DE LA PREMIÈRE ÉDITION
Voici le troisième traité venant compléter notre œuvre sur la Vierge Marie. La richesse de la matière a dépassé les proportions dans lesquelles nous avions pensé pouvoir la contenir : elle s'est déployée, pour cette dernière partie, en deux volumes. Le dessein général n'en sera que mieux ordonné. La Vierge Marie, vivant dans F Eglise, sera comme l'épanouissement de la fleur dont nous avons précédemment montré la tige, dans \ Evangile, et la racine, dans le Plan divin.
Nous avons ainsi acquitté de notre mieux l'engagement que nous asions pris envers notre sujet et envei's nos lecteurs. Cela nous a coûté beaucoup, il est vrai: sept ans de notre vie ont été courbés sur cette grande tâche; mais qiie ne doit-on pas à Celle à qui le monde doit la Vie? Olutre cette raison générale de piété, une obligation plus étroite de justice f I. 1
nous liait à ce religieux travail. Ce livre est un ex-voto. Nous en avons touché le prix à l'avance, dans le salut inespéré d'une chère enfant, du moment que nous eûmes fait à la Vierge-Mère le vœu paternel de lui élever ce monument.
Tels ont été nos premiers mobiles dans la composition de cet ouvrage. Comme on le voit, il n'en est pas de plus étrangers aux préoccupations de la gloire humaine. Nous ne ferons donc pas, comme un de nos devanciers du seizième siècle, le procès à la littérature de notre temps, si elle refuse à cet écrit le droit de bourgeoisie; nous ne nous écrierons pas comme lui : « Nous vivons dans un tel siècle, « ô douleur! qu'il faut y rendre raison même de la (( piété, comme si les Lettres étaient pro-fanées par « un emploi religieux... Si la pureté vous plaît, « veuillez souffrir que la Vierge soit célébrée : « même si une piété savante a votre estime, ne lui « refusez pas une place dans les Lettres*. » Non, nous ne ferons pas entendre une telle plainte, en eussions-nous le droit. Mais nous dirons volontiers avec le même apologiste : « Pour moi, je prise hau-
* Eo nunc, proh dolor ! sœculo scribimus, ut et Pietatis reddenda ratio sit : tanquam religioso Litterœ argumente profaneatur. .. Si casta placent, permittile, quœso, ut Virgo colatur : imo si erudila placel Pietas, ut in Litteris locum habeat.
« tement un culte par lequel nos Ancêtres, hommes " éminents en vertu, faisant profession de vénérer (c Dieu et la Vierge, Mère de EKeu, méritèrent à « leur temps des destins meilleurs. Je fais mes dé- « lices de préconiser de si grands mystères, et le (( panégyrique de Marie a pour mon esprit la dou- « ceur du miel *. »
Et toutefois, si nous pouvons parler de nos travaux avec la liberté d'un simple ouvrier qui n'a fait qu'exécuter les inspirations de son maître, nous dirons que ces Nouvelles Etudes ne nous paraissent pas devoir se borner à la satisfaction d'un goût ou d'un engagement particulier, mais que nous les croyons appropriées à un besoin général de la société présente.
Qu'on nous permette de dire nos pensées à ce sujet.
n y a deux manières d'agir sur la généralité des âmes : l'une, en relevant les faibles; l'autre, en élevant les forts : l'une, en donnant le lait; l'autre,
* At ego cuUum respicîo, quo Majores nostrî, homines innocentîsdmi, Deum, matremqne Dei Virgixtem Tenerati, meliora temporum fata monieruat. Deiiciae mihi lam magni mYsterii, laudes sunt, mel aoimi Marin encomium. (Ebycii Pcteam PieialU thaumata in Beniardi Bauhmi Proteum Parthenium. — Ex officioa Plaoliniana, MDCXVIl.)
en donnant le pain. Cette seconde action n'a pas moins de portée que la première, non-seulement sur ceux qu'elle touche immédiatement; mais sur \ ensemble^ et, par conséquent, sur les faibles euxmêmes, qui ne pourraient directement la supporter. Fortifier une âme déjà venue, la convaincre plus profondément de sa foi, l'éclairer des clartés de la doctrine, lui en faire visiter les profondeurs, l'enflammer d'admiration et l'élever jusqu'à l'enthousiasme pour ce qui lui était peut-être encore un sujet d'épreuve ou une tentation de défaillance, c'est non-seulement faire du bien à cette âme, mais c'est accroître, dans la même proportion, son rayonnement et son influence sur ceux qui lui sont inférieurs; c'est agir par elle sur eux, et agir de la meilleure façon, par interposition d'une force et d'une vie qu'on subit souvent sans le savoir.
Tel est le genre de bien que ces Nouvelles Etudes peuvent être appelées à faire. Leur opportunité, sous ce rapport, nous paraît appréciable. Il y a vingt ans, lorsque la société était comme au début de ce mouvement religieux qui a pris, depuis, un si consolant développement, il n'y avait, pour ainsi parler, que des faibles, des languissants, des découragés, des effrayés, des fugitifs. C'était comme un champ de bataille après une déroute. Alors,
que de ménagements et de condescendance ne fallait-il pas pour relever, raffermir, attirer, rassembler, remettre en mouvement toutes ces forces éparses et chancelantes! Mais depuis, les rangs se sont formés, grossis, disciplinés: un chemin considérable a été fait : nombre de mécréants et de lâches d'hier sont devenus des confesseurs et des héros aujourd'hui. Dans cette situation, ne s'occuper toujours que des attardés, et ne rien faire pour la tête de la colonne, serait s'oublier, ce nous semble, dans un anachronisme doublement fâcheux : fâcheux aux forts, en les privant d'une direction et d'un progrès pour lesquels ils sont mûrs; fâcheux aux faibles, à qui l'activité du mouvement général profite plus encore que le secours particulier. Sans doute, il y aura longtemps encore à s'occuper de ceux-ci, et si Dieu nous y rappelait, nous revendrions avec prédilection à un devoir déjà béni ' ; mais nous avons obéi au sentiment d'une utilité plus actuelle en nous portant en avant.
Un préjugé funeste tend à se fixer dans les esprits : c'est de croire que du moment oij une àme est convertie à la foi, elle a, comme par une sorte d'illumination céleste, toute la somme de connais-
* C'est ce que nous avons fait par l'Àri de croire (18(>7.)
6 PHÉPACE.
sances qui convient à sa nouvelle profession. Sans doute ses facultés sont merveilleusement épurées et rectifiées, elle a même acquis une sorte d'intuition des choses qu'elle ne sait pas, et enfin la soumission supplée à la connaissance de ce qu'elle ignore. Mais tout cela n'est tout au plus suffisant que pour elle-même, et la laisse sans action dans un monde plus éclairé des choses humaines que cette âme ne l'est des choses divines, et qui pèse sur elle dans la même proportion. Il y a plus : cette âme, impuissante au dehors, sera-t-elle assez puissante au dedans? ne subira-t-elle pas la pression qu'elle ne peut dominer? Sa résistance étant rigoureusement dans le rapport de sa foi, sans aucune provision d'intelligence, aura-t-elle toujours la même rigidité? ne fléchira-t-elle pas dans le vide, et ne composera-t-elle pas alors avec les préjugés qui l'environnent ? Ne la verra-t-on pas, d'autant plus orgueilleuse qu'elle sera moins éclairée, se faire de son ignorance même un tribunal de censure où elle rabaissera les sublimes vérités auxquelles elle ne peut s'élever, et se piquant d'autant plus de religion qu'elle l'entend à sa manière, apporter à la défection le poids d'une prétendue fidélité? Voilà ce qui est à craindre et à conjurer; voilà ce qui fait qu'après la déraison des incrédules, il y a un danger non
moins grand peut-être qui nous menace : l'ignorance parmi les croyants.
Outre ces raisons particulières de cultiver la connaissance de la religion, il y en a une plus générale que nous ne ferons que rappeler ici, parce que nous l'avons développée ailleurs et que nos Etudes en sont le commentaire : c'est que la foi est un germe qui n'est pas jeté en nous pour y demeurer stérile, mais dont le développement doit se faire dans tous les sens : dans le sens de l'intelligence comme dans celui de la volonté, puisqu'il doit aboutir à la Vérité autant qu'à la Charité, à Dieu qui est à la fois l'une et l'autre. Ce serait une saciùlége erreur que celle qui verrait dans la foi la borne de la raison. Elle en est plutôt la carrière. Son objet est immuable sans doute; mais c'est l'immutabilité de l'infini qui comprend et mesure tout développement, l'immutabilité de Dieu, de sa parole et de ses mystères. La Religion est une science, et la plus sublime en même temps que la mieux proportionnée à nos facultés, depuis le catéchisme, où elle élève les petits enfants à une plénitude de vérité qui passe les philosophes, jusqu'aux vastes traités de théologie, où les plus grands génies aiment à s'exercer. Et comment une science si belle, à laquelle nous sommes finalement tous appelés, serait-elle ici-bas une science oc^îulte
OU réservée à un petit nombre d'initiés? Non, elle doit être le patrimoine de tous, docteurs et disciples. En tous la foi doit être à la recherche de l'intelligence comme de sa fin, car Celui que nous adorons est la Vérité, et nous sommes Fils de Lumière.
Le Clergé s'est sagement inspiré de toutes ces vues, en instituant, au commencement de ce siècle, avec un zèle et une intelligence qu'il ne saurait trop déployer, les Catéchismes de Persévérance^ où les jeunes âmes, après les premiers éléments nécessaires pour la participation aux saints mystères, trouvent un cours complet de religion qui achève en elles l'édifice de la doctrine, et pénètre les familles chrétiennes des lumières de la foi^ Mais outre que tous ceux, — et le nombre en est heureusement très-grand, — que la grâce de Dieu saisit dans le cours de la vie ne peuvent pas se remettre sur les bancs, il y a deux méthodes d'enseignement de
* L'institution des Caléchismes de Persévérance est due à la savante et 'pieuse Maison de Suint-Sulpice. Les caveaux de Téglise de Saint-Sulpice en ont été le berceau : ils y furent d'abord comme un écho prolongé des célèbres Conférences que Monseigneur de Frayssinous avait fait entendre dans la nef. C'est là que tout ce qu'il y a eu d'éminent, depuis, dans le Clergé a fait ses premières armes, et a préludé à cet enseignement qui a brillé dans tant de chaires et sur tant de sièges.
la religion : la méthode catéchistique et la méthode philosophique. Celle-ci convient mieux aux intelligences qui ont respiré l'air du siècle, précisément parce qu'elle est séculière, parce qu'elle se moule sur les formes de leur esprit, et qu'elle fait tourner à l'enseignement de la foi les forces rationnelles qui lui ont été si longtemps hostiles. C'est la méthode qui a servi à l'établissement intellectuel du Christianisme dans le monde païen, la méthode des anciens Pères, philosophes devenus chrétiens, et plusieurs restés laïques : saint Justin, Tatien, Alhéuagore, Aristide, Hermias, Minutius Félix, Arnobe, Lactance, Tertullien ; méthode qui n'est que trop redevenue de saison, par la rechute du monde moderne dans les aveuglements du monde ancien.
C'est au moyen de ce procédé, déjà employé par nous pour l'apologétique extérieure de la Religion, que nous avons essayé dans ces Nouvel /es Études son apologétique intérieure, son exposition doctrinale, évangélique, sociale : toute l'économie, en un mot, de sa structure et de son plan divin. Que si l'on s'étonnait que cette vaste exposition put s'allier avec un sujet en apparence aussi restreint que celui de la Vierge, cet étonnement accuserait une grande ignorance de la Religion, et justifierait cette
nouvelle forme de son apologie.
La Vierge Marie est le plus puissant réflecteur de Jésus-Christ et de son œuvre. Par la première rencontre, en elle, du ciel et de la terre, la Vérité divine, comme nous le disions en commençant et comme nous croyons l'avoir montré à cette heure, se présente sous son angle le plus ouvert. C'est donc la généralité du Christianisme, vue déjà à la splendeur de Jésus-Christ dans nos premières Etudes, que nous avons revue à la clarté de Marie dans celles-ci. Et de même que le soleil, en éclairant la terre, dérobe, par l'éblouissement de son foyer, la vue du ciel, dont le spectacle étoile n'apparaît qu'à la lueur des astres qui le reflètent, de même le ciel du Christianisme, je veux dire ce qu'il a d'intérieur et de profond, l'harmonie de ses mystères, l'économie de sa doctrine, ne se déploient à nos regards et ne se laissent étudier et contempler qu'à la mystique lueur de cette Vierge, belle comme la lune, dont Jésus-Christ est le divin soleil.
Cette générale importance de la Vierge Marie dans la Religion est rendue manifeste de nos jours, par la séparation profonde que son culte établit entre les catholiques et les protestants ou rationahstes à tous les degrés. Jamais ne s'est plus vérifié l'oracle de Siraéon associant Marie à cette destinée du Rédempteur, à' être posé pour la ruine et pour la
résurrection dun grand nombre, et -pour être un signe de contradiction, afin que les secrètes dispositions des cœurs soient manifestées '. La Vierge Marie est aujourd'hui la grande épreuve. On n'est pas indifférent à son égard, et le parti qu'on prend influe sur la foi tout entière. Nous voyons tous les jours des âmes dont l'infidélité impute avec ii'ritation à la doctrine de l'Église touchant la Sainte Vierge leur éloignement de la Religion, comme nous en voyons d'auti'es qui, des extrémités les plus lointaines de l'erreur, reviennent à la foi la plus fervente, du moment qu'elles ont adhéré à cette doctrine, et qu'elles en ont expérimenté la vertu. Par elle, on entre; et par elle, on sort. Elle est la Porte : Janua cœà. Il y a donc, à tous les points de vue, un immense intérêt de généraUté et d'actualité dans un tel sujet; c'est se risquer peut-être que de le traiter, mais ce n'est pas du moins se méprendre. Telles sont les explications que nous devions au public, avant de prendre ici congé de lui, après un si long et si doux commerce. Il les a lui-même déjà prévenues de sa faveur. Le même attrait et les mêmes vues qui nous ont dirigé nous ont fait suivre de noml^reux lecteurs, dont les fréquents rappels n'ont
1 Luc, II, 34, 35.
cessé d'encourager notre travail. Au moment où paraît cette dernière partie, la première touche à sa cinquième édition. Tant il y a de goût et de goût croissant pour les Lettres chrétiennes ! tant il y a de germes d'avenir dans le fond de cette société superficiellement si profane ! Sans doute, la plainte de notre devancier du seizième siècle, rapportée par nous en commençant, peut s'appliquer à notre temps ; nous nous rencontrons avec lui au même point : mais avec cette grande différence, qu'au seizième siècle on descendait les hauteurs de la foi, et qu'au dix-neuvième on les remonte. Ascension pénible comme toute ascension, mais qui a pour elle une force d'impulsion si affranchie d'instruments, et cependant si sensible par ses effets, si manifeste, à raison même des obstacles à travers lesquels elle se produit, qu'elle révèle la main de Dieu.
Un seul instrument est visiblement admis à l'honneur de coopérer avec cette main souveraine à cette grande rénovation : c'est cette Vierge en qui le Tout-Puissant a déployé la force de son bras, et par qui il a toujours /â!?Vfl'e grandes choses \ Son influence éclate partout de nos jours : c'est là un
* Lue, I, 49.
PIUÉFACE. 13
caractère religieux si saillant, que l'observateur, même indifférent, en est frappé, et que l'hostilité comme la ferveur le proclame. L'âge où nous sommes en prendra le nom : on l'appellera le Siècle de Marie. Car le culte de la Vierge contribuant de nos jours puissamment à la renaissance de la foi en reçoit une nouvelle consécration. Ce qui est certain, ce qu'il n'est au pouvoir de personne de nier, parce que les faits qui l'attestent ont des proportions trop vastes, c'est que ce mouvement religieux qui grandit sous nos yeux, qui transforme ou soulève tout sur son chemin, et qui fait de notre époque la plus prodigieuse peut-être des temps modernes, après la naissance du Christianisme dont il est la résurrection, revêt ce caractère de piété envers Marie, et en reçoit ses plus pures comme ses plus puissantes inspirations. Tous les événements viennent payer tribut à cette vérité, et le plus grand de tous, la gloire de nos armes'. L'histoire, qui aura tant de leçons à recueillir dans ce que nous voyons, n'aura pas trop de toute son admiration pour ce spectacle de deux cent mille hommes, sortis des entrailles de la France, et déployant tous les genres d'héroïsme qui, jusque-là, semblaient s'exclure, ou
^ Les guerres de Crimée et d'Italie.
n'être le partage que de quelques rares caractères dont la gloire classique atteste l'exception : la plus grande douceur de mœurs dans les plus violents travaux de la guerre; le mépris de la mort, et le respect de la vie ; l'élan du soldat dans le capitaine, et la sagesse du capitaine dans le soldat; l'énergie du sacrifice, l'ardeur du devoir, l'indomptable, l'irrésistible puissance de la volonté soutenant tous les chocs ou enlevant tous les obstacles, sans cesser jamais de se posséder ; l'amour de l'ennemi, vaincu par la générosité après l'avoir été par les armes, et confondu avec le vainqueur dans les embrassements d'une même charité; la résignation la plus magnanime dans la lente obscurité d'une mort douloureuse, où toutes les vertus du chrétien viennent couronner celle du héros : enfin, la modestie dans le triomphe, et les humbles vertus de la paix succédant sans effort à toutes ces merveilles. Voilà ce qui s'est vu, non dans un chevalier, mais dans une armée. Mérites si grands, que la victoire elle-même en est ombragée, et n'en est que la suite et que l'ornement. Eh bien ! ce qu'il faut dire, ce qu'il nous appartient de publier, c'est que cette armée de preux, cette armée Fulminante, l'admiration et l'effroi du monde, était une armée de Croisés de la Vierge, dont elle réclamait et revêtait partout les
insignes, comme Tamiure de sa vertu. De toutes les médailles que portaient ces braves, celle de la Vierge était la plus près du cœur. Ce qu'Érycius disait des ancêtres, disons-le donc de nos contemporains et de nos fils : « Pour moi, je prise hautement un « culte par lequel ces héros, éminents en vertu, fai- (t saut profession de vénérer Dieu et la Vierge, Mère « de Dieu, mériteront à nos temps des destins (* meilleurs. Je m'estime heureux de préconiser ces « pieux mystères, dont l'humble croyance les a faits « si grands. )>
Ces généreux souvenirs comiennent à la situation dans laquelle paraît cet ouvrage, alors que celui 'lotit la Vierge écrase la tête se replie insidieusement 'ontre son talon, et vomit contre sa semence le noir venin de ses inimitiés '. Dans ce grand combat, où nous avons pour nous quatre mille ans de promesse et deux mille ans de victoire , nous ne devons pas craindre, sans doute ; mais il ne faut pas non plus s'oublier : car, s'il est écrit que nous gagnerons la bataille, il n'est pas dit que nous ne perdrons pas de soldats. C'est une épreuve, où le salut et la dignité de chacun de nous ne sont plus seulement au prix de vertus privées, mais imposent des de-
1 Genève, chap. m, t. 15.
voirs publics. Le sujet de celte publication réclamait plus particulièrement de nous cette expression de notre fidélité et de notre zèle. La Vierge Marie, vivant dans l'Eglise, s'offense de tout attentat contre l'Église; et elle confond toujours et partout ses ennemis. Puissent ces pages , que nous lui avons vouées dans le calme de la retraite, être pour plusieurs un baume et un fortifiant dans l'action ! Puissent-elles, en faisant mieux connaître et mieux aimer Jésus-Christ par Celle qui nous l'a donné, accroître ce règne de Dieu qu'il est venu établir sur la terre, et contre lequel l'enfer ne prévaudra pas !
Paris, février 1860.