u milieu de

ces acclamations, sentit qu'elle n'était rien et qu'elle

constatât une fois de plus son impuissance À évoquer Par elle-même Ja Vision divine. Vainement elle pria. On ne vit point se répandre sur ses traits l'éclat sur-

humain de l'extase ; ot, quand elle se roleva, après sa

longue prière, elle répoudit avec tristesse aux interrogations dont on l’entourait, que la Vision d'en haut n'était point apparue.

Cependant les guérisons aculeuses, qui allaient se multiplier dans la suite d’une manière si prodigieuse, par la vertu de l'eau de cette source qui venait de jaillir, commencèrent, La première fut celle d’un Pauvre ouvrier : la ville, nommé Louis Bourriette.

Nous rapporterons, plus loin, tout au long ce premier miracle, avec un choix d'autres guérisons, parmi les plus éclatantes, à la gloire de Notre-Dame de Lourdes, la Vierge Immaculée !

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