FA VIERGE IMMACULÉE
tourage,» a: Procureur im'orial, M. Dutour ; et, tous deux ensembie, ils rerdirent chez M, le Curé de Lourdes pour lui Communiquer l’ordre d’arrestation émané de la Préfecture. Ils expiiquèrent à l'abbé Peyramale, comment d'après le texte de la loi du 30 juin 1838, le Préfet agissait dans la plénitude de son droit légal.
Le Vénérable Curé ne put contenir l'explosion de son indignation devant la cruelle iniquité d'une telle mesure,
— Cette enfant est innocente ! s'écria-t-il; et la preuve. monsieur le Procureur impérial, c'est que, comme magistrat, vous n'avez pu, malgré ‘08 interrogatoires de toute sorte, trouver un prétexte à la moindre poursuite. Vous savez Qu'il n’y a pas un tribunal en France qui ne reconnût cette innocence, éclatunte comme le soleil ; qu'il n'y a pas un Procureur g'néral qui, en de telles circonstances, ne déclarât Won-trueuse et ne fit cesser, n6n seulement une arrestation, mais une simple action judiciaire,
— Aussi la Magistrature n'agit-elle pas, répondait
M. Dutour. M. le Préfet, sur le rapport des médecins, fait enfermer Bernadette comme atteinte de démence ; et cela, dans son intérêt, pour la guérir. C'est une simple mesure administrative, qui ne touche en rien à la Religion, puisque ni l'Evêque ni le Clergé ne se sont prononcés sur tous ces faits qui se passent en dehors d'eux.
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— Une telle mesure, reprit le Curé, en s'animant de plus en plus, serait la plus odieuse des persécutions ;. d'autant plus odieuse, qu'elle prend un masque hypocrite, qu’elle affecte de vouloir protéger, qu'elle se cache sous le manteau de la légalité, et qu'elle a pour objet de frapper un pauvre être sans défense. Si l'évéque, si le Clergé, si moi-même nous attendons qu'une lumière de plus en plus grande se fasse sur ces événements pour nous prononcer sur leur caractère surnaturel, nous en savons assez pour juger de la sincérité de Bernadette et de l'intégrité de ses facultés intellectuelles, Et dès qu'ils ne constatent aucune lésion cérébrale, en quoi vos deux médecins (1) seraient-ils plus compétents pour juger de la folie ou du bon sens que l’un quelconque des mille visiteurs qui ont interrogé cette enfant, et ont admiré la pleine lucidité et le caractère normal de son intelligence ? Vos médecins eux-mêmes n'osent affirmer et ne concluent que par une hypothèse. M. le Préfet ne peut, à aucun titre, faire arrêter Bernadette,
— C'est légal.
— C'est illégitime. Prêtre, Curé-Doyen de la ville
(1) Ces deux médecins, en effet, avaient été envoyés en Commission,
par le Préfet, chez les Soubirous, Tous deux, parfaitement incrédules, mais très consciencieux d’ailleurs malgré leurs préventions, constatèrent, dans leur Rapport, l'état très sain et très normal de l'enfant ! Tout: fois, comme sur la question des Apparitions, elle persistait inva-
de Lourdes, je me dois à tous, et en particulier aux
plus faibles, Si je voyais un homme armé attaquer un enfant, je défendrais l'enfant au péril de ma vie: Car je sais le devoir de protection qui incombe au bon Pasteur. Sachez que je ne saurais agir autrement alors même que cet homme serait un Préfet, et que son arme serait le Mauvais article d'une mauvaise loi. Allez donc dire à M. Massy que ses Gendarmes me trouveront sur le seuil de la porte de cette pauvre famille, et qu'ils auront à me renverser, à me pusser sur le Corps, à me fouler aux pieds, avant de toucher à un cheveu de la tête de cette petite fille.
— Cependant...
— 1 n'y a pas de Cependant, Examinez, faites des enquêtes: vous êtes libres et tout le monde vous y convie. Mais si, au lieu de cela, vous voulez persé-
» ‘Si vous voulez frapper les innocents, sachez
bien qu'avant d'atteindre le dernier et le plus petit
mon troupeau, c'est Par moi qu'il faudra commencer.,
Le Prêtre s'était levé. Sa haute taille, sa tête aux traits puissants, la plénitude de force qui éclatait en
riablement dans son récit, ces Messieurs, qui ne croyaient point à la Possibilité de pareilles visions, s'appuyèrent là-dessus pour dire que Bernadette Pourrait bien être hallucinée ! — C'était là toute la conclusion de ces deux célébrités médicales !
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lui, son geste résolu, son visage ardent d'émotion, <ommentaient ses paroles :et leur donnaient toute leur physionomie,
Le Procureur et le Maire se turent un instant. Puis ils parlèrent des mesures relatives à la Grotte.
— Quant à la Grotte, reprit M. l'abbé Peyramale, si M. le Préfet veut, au nom des lois de la Nation et au nom de sa piété (1) particulière, là dépouiller des objets que d'innombrables visiteurs y ont déposés en l'honneur de la Sainte Vierge, qu'il le fasse. Les croyants seront attristés et même indignés. Mais qu'il se rassure: les habitants de ce pays savent respecter l'Autorité, même quand elle s'égare. On dit qu'à Tarbes un escadron est en selle, attendant, pour accourir à Lourdes, un signal du Préfet, Que l'escadron mette pied à terre. Quelque ardentes que soieut les têtes, quelque ulcérés que soient les cœurs, On écoute m& voix, et je réponds, sans la force armée, de la tranquillité de mon peuple. Avec la force arméo, je n'en réponds plus.
Bernadette ne fut Roint arrêtée; mais la Grotte fut dépouillée, en présence de la population, plongée tout entière dans la consternation.
Les objets et les ex-voto, déposés à la Grotte,
(1) I avait osé dire, dans son Arrêté : «... Mes sentiments ne doivent être suspects à personne, Tont le monde dans ce département, connaît mon respect profond jour la religion ! »
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formaient déjà une masse considérable. Sous la voûte brûlaient çà et là des cierges, portés sur des chandeliers ornés de mousse et de rubans. Des croix, des statues de la Vierge, des tableaux religieux, des chapelets, des colliers, des bijoux, reposaient sur le sol ou dans les anfractuosités du rocher. A certaines places suos, les images : de la Mère de Dieu, on avait étendu des tapis. Des milliers de bouquets avaient été portés là en l'honneur de Marie par de pieuses mains, et les prémices du mois des fleurs embaumaient ce sanctuaire champêtre, i
Dans une ou deux corbeilles d'osier et sur le sol brillaient des pièces de cuivre, d'argent ou d'or, dont le total formait quelques milliers de francs : premier don spontané des fidèles pour l'érection, en ce lieu, d’un temple à la Vierge Immaculée ; pieuse offrande, dont le caractère sacré avait frappé de respect l'audace même des malfaiteurs, et sur laquelle, malgré la facilité de la solitude et des nuits, nul n'avait osé jusque-là porter une main sacrilège.
Tous ces objets, recueillis à Ja Grotte, furent déposés à la Mairie : l'argent fut remis à M. le Maire.
Le 8 juin suivant fut un jour de nouvelle et profonde tristesse pour les paisibles habitants de Lourdes,
lorsqu'ils reçurent communication de l'arrété suivant : « LE MAIRE DE LA VILLE DE LourDes,
«Vu Les Instructions à lui adrescére par l'Autorité
supérieure