‹ La Vierge Marie et le plan divin (volume 3)Chapitre 31 sur 87 · E PLAN- DJVIN. DJa'XIÉMR FIN · texte numérisé non relu

E PLAN- DJVIN. DJa'XIÉMR FIN

né PmiiooEmttis. Tantôt il est dit de lui qu'il est engèndré tantôt quil est créé. Sans nous enfoncer dans Uile étude de ces textes, disons seulement qu'il en fésultr clelirenient, selon le sentiment des plus ê.ninents d'en tre les Pères, comme l'observe Suarez, hmc ess, ermsr^wnem magnornm Pa6.au, que c'est comme Dim quil BS appelé Fi/s nni^ne, e.yendré, et qUe c'est comme homme qu'il est appelé créé, P^^emier né de tovtv créature.

C'est donc le Verbe incarné, le Christ, qui est /. premm né de la création, i^RiMOGEi^itufi omni« cRBAtuh^ ' l héritier comtttné de nr„iv.r», ^^,„ constituit ks- REDEMUNIVERsoRUM^ Il domine toutes choses dans les dessems de Dieu, et toutes choses se réfèrent à hZlH

EST ANTB OJfNES, ET OMNiA IN IPSO CONSTANT» : tOUtCS cho-

ses Visibles ou invisibles, célestes ou terrestres ont été

0?;" ^z ,'h' ".^^" ^^'^^^■^ ^"-^ .Honri-t:

oMNiA». C est la doctrine*.

•nais le chef de tout homme, c'est le Christ, omnJs vm

<'ArUTCHRISTUS est". "»* VIHI

Kt le môme homme, le niôme Christ, quand il e.^t ^ntrodu^t dans le monde comm dfltis son roi^ume, l^^J

' Ad Coloss., I, 15.

' Ad Hebr., i, g. ' Ad Coloss., I, 17.

* Ibid,, ic.

' Ad Hebr,, „, 10.

* Ad Coriutli.. xr, 3.

le fait adorer par les Anges, cum introdl'cit primogem-

TUM IN ORBEM TERR/1<:, DICIT '. AdORENT EUM OMNES An-

GELi Dei; étant le chef, non-seulement de tout homme, mais de toute Principauté, de toute Puissance, de toute Vertu, de toute Domination, de tout ce qui a un nom parmi les êtres, non-seulemeut dans le siècle présent, mais dans le siècle futur* , sur toutes choses, en un mot, ayant la primauté, in omnibus iPSE pRiMATUM TENENS*, sur tout, exceplé seulement sur Celui qui lui a tout assujetti, prœter eum qui subjecit eiomnia^.

En un mot, l'étendue de sa royauté est la même que celle de son pontificat : tout l'adore, comme tout adore par lui le Dieu invisible.

Et le Christ est ainsi le Roi de la création, non par accident et par voie de conséquence, mais par dessein primordial et par voie de principe.

Quand Dieu créa le chaos, quand il le débrouilla, quand successivement il forma les diverses parties de l'univers, en allant du simple au composé, il tondait à une fin. Cette fin immédiate nous apparaît dans la Genèse : c'est l'homme.

Mais l'homme lui-même, à quelle fin fut-il créé, et par conséquent toute la création en lui?

u Faisons l'homme h notre image, » dit Dieu. Or, l'image de Dieu est son Fils unique. Il y a donc là une intention viHil)le de rajtportor rhomiuo au Yorbo, Fils de Dieu. Et, parmi les descendants de cet homme que Dieu formait, le Verbe devant paraître, il doit être que Dieu l'ait eu principalement en vue dans colle formation.

* Supra oinncin priiicipatum, cl poteslalem, et virlulem et dorainationem, et oninc nomen quod iiuiniiialur non solum in hocsojculo, sed Gtiain in futuro. Âd Ephes., i, i\.

' Ad Coloss., i, 18.

• I Ad CorinUi., 15, ?^.

^E n.AN DIVIN. DErxiÈME FIN. ^i

C'est rhunianité du Verbp pVafi'A^o ^

formait dans le pro.nie Adam \T '" '^"'^'^"

rend à sa manière saillante lois 'iwm ' n ^ ''"""'«"

qu'on, été faits les au. ■" m,', s"' 'so.Tr " ''™''

leur et pour fournir à tous leurs besoins W î-.J\l aiiimaiiY- p'pcf /ir>r.« ulsoius illautdes

uxiiiuaux L est donc pour eux qu'ont été créés les ani

. Cl utb iruits, c est donc pour euv nn'ii n ^^a pourvu a l'abondance de toute sorte de nourtûr I^nnn, pour produire cette abondance d'herbes et di

' Ad Rom., V. 14.

- Dp Rosiirr. carn., n. «

82 LIVRE î, CHAPITRE III.

clltion. Dieu a coinnieiicé par la terre, la créatiire la moins noble; ensuite les plantes, les animaux, les hommes ; et enfin il a couronné seè oUVfages par le plus noble de tous, produisant son Fils unique dans un corps humain. 11 l'a fait naître au milieu des temps, comme im monarque au milieu de ses États, afin que totis les siècles qui le précèdent et qui le suivent se rapportassent h lui connue au centre de tous leë fitres.

On peut remai'quer, non sans y voir llhe inystérieUse intention, que Dieu clôt successlVétnent chacun des ordres de la Création par ces paroles de Cotnplaisance : Vidit Deiis qitod èsset bond; vidit quôd eUset bômim. Une seule création est privée de ce témoigUage, et, chose remarquable, c'est la dernière et la plus importante; celle de l'honune et de la femme. D'une manière généfale, il est bien dit à la récapitulation des ôtres : Dieu vit toutes les choses qu'il avait faites, et elles étaient trèsbonnes; mais, indépendamment de ce témoignage général, un témoignage particulier et spécial do satisfaction scelle pour ainsi dire la création de cluupie ordre des êtres, riiomme excepté.

Cotte conthlite de Dieu ne semble-t-clle pas nous dire que toutes les autres créatures furent rem})lies d'abord de toute la jiprfrction que Dieu avail dessein de leur donner, et (pi'aUctui individu ne pouvait naître, par succession de lenq)S, plus parfait que ceux qui naciuirent alors; mais (pic pour riiommo, Dietise réserva un coniplémenf, un couroimonicnt de son u-uvre. CiUto œuvre no fut pas scellée comme les autres ; Dieu la laissa ouverte, connue pour se réserver d'y iweWvo, \\\\ jxisl-sm'ptiiiH, où serait 1(! véritable mot de sa pensée. El comment se défendre de ce sentiment, lors(pio nous voyons ce témoignage de con)|)laiflance (pie Dinii avait Su.eipcndu sur la tète d'Adiim, si' rcposiM" plus tni'd sur cello de

LK PLAX btViX. DKUXIÊMR FI\. 83

Jésus-Christj arRC utié indication toute i)ersonnelle : « Celui-ci est mon Fils bien-airtié, en qui j'ai mis toute « ina complaisatice : » Hw est Mlius mÉus dttectiis in qiio bene complacui, témoigtiage que Dieu fit etltend^e pat deux fois, au baptenle de Jésus-Christ et à sa transfiguration, comme à la Véritable fin de toutes ses cfeuvres.

Saint Frattçois de Sales, aussi profond théologien que grand moraliste et que grand saitit, s'attache, dtlils son Traité de l'amour^ de Dieu, à cette vue dé JéSUs-Christ domtne intention finale de la création : n Voici cet <( ordre, dit-il, selon que, par l'attention aux saintes « Écritures et à la doctrine des Anciens, noiis le pou- « vous découvrir, et que notre faiblesse nous permet '( d'en parler. »

« Dieu, ayant résolu de se communiquer iiors de soi, trouva qu'entre toutes les manières de se communiquer il n'y avait rien de si excellent que de se joindre à quelque nature créée, en telle sorte que la créature fût comme entée en la Divinité, pour ne faire avec elle qu'une persohne.

« Entre toutes les créatures que là souveraine puissance pouvait produire à cette fltt, elle trouva bon de choisir la même humanité qui, par effet, fut jointe à la personne de Dieu le Fils.

«( Puis, ayant ainsi préféré pour ce bonheur l'hutnanité sacrée de notre Sauveur, la suprême Providence disposa de no point retenir sa bonté en la seule personne de ce Fils bien-almé, mais de la répandre en sa faveur sur plusieurs autres créatures. Kt, sur le gros de cette innombrable quantité de choses qu'elle pouvait produire, elle fit choix de créer les hommes et les anges, comme pour tenir compagnie à son Fils, participera ses grâces et à sa gloire, et l'adorer éternellement.

« Étant donc ainsi que toute volonté bien disposée, qui se détermine de vouloir plusieurs objets également présents, aime mieux, et avant tous, celui qui est le plus aimable, il s'ensuit que la souverairio Providence, faisant son éternel dessein de tout ce qu'elle produirait, voulut, premièrement, et aima, par une préférence d'excellence, le plus aimable objet de son amour, qui est notre Sauveur; et puis, par ordre, les autres créatures, selon que plus ou moins elles appartiennent au service, honneur et gloire d'icelui*. »

A la suite de ces considérations dont nous ne donnons que la substance, notre grand et aimable Saint fait éclater sa pensée en une de ces comparaisons agrestes et évangéliques qui lui étaient si familières, où la grâce n'est que la fleur de la vérité, et la simplicité que le naturel du sublime :

« Ainsi, dit-il, tout a été fait pour ce divin homme, « qui pour cela est appelé aîné de tonte créature ; possédé 0 par la divine majesté, au commencement des voyes d'icelle, « avant qu'elle fît chose quelconque, créé au commencement « avant les siècles, etc., etc. On no plante principalement « la vigne que pour le fruit; et partant le fruit est le pre- « mier désiré et prétendu, quoique les feuilles et les « fleurs précèdent en la production. Ainsi le grand Sau- « veur fut le premier on l'intention divine, et en ce pro- « jet éternel que la divine Prondence fit de la production « de ce fruit désirable, fut plantée la vigne de l'univers, « et établie la succession de plusieurs générations, qui, <i à guise de feuilles et de fleurs, le devaient précéder, « comme avant-coureurs et préparatifs convenables «i à 1q production de ce raisin, que l'Épouse sacrée loue

> Titiili' lie t'nmntr (]f Difu, liv. IT, ch^]^. ir.

I ^^ P^AN I>IVIN. DEUXIÈME FIN y5

Un autre grand docleur, saint Bernard, dans son

,iêTr..T™°'' " " ^''"^ "' '<■' '^•'"""é •- '^n lê

mxime, comme d 1 appelle, qui n'est nue le terme et

part du hmon de la terre, notre limon, et il montre i>iea mdant d'ahord à ce limon une ver,, vitaTe ..^ vlalem, dont il fai, les arbres ; ne s'a,rètan .tas'àT <le«re, D,e„ ajoute au môme fond une vrû sensible mm sennhk,,,, don, il fai, les animaux ; voulamlono rer encore davantage notre limon, l,ie , v i, s ,-e Ze

^o,lan, enfin, par une plus abondanle gloire porter

majes,e contrax.t sema/estas, pour que ce qu'il avait de

Quelle admirable ordonnance ! et qui n'est frappé de la r,goure„se beauté de son économie ! qui peuîne pas v v,:„r un dessein formé, co,nn,e ceux- qui excîten" l'a,î ""ranon des savants dans l'ordre de la ,.a,„'e a " e tte

ion la loi de progression du sitnple au composé nui a s,ble,nen, présidé à la fonnatiol, desê,res ",01^' la dernière des créatures, est un composé de toZs celles qui l'ont précédé. Il les eonlient, pour ains di e outesen ai,régé. Il a l'être et la nat,re7e^Sen s"

ment des animaux, Tinielligence des anges. 1 résume ».ns, dans son être toute la création, /est l'é^doZ

' Traité de Vamour de Dieu, liv. H, cliap. v.

86 Lll'RË tj CHAPITRE III.

do l'univers. En prenant la nature humaine, le Verbe a donc pris, ramassé, récapitulé en lui toutes les existences crééeSj recapitnlaj'e omnia in Christo quœ hi cœlis et quœ in tert^a sunt in ipso, et, en se lés Utiissant, il les a rappelées toutes à leur origine et à leur di^in principe, qui est Lui-même, par qui, en tant que DièU, tout a été fait ; pour qui, en tant qu'homme, tout a été refait ; en qui, comme Homme-Dieu, tout se consomme et se déifie. Pe?' queni omnia, — propter quem omnia, -^ iri quo omnia. C'est la doctrine de saint Paul, c'est la doctrine de l'antiquité i nous hé faisons que la traduire ^

Une vue particulière va servir de contre-épreuve rationnelle à cette haute vérité.

Quand ou essaye de rapporter la création à l'homme ou au Verbe séparément, comme un héritage à son héritier, comme un royaume à son souverain, on trouve, dans chacun de ces deux essais de rapport. Un défaut de proportion en sens contraire, qui ne permet de voii' ni dans l'homme, ni dans le Verl3e, le prince de la création. L'un est au-deflsous, l'autre est dU-dessus de cette principauté.

Eneflet, la création dépasse l'homme. Il en est écrasé. Il ne saurait soutenir, comme disent leà jurisconsultes,

' Irena^us, lib. III, cap. 8, ilooot iii Cliristo unmia esae recapittilata : quia iii iiatura liuiiiaiia oiiiiicii ros, ci roruiii speeies ac grudiis quasi in suiiiina roiiliiioiilur. l'inle liouio dicitul' niicrocusinus; ac cfiii'!('(|iieiilpp ciim Vcrhiiiii Dotniiuis liuuiiitiiiui iiîlliir.'mi assUlfipsit, lune (|Uahl rPK niriiic» ili stimrnain rotladiis slhi ooiijniixit, et «il pi' quaHJ ad aiictoiuni i<l priiuani ori^iiicin, lid VcriniMi Hcillcct. qiut cruHta suât, revocavil, sic(|ue iucaiiialidut' sua Clirislus inannaui rcbuK (iiutiil)us aUulit ilit^ntlaUuu uniu<'S(|ue (|uasi driticavil., (CorneliUH a Lapide, Comment, in Kpitl. ad Eyhe*.. cap. i, v. lu.)

LK PLAN DIVIN. DEUXIÈME ll\. 87

lès forces d'une telle hérédité, en acciuilter toutes les charges, en recevoir et en faire tous les iionneurs, justifier, en un mot, la création comme sa fin. L'iiomme n'est pas la raison présente de la création.

Cela est évident pour ce qui est de la création angôlique et de toute la création intellectuelle, dont nous no connaissons ni la nature, ni l'étendue en dehoi-s de notre espèce. L'homme lui est inférieur ou étranger. Par rapport à la création sensible môme, telle qu'elle nous apparaît du petit globe où nous sommes placés, quelque supériorité que l'homme ait sur elle comme roseau pensant, c'est une supériorité de noblesse et de nature, mais non d'autorité et de possession. Il y est englouti^ même par la pensée : « suspendu entre les deux « abîmes de l'infini et du néant des êtres, borné dans « son intelligence comme dans son corps, et ne pou- « vaut apercevoir que quelque apparence au milieu des « choses, dans un désespoir éternel d'en ccmnaître ni « le principe, ni la fin. » — « L'Auteur seul de ces mer- « veilles les comj)rend, ajoute Pascal, nul autre ne peut « le faire. » L'homme ne saurait donc en être le souverain ; et Dieu lui-même semble s'être complu à rabattre sa prétention dans les terribles questions qu'il adressait à Jol), du sein de la tempête, sur les phénomènes de l'univers.

Et maintenant l'Auteur de ces merveilles, lo Verbe, est trop au-dessus d'elles pour qu'elles aient été lïiites en vue particulière de l'enrichir. Autant la création dépasse rhonune et l'engloutit, autant elle est dépassée elle-même et engloutie par ce goullre des trésors dé la divine Sagesse d'où tout est sorti et qui n'a rien à recevoir. La lui rapporler serait rapporter une goutte d'eau à l'OcécUi. Le Verbe de Dieu est trop grand pour être 'héritier de la création, pour être institué tel, pour être

exalté au-dessus des créatures, pour recevoir m don cette primauté. Il a tout cela par nature et par naissance éternelle, étant Dieu, et ce serait pour lui descendre que de monter sur ce trône de la création, qui n'est que l'escabeau de ses pieds ' . Il faut d'ailleurs que ce Roi que réclame la création ait avec elle un rapport de nature ; qu'il soit le premier entre les êtres créés ; qu'il vive de leur vie et qu'il les fasse vivre delà sienne; qu'il soit le type visible sur le(juel ils puissent se modeler.

Ainsi, ni l'homme, ni le Verbe pris comme Dieu, ne répondent à la fui seconde île la création. L'un est audessous, l'autre est au-dessus de cette fin.

Mais l'Homme -Dieu résout admirablement le problème. Il n'est ni au-dessus de l'honneur de cette royauté, étant homme ; ni au-dessous de sa charge, étant Dieu.

C'est dans son humanité, en effet, qu'il est constitué riiéritierde l'univers, qu'il est exalté sur le trône de la création ; que sous ses pieds Dieu assujettit toutes choses, et qu'A son nom tout genou fléchit^ au ciel, sur la terre et dans les enfers'^. Si cet honneur est inférieur au Dieu, il ne l'est pas à THomme, il ne l'est pas àrilonune- Dieu. Prodigieux honneur qui, par ce seul fait que la nature humaine est unie au Fils de Dieu, fait rendre à cette nature créée toutes les adorations dues à la Divinité ; qui élève notre chair on Jésus-Christ au-dessus des anges, des séraphins, de tous les deux, et qui la fait entrer et siéger éternellement dans les profondeurs

' Cliristus qua Dem cff, naUis est lioros, Doniliius et opifex omnium; qua vero Jionio est, non iiiilus, siid ronstitntns est a Deo herpR, i(l est Dominas nmniiiin civaturarurn, ot honiiniim, ac totins «rbis. (Cornélius a I.apiilo, Commoil. in Epist. ml llehriros, cap. i, V. l.)

' Ail Phili])., M. Kl.

de l'unité divine ! Honneur si grand que de purs esprits n'ont pu en soutenir l'épreuve, et ont rompu avec l'éternelle félicité plutôt que de le rendre, et que les esprits demeurés fidèles s'empressent de l'acquitter avec amour, non-seulement au ciel, mais sur la terre, autour de nos autels, où leurs adorations nous disputent la place, et trop souvent, hélas I la vengent de notre abandon*.

L'honneur de la souveraineté de la création n'est donc pas au-dessous du Verbe incarné, de l'Homme- Dieu.

Mais la charge et l'autorité de cette souveraineté ne sont pas non plus au-dessus de lui.

En Jésus-Christ la Divinité habite corporellenient dans toute sa plénitude, in ipso inhabitat omnis plenitudo Divinitatis corporaliter^. Par conséquent, ce divin Homme a toute la puissance de Dieu à sa disposition pour exercer sa royauté. Il le disait lui-même : Toute jndssance m'a été donnée au ciel et sur la terre '. — Pensez-

' Une humble et sainte fille qui semblait être un de ces Esprits, Marie Eustelle, a puisé clans cette vérité un admirable mouvement d'éloquence : « Quelquefois, dit-elle, je m'adresse aux bienheureux « Esprits qui environnent l'invisible majesté de mon Dieu caché « sous les voiles du sacrement et je leur dis : Ce n'est pas pour vous « qu'il est ici ; c'est poiu* moi. Laissez-moi. donc cette place que « vous occupez près de lui. Pourquoi me l'enlevez-vous? Ne vous « suffît-il pas du ciel où vous le contemplez dans sa gloire? Place, « je vous en conjure, à son amante exilée, qui ne demande, pour « consolation de son exil, que de l'approcher de plus près sur son « trône d'amour. » xxxvi» lettre. — Dans un autre endroit, déplorant l'abandon où nous laissons trop souvent Jésus-Christ au saint autel, elle pousse ce cri d'Ange : «0 siècle pervers! ta stupidité « m'étonne et m'épouvante ! » xxvi» lettre.

- Ad Corinth., xi, 3.

^ .M;Uth., XXVIII, 18.

90 LîVRB 1, CltAPlTRB m.

VOUS que je ne puisse pas prier mon Père^ et il m'enverrait aussitôt plus de douze légions d'Anges * ? Et ces Anges, en effet, i'appi^ochant de lui, le servaient*. Si cette divine puissance ne paraissait pas toujours en lui, si même elle était assujettie aux besoins de la nature et à la méchanceté des hommes, O'ëst lui qui l'assujettissait ainsi par un acte de puissance plus ^rand encore ^ Et, sous cet assujettissement volontaire , il gouvernait l'Uni- Vers, il ne cessait de présider à son ouvrage, il était en tout lieu, et pas une des créatures n'était privée de son assistance, ou ne manijuait à l'appel de son pouvoir* il avait plutôt à retenir leur hommage qu'à le réclamer, et le plus grand de tous les niiracles, c'est de les avoir forcées en quelque sorte à lui être ennemies. Le miracle, pour lui, n'est pas d'avoir nourri des multitudes avec cinq pains, lui qui, dans le même temps, ouvrait la main et remplissait tout animal du fruit de sa bonté * ; mais d'avoir eu faim et soif. Le miracle n'est pas d'avoir marché sur les eaux ; mais d'avoh' été fatigué. Le miracle n'est pas de s'être transfiguré lumineusement; mais de s'être voilé mortellement. Le miracle enfin, le grand iniracle n'eët pas d'être l'esslisdlté datiâ la gloire; mais d'être mort dans l'ignominie ^

' Mnllh.j xxvj, 53.

' IhiA.i, JV, 11.

• I)n là I'pUg Juste et lipllo iinrolp de saint Auj^nstin : I.e Uhriit ♦i'm/ pan Mort pnv «pecMiVr, mnin ittii- puiisante.

* ApcHs lu manuin tûatil, ai impies Utnlie aiiiittâl benedictione, Ps. riti.iV.

' « O'psl iihn fpmarqno trf's-rnnuimno tjUe (îfelle-i-i, ((lie la TrAns- « flguriitinii ii'pst pus tiiilt \\n inirach^ ijn'iuK* cPssiitiuii ilo mihu;Ies, « ot f|iio l'tHHt ordinaire où paraissait .K^sns-Cllrist était plnlAt «n « (|iio!(|iio sorte miraculeux, parce ijne la ploll-e de «cm ftiiie devait i< natnrclloincut se répandre sur son corps, (\ {[Ui l'tHttt (l'InflrMiilé « ne couvcauit jius. La Transllguration no lit dotlc qi\ê le mettre

lE PMN DIVIX. DEUXlBMa FIN. 9,

Saint Tliomas Observe, après sainljorônie, que toutes

e Verbe de Dieu eAt Jaissé les éléments à let^r ù.dinf Be?r :""'• f ^ '"'""' ""« '■««" ^ -"."ait solXi' ™ nîe.r.„, ' ''™ "' ''"'='""' """•«i™' à 1-envi dans les

re Diri.^ "■■' '"'■ '"" '^'""""'' '■'"'• qu'il devait

7ZZZLT"T '"f ''' '""' "-''■'^"'"es parfums

pere son ec at a son «re. Telle était sans doute la complaisance des créatures pour le preu,ier Alan,, s™ 1 ordre qu'elles avaient re^u du Créateur, avant que "à

mllr'h "' 1"' """"'''' '"""• '« Créateur luiâ loi ,ll i!T™"* '° '''"'»''«''""'■" Je son ataour, si la loi do cet abaissement ne leur eût imposé un frein

B so'iuf"" '"";" '•«'•»«^» à servir d'instrument à «es soullrances, à fournir la couronne d'éi.iues qui lui

purpre :':":'' '",■'"'"" * ^'o-' ^' '^ »«""'« d les cTon,^, / ™ T"' '" '^""""^ ™-*""'é, le bois,

dans son s ..f?^"' " '"'"'«"'' '" '""»"• 'i"* «'"rtreh «ans son supplice, et qui, par ce supplice recurent

coi: TT ""'T, '" '''''""' '" ' ^ «^^-'^> o«

elle avaifre! 7'""?'^'^°"''''""=^ <*" P^"""*"- ''<'■"'»« elle avait reçu le malelice du péclié. Tel, dis-ie eût éi.

Koi, et (el 11 fut on effet, lorsque, sa mort ayant con-

p. 33&.) «iHurnme. » (.Nicole, Ewat de Morale, t. XIII,

* D. l'horà. Gortctoue S in Dotniiiica II Xdfertf.

sommé l'expiation universelle qui contrariait leur inclination , elles éclatèrent en témoignages lugubres de douleur, en ténèbres, en déchirements, en dissolution de la nature, qui sembla dans ces convulsions faire entendre le cri que rapporte Plutarque et qui émut le Paganisme : Le grand Pan est moit !

C'est ainsi que la grande figure du Christ, quoique voilée par la condition mortelle dont l'a revêtue sou amour pour le monde, nous apparaît, à traversée voile même, comme le Roi de la création.

Mais c'est surtout dans son triomphe sur le monde, dans son règne spirituel, que sa souveraineté se découvre. A peine, par la toute-puissance de son abaissement, a-t-il consommé l'expiation préfigurée par quarante siècles de sacrifices universels, que son humanité glorifiée monle s'asseoir sur la hauteur des cieux, et que de là il crée le monde nouveau : création morale bien plus glorieuse pour le Verbe incarné que la création sensible ne l'a été pour le Verbe incréé. Car dans celleci il opérait sur des natures inertes et serviles, et dans celle-là sur des natures libres et révoltées : dans la première, sur le néant; dans la seconde, sur le péché : dans la première, en commandant; dans la seconde, en obéissant : dans l'une, par un jeu de puissance ; dans l'autre, par un jeu de faiblesse : et quel jeu ! Il se fait un trône de l'instrument do son supplice, une arme do ses blessures, un attrait et un charme doses soulfrances, une gloire de son ignominie, une sagesse de sa folie, une majesté de sou anéantissement; et, s'attaquent dans cet état au monde entier, idolâtre de la force, do l'inhumanité, de la vohq)té, de l'orgueil, de la [tliilosophio, de la gloire, de la fortune, il fait évanouir toutes ces idolâtries, et, à leur place, il établit l'adoration de BU croix, l'amour de ses soullVanci^s, l'ambition do son

ignominie, la conleinpialion de sa folie, la soif de son anéantissement; et tout cela devient la lumière, la force la beauté, la gloire, la vie, la civilisation, le salut du

TomPr' V'"pf':'" """''' '^^^""^ toujours frémissant ChrZ- '^ toujours au Christ. Vos autem

Quelle royauté plus divine et plus manifeste I

Nous entendons qu'on nous dit : Ce dernier aperçu est d une admirable vérité, mais il semble exclure tous

Cestpar sa5r,.«e., en effet, que Jésus-Christ a triomphé du monde et qu'il en est devenu le Dieu. Sa puissance

ce e-ti ne 1 a donc pas eu pour objet, pour fin. 11 es. vrai. Dans l'économie du Plan divin, il y a deux rdres qu'il ne faut pas confondre : l'ord,; cle la n" uie 1 ordre de la grâce. Mais autant il ne faut pas les C(mfon,l.-e, autant il ne fout pas les séparer

L ordre de la nature se teruiine à l'hon ; l'ordre de

1^1 grâce commence à Jésus-Christ

^'^.^est l'auteur de deiLxbieniaits a notre éM-ard Le p..mier bienfait est celui de la création et det^" l^e a anta,e naturels qui s'y ra,,portent. Il pouvait se borner la c laisser son ouvrage à cette distance inhnie où 1 1 avait mis de Lui. Le second bienfoit est celui le sa communication personnelle à son ouvrage

ce seccmd bienfait s'appelle ,.«e., par deux raisons Tn. T'"' ^' ^''''''''''- i'^''' 4u'il n'était pas

stinction, ce que ne pouvait foire le néant à l'égard du IM-emier bienfoit; et en second lieu, parce que à fo dif erence de ce premier bienfoit de fo créaUon'où D^u «g.t seul, le second bienfait appelle le concours de

94 LIVRE I, GHAPITRE HI.

eréatupe, qui peut le gagiior ou ]& perdre à son gré K Voilà la distinction profonde, comme on voit, entre l'ordre de la nature et l'ordre de la grâce.

Mais cette distinction n'est pas séparation, et ne détruit rien de ce que nous avons avancé. L'ordre de la nature n'est pas à lui-même sa fin : sa fin, c'est l'ordre de la grâce; comme la fin de l'ordre de la grâce est l'ordre de la gloire. L'homme a été fait pour Jésus-Christ, eomme Jésus-Christ a été fait pour Dieu ; pour être l'objet do cette communication personnelle que Dieu s'est proposée en créant le monde. Aussi, non-seulement la nature relève de Jésus-Christ d'une manière générale, mais elle entre en Jésus-Christ môme ; elle est en lui le sujet de l'union personnelle avec la Divinité ; elle est appréhendée, saisie par le Verbe, pour y être élevée à la grâce et à la gloire. Or, la condition de la nature en Jésus-Christ est le type de sa destinée en nous et dans toute la création. Nous ne devons faire avec Jésus- Christ qu'un seul corps. Tout l'ordre de la nature est appelé à donner des membres à ce corps, des élus à ce Roi, qui, par conséquent, est roi non-seulement des élus, mais des appelés, lesquels n'existent que parce (lu'ils sont appelés, et ne sont appelés que pour fournir des élus. La nature n'est que la [)épinière de la grâce ;

' Nous ne devons pas laisser ipnorer que la Oràce doit ae conoeveir comme un bienfuit distinct de celui do l'Incarnation, et dont Dieu avait doté Adam avant sa cï\ute. Mais lo plus grand bienfait do rincarnatiou l'a régi par sa suriiminencc, et l'ii dclcrminô mùnio, dès le principe, comme sa raison. C'est ce nui fuit (|ue, pour simplifier notre exposition, nous unissons, comme on le fait communâmeiU, la no|ion de gràre à celle de l'Iucarualion, et ne parlons ainsi (\\\H lie deux bienfaits, o^lui de la nature et celui de la grAce, bien ({uc, dans les dvcreU divins, il y on ?il U'ois ; c<|lui dô la m' lure, celui do lu grâce, et celui do l'Incaruatiun.

LE PLAN mVIN. pEUXléMB FIN. 9S

elle n'existe que pour être transplantée dans ce fonds divin et y porter des fruits de gloire ; et toute la création n'est faite et n'est mue que pour servir à cette vocation et à cette élection surnaturelle.

Par là, nous reprenons tout ce que nous avons dit. Le Christ est le chef de tout homme, omnis viri caput Christus est. Le Christ est le Roi de la création. La grâce est son trône, sur lequel la nature est assise en lui et attirée en nous. Cette souveraineté de grâce est absolue; nul être ne peut la décliner ; tout genou fléchit devant elle, au ciel, sur la terre et dans les enfers.

Sans doute, on peut se retrancher dans l'ordre de la nature et refuser la grâce, mais on ne peut refuser le châtiment. On peut refuser la résurrection, mais on ne peut refuser la ruine; et on relève forcément de cet Homme duquel il a été dit : lia été posé pour la ruine et pour la résurrection de beaucoup '. Qui ne veut le recevoir Sauveur est forcé de le subir Juge ; et après s'être attaqué à lui toute une vie, le plus superbe tombe un jour et s'écrie : Tu as vaincu, Galiléenf

Ainsi le Christ, Vainqueur ou Sauveur du monde, en est toujours le Roi. Accompagné des élus, il traîne à son char les réprouvés ; et, les uns en chants d'amour, les autres en cris de rage, tous lui rendent ce même témoignage : Christus vincit, Christus régnai, Christus »»tperat I

' Luc, u, 34.

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