ÉPILOGUE
On raconte d'Adam de Saint-Victor — ce grand poëte latin du moyen âge, dont les compositions illustrèrent durant tant de siècles le missel de l'Église de Paris, el furent si longtemps populaires dans l'Allemagne, l'Angleterre et généralement toutes les Églises du nord de l'Europe, — que lorsqu'il composait ses Proses, il aimait à venir chercher l'inspiration au pied de ces autels et sous ces voûtes mêmes qui devaient retentir de leurs mélodies; et que, spécialement, quand il voulait écrire à la louange de la Vierge quelques-unes de ces hymnes où la plus pure doctrine revêt la grâce de la plus musicale poésie, il se retirait dans une crypte de l'Église abbatiale, consacrée de toute antiquité à la Mère de Dieu, ornée de son image appliquée contre un des piliers, et que sa demi-obscurité autant que sa consécration particulière devait rendre chère à un poëte chrétien'.
Un jour qu'Adam s'était retiré dans cette crypte, il s'y sentit, dit le pieux et savant historien de sa vie, comme enivré par l'inspiration, et composa avec transport les premières strophes du Salve^ Mater Salvatoris, sa prose la plus célèbre, que nous avons admirée dans notre Exposition liturgique. Quand il fut arrivé à ces strophes magnifiques, où il monlre foule la dignité de la Vierge qui, ainsi que nous avons essayé de le montrer
« OEuvres poiitiquet de Saint-Victor, par L. Gautier, p. Lxxvtil.