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LA CHAMBRE A COUCHER DC COMTE

Lm rideinx sont fermes. Il y règne one aisez grande obscnrité.Le comte sommeille da ni «on lit. Sa 6gure ne révclc aucune expression de douleur ni de souffrance ; le comte» ayant alors soixante-dix ans, a seulement tous les dehors d'une vieillesse avancée. Auprès du chevet est le chapelain, gros homme d'une Cgure commune, qui est occupe à lire. Dans la chambre, près des croisées, sont deux valets de chambre et la femme de charge, occupés à préparer quelques potions.

DUVAL entre sur la pointe du pieJ. Mousieur l'abbé, VOici M. le

docteur.

LE CHAPELAIN. Jc vais prévenir M. le comte, faites-le toujours entrer, (au comte à voix basse.) MonsicuT le comte... monsieur le comte...

LE COMTE, d'une voix faible, mais calme. Qu'cst-Ce? qUC VOuIcZ- VOUS?

LE CHAPELAIN. Voici M. le docteur qui vient d'arriver, monsieur le comte veut-il le voir?.,.

lE COMTE. Certainement, qu'il vienne...

L« docienr,qni en entrant s'est tenu à l'écart, s'approcb« da oomt«.

DOCTEUR. Eh bien, monsieur le comte, vous êtes donc souffrant ?

COMTE, se toiiioanl vers le docteur. Ah! honjour, dûCtCUr; fôli-

moi, j'ai un pclit-Gls... madame la vicomtesse de Vauest accouchée d'un fils; avec la grâce de Dieu, voilà enmon nom assuré pour une génération.

DOCTFun. Je vous en fais mon bien sincère compliment T. II. 18

monsieur le comte... Mais comment vous trftmez-vou« au, jom'd'hui?

LE COMTE. Ah! mon cher docteur... vous voyez, a e suis uu peu faible...

LE DOCTEUR. Mais soulïrez-vous?...

LE COMTE. Non... non, je ne souffre pas... pas du tout; c'est comme un engourdissement général, mais sans douleur... voilà tout ce que j'éprouve.

LE DOCTEUR. La tête n'est pas douloureuse?

LE COMTE. Non... un peu engourdie aussi... mais pas douloureuse... Ce que je sens... c'est comme une faiblesse qui suit un bain pris trop chaud.

LE DOCTEUR. Vous u'avcz pas d'oppression?

LE COMTE. Non... tenez... je respire bien... mais je me sens le cœur comme afîadi... et puis j'ai comme un bourdonnement sourd dans les oreilles.

LE DOCTEUR lui tâle longtemps le pouls, et se dit à part : Il meurt littéralement de vieillesse; sa vie débauchée l'a avancée, et cette émotion d'avanl-hier a déterminé la crise. C'est une lampe qui n'a plus que le souffle, et qui va s'éteindre, (au comte.) Votre pouls est bien faible.

LE COMTE. N'est-ce pas?... j'ai tâché de le sentir battre, et je ne l'ai pas senti... Et même hier, avant de communier... pendant ma confession... j'ai cru un moment qu'il allait s'arrêter...

LE DOCTEUR. Ah! VOUS avcz hier rempli vos devoirs de chré* tien, monsieur le comte.

LE COMTE. Mon Dieu, oui... comme tous les jours... comme aujourd'hui, comme demain... Ne faut-il pas être préparé à tout événement? car enfin, docteur, si au lieu de l'indisposition que je ressens, j'avais une maladie grave... eh bien! je ne serais pas pris au dépourvu... et je serais bien sûr de ma félicité là-haut... n'est-ce pas, chapelain?

LE CHAPELAIN. La vie de monsieur le comte a été si exemplaire, il s'est si profondément humilié et repenti, les prières de mademoiselle de Vaudrey ont dû tellement plaire au Seigneur, que monsieur le comte est assuré de son salut.

LE COMTE. Vous voyez, docteur, assuré... je suis assuré...

LE DOCTEUR, à part. Il ne voit pas son état, c^est fort heureux pour lui ! mais le moral est furieusement baissé.

LA VIGIE DE KOAT-VEN 27i

LE COMTE. Ah ! mais j'y pense maintenant, docteur, vous n'avez pas de nouvelles de madame de Vaudrey?

LE DOCTEUR. Vous savcz, mousieuF le comte, que je ne suis pas assez heureux pour avoir la confiance de madame la comtesse; j'ignorais même qu'elle fût indisposée.

LE COMTK. Oui, elle est malade... il y a de cela déjà trois mois... elle a toujours été d'une santé si délicate! Entre confrères, je pensais que vous en auriez eu quelques nouvelles; voici truis ou quatre jours que je n'en ai reçu.

LE DOCTEUR, il faut cspércr que la santé de madame la comtesse s'améliorera.

LE COMTE. Sans doute, sans doute, il faut l'espérer, docteur... Mais, dites-moi, est-ce que je ne pourrais pas un peu voirie jour et le soleil?

LE DOCTEUR. Il n'y a aucun inconvénient, monsieur le comte ; il fait très-chaud et très-beau.

LE COMTE. Duval, faitcs ouvrir.

On ouvre deox feoètres. Le soleil éclaire faipartement ; on voit au loin l'immense forêt de Vaudrey, qui borde l'horizon. Le ciel est d'une admirable pureté, et une petite rivière sillonne çà et là une giande prairie semée de bouquets d'arbres, qui s'clend devant le château. L'exhalaison des plates-bandes de rosiers, de jasmins sur lesquelles s'ouvrent ces croisées, remplit bientôt la chambre du comte d'une odeur douce et parfumée.

LE COMTE. Ah I quel air frais et agréable, docteur; j'ai envie de me lever... et de m'asseoir sur mon fauteuil, pour jouir un peu de cette vue magnifique.

LE DOCTEUR. Vous le pouvez, monsieur le comte; mais auparavant vous ferez peut-être bien de prendre deux doigts de vin vieux de Xérès ou de Walaga...

LE COMTE. J'en ai justement, docteur..., que j'ai rapporté d'Espagne, en... 1774. Dites à l'office qu'on m'en envoie, Duval.

Sort Duval. — A ce moment, on entend le pavé de la cour d'honneur résonner sons les pas de plusieurs chevaux et le retentissement d'une voiture.

LE COMTE, écoutMt. Une voiturc... qu'est-ce que cela, Dubois?... allez... allez voir ce que c'est, (sort Dubois.) Qu'est-ce que cela peut-être, docteur?... Ahl mon Dieu! c'est peut-être mon fils qui vient m'apprendre lui-même...

DUBOIS, rentrant. C'cst monscigneuT le cardinal de Cilly, qui wrrive à linstant de Paris et qui désire voir M. le comte.

LE COMTE. Le cardinal l... un prince de l'Église!... mon an-

dcn aumônier... Ah! quelle émotion! Ahl mon Dieul un cardinal!... un cardinal!

LE DOCTEUR , à Dubois. Le maladroit 1... Calmez-vous, mon sieur le comte, remettez-vous.

LE COMTE. Oui, docteur... mais un prince de l'Église! un cardinal! s'il voulait me confesser... l'absolution d'un cardinal... Certainement je serai trop heureux de recevoir Son Éminence... mais je voudrais être dans un état convenable. Dubois, tu vas me raser.

LE DOCTEUR. Mais, monsieur le comte, vous allez vous fatiguer... vous êtes excessivement faible... votre état est trèsgrave.

LE COMTE. C'est égal ! je le veux... je le veux... et vous, Duval, suppliez Son Eminence d'entrer dans mon oratoire... et dites au maître d'hôtel de faire servir M. le docteur; car il doit avoir besoin... Excusez-moi, docteur.

Sortent le docteur st Duboii^

l'oratoire du comte DE VAUDREY

L'extérieur du cardinal eit imposant et sévère. Sa haute taille est on pen voûtée pir l'âge, n est vêtu de noir. Sa 6gure pâle, maigre et sillonnée de rides a une exprès» •ion de douleur et de tristesse profonde. Son large iront est découvert, et ses ch&veux sont tout blancs.

Le cardinal est assis près d'une table, la lète appuye'e dans ses mains. Après qnelqnei moments de silence, il se lève.

Cette entre\'ue réveille en moi tout un monde de souvenirs... oui, la dernière fois que je vis le comte, c'était dans l'Inde, la veille de ce jour fatal... (une pause.) Enfin, c'était dans l'Inde... il y a de cela quarante ans!... Quarante ans... que d'heures! que de jours! que d'années! qu'en ai-je fait? depuis ce temps, ^on sort a-t-il changé? où en suis-je maintenant?. . . .

(Long silence.) Eh! que m'importcnt cette pourpre et ces vains iionneurs? les rois s'agenouillent à mes pieds; ma main sa crée peut lier et délier ici-bas; on choisit parmi mes pairs l'élu du trône de saint Pierre... je puis prétendre un jour à dominer spirituellement le monde chrétien ! Eh bien , qu'estoe que cela pour moi? qu'ai-je gagné à cette puissance, puisqu'à mes yeux elle est matérielle et périssable comme tout pouvoir humain, et que je cherche un bonheur oui n'est pas

de ctî monde! Ainsi, je suis aussi loin que jamais du but où tendent incessamment mes vains désirs... Le Seigneur a continué de se voiler à mes yeux... je suis prince de l'Église... el je n'ai pas plus de foi pour cela... Non, non. ....

(long liience.) Et pourtant, lorsque je voulus mettre fin à mes jours, et que ma nature fut plus forte que le poison... je l'a« voue, je crus voir là une manifestation de Dieu à mon égard ; je résolus donc de vivre ; et puis cet espoir qui avait autrefois décidé mon entrée dans les ordres vint encore me séduire: je pensai que la révélation me deviendrait peut-être plus sensible à chaque pas que je ferais vers les hautes dignités de l'Église; je crus que mon esprit, encore épuré par les exigences de ces imposantes fonctions, s'approchant davantage de ce foyer de lumière divine qui resplendit sur la tiare du vicaire de Jésus-Christ, serait peut-être éclairé d'un de ses rayons; je m'élevai donc au plus haut rang... hélas! oui... au plus haut rang... mais je me suis élevé ainsi que ces hommes qui, avisant une haute montagne, montent, montent, croyant se grandir en s'approchant du ciel, et qui, une fois au sommet, voient au contraire le ciel plus immense encore, le monde plus petit, et eux-mêmes plus perdus et plus misérables... Oui, mais, au moins, j'ai fait le bien sur la terre... Ne croyant pas... j'ai agi comme si je croyais, j'ai été chrétien pour tous, excepté pour moi; j'ai apaisé bien des sou£Frances5 et j'ai toujours soufiFert... j'ai calmé bien des maux, et j'ai toujours été misérable; j'ai séché bien des larmes, et j'ai toujours versé des larmes amères ; ma vie a été un long et cruel martyre . et peut-être que Dieu a voulu m'éprouver en me faisant subir sur la terre cet épouvantable supplice des damnés, qui voient du fond de leur enfer les délices du paradis... supplice encore plus affreux pour moi... pour moi qui guidais les âmes vers ces régions immortelles qui me sont fermées ; et je suis d'autant plus digne de la miséricorde céleste que je n'ai pas recueilli la moindre sensation de bonheur en faisant le bien... car j'ai tout donné aux hommes, consolation, argent, bienêtre, savoir, croyance, éternité... sans croire à la reconnaissance humaine : je connaissais trop l'humanité pour cela... Oh! quelle existence aura donc été la mienne, juste ciel!... Et si, après nous, tout était néant?... héamt! !! pourquoi aurai-je vécu? pourquoi ma vie?... pozarquoi le monde^ ,. oh)

toujours cette idée implacable qui donne le vertige!... tou jours ce pourquoi si fatal et si désespérant...

Aussi, plus tard, lorsque ma vieillesse fut venue, je crus que les jeûnes et les privations allaient affaiblir en moi les principes de mon existence, et que, sans me rendre coupable une leconde fois du crime d'attenter à mes jours, ma vie s'userait bientôt... mais, non... non... ma chaîne est trop bien rivée dans ce monde, et mon âme brise en vain ses ailes contre cette enveloppe de fer qui l'emprisonne; oh! oui, car j'ai tout ce qu'il faut pour supporter et sentir bien longtemps et bien à vif les mille blessures de la douleur morale, qui déchire, qui torture... mais qui ne tue pas...

Et pourtant, malgré moi, j'espère, car, toute ma vie, j'ai été comme ces malheureux qui, traînant depuis longtemps une horrible existence , se disent à chaque nouveau copp du sort ; Courage, l'adversité se lassera, et le oiel de demain sera peut-être riant et pur... Oui, j'espère... car enfin j'ai la conviction profonde d'avoir allégé bien des douleurs, d'avoir adouci bien des infortunes; et, je le sens, ce souvenir est presque une espérance...

"^ Entre le docienr.

LE DOCTEUR. Mouseigneur... M. de Vaudrey sera bientôt en état de recevoir Votre Éminence.

UE CARDINAL. Comment se trouve-t-il, monsieur?

LE DOCTEUR. Monscigneur, il n'a pas pour une heure à vivre; sa faiblesse augmente de minute en minute : il s'éteint... heureusement sans douleur, et sans avoir aucunement la conscience de son état : il ne s'en doute même pas...

LE CARDINAL. II meui't sans souffrir?

LE DOCTEDR. Oui, monseigueur; car, de toutes les morts, la sienne est la plus douce; on finit ainsi sans se sentir finir, et toutes les investigations de la science donnert la certitude qu'on meurt littéralement sans douleur.

LE CARDINAL. Et SOU moral, monsieur?

LE DOCTEUR. Monseigneur, son moral s'aflaiblit beaucoup; quand je suis entré, il était encore assez lucide : maintenant, M. de Vaudrey parle moins, ses idées semblent se confondre.

LE CARDINAL, avec anxiété. Je VOUS en prie, veuillez savoîr, monsieur, si je puis entre? à l'instant; car j'ai à révéler à M. de Vaudrey des choses du plus haut intérêt, (te docteur s*inciine et

lort. Le cardinal contiMie a»«c indignation.) 11 meurt SanS SOUfirir! san9

effroi! et sa malheureuse femme est raoïle brisée par la douleur et le dcsespoir de laisser sa fille seule dans le monde!... 11 mem't sans souffrir et sans effroi!!! et, à cette heure, sa fille elle-même, sacrifiée pour lui et par lui, est mourante de l'incm-able chagrin d'avoir perdu sa mère... Il meurt sans effroi... Juste ciel! Eh quoi! il fermerait ainsi les yeux sans remords, après avoir torturé, tué par son égoïsme féroce deux êtres purs, dévoués, subhmes ! Oh ! cela ne se peut pas ! non, non ! Il est aussi une mission de justice et de sévérité à remplir sur cette terre. Cet homme touche à sa fin... qu'importe? pas de pitié pour ce criminel lâche, infâme, qui échappe à la justice humaine ; pour ce criminel plus odieux que le meurtrier qui ne tue qu'une fois. Vengeance sur cet homme ! qu'il croie au moins que de terribles châtiments l'attendent, et qu'une affreuse agonie soit sa punition dans ce monde ! Vengeance pour ceux qu'il a sacrifiés! vengeance sans pitié, car, de la pitié , ce serait un crime. De la pitié pour lui , grand Dieu ! Eh quoi I près de quitter une vie qu'il s'est faite splendide, glorieuse et sensuelle, au prix des larmes, du sang et de la mort de ceux qu'il a trouvés sur son passage, cet homme, abusé par un prêtre impie, verrait encore s'ouvrir devant lui le temple des félicités éternelles... Il mourrait sans angoisses, sans regrets, avec l'espérance dans le cœur et le sourire sur les lèvres!... Comment! cet homme serait heureux toujours... encore heureux un pied dans la tombe... Et cela parce qu'il aiira pratiqué quelques dévotions qui n'auront en rien changé ce caractère égoïste, vain et féroce, dont tout ce qui l'entoure a supporté l'implacable réaction jusqu'au dernier moment de son existence... Ce n'est pas l'envie ou la haine qui me fait parler, mon Dieu!... mon indignation contre lui vient de ce que je pense aux tortures de ceux qu'il a sacrifiés... Non, encûve une fois, un pareil homme ne peut pas mourir sans re- Kcrds et sans peur!... non, non, cela ne se peut pas. Il est une autre vie, je le sais, je le crois, je l'espère : mais enfin, mon Dieu ! il faudrait pourtant qu'ici-bas, dans cette vie que nous voyons, que nous comprenons, que dans cette vie à portée de nos vues grossières et de notre intelligence bornée, le vice eût un châtiment exemplaire ; et que la vertu, la résignation, la piété, le dévouement, eussent au moins un jour, une minute de bonheur pur et éclatant ! Je suis bien vieux maintenant; je ne regrette aucune des douleurs et des souffiances

que tu m'as imposées, mon Dieu! mais à cette heure... oh! à cette heure accorde-moi, comme une récompense, ce qu'autrefois je te demandais comme un encouragement. Tu le sais, tu ne l'es pas révélé à moi, et j'ai pourtant toujours marché dans une voie sainte, pieuse et irréprochable; tu m'as accablé de ton indifférence et de ton mépris; tu m'as continué une vie cruelle et désolée, et pourtant, chaque jour, j'ai fait bénir ton nom sur la terre. Eh bien ! mon Dieul à cette heure... je mérite peut-être que tu te manifestes à moi... cela, ô mon Dieul... que mon esprit perçoive que tout n'est pas fini ici-bas, et que tu règnes là-haut. Abrège mes jours, mais que je meure au moins en comptant sur ta bonté ou sur ta miséricorde; que je quitte ce monde, bien sûr d'aller à toi, à tes genoux, et de te pouvoir dire : Pardon, ô mon Dieu! si j'ai fallU.

DirvAL, entre précipitamment. Mouseigncur! monscigueur I M. le comte s'affaiblit beaucoup ; M. le docteur dit qu'il reconnaît quelques symptômes de délire.

LE CARDINAL, se remettant. Conduiscz-moi douc à Tlnstant près de lui.

lit sorteoL

LA CHAMBSE a coucher DU COMTE

M. de Vaudrey est couché dans son lit. L'expression de son visage n'a pas changé; seulement, son regard est de plus en plus voilé, sa voix plus faible et son audition moins nelle. Les fenêtres de sa chambre sont ouvertes. Cette scène se passe par une inagniBque soirée d'été; le soleil est à son déclin et ses derniers rayons viennent dorer la cime d'un massif d'acacias dont les fleurs roses et parfumées s'épanouissent en face des croisées de cet appartement. Le chapelain est au chevet da comte. Dans la chambre sont deux valets et le médecin.

LE CARDINAL entre et s'approche dn comte. Veuillez, monSÎeUT Ifi

comte, faire retirer tout le monde; il faut que je vous entretienne seul.

EE COMTE, d'une voix faible. Oui, OUl, SOrtCZ tOUS... laisseZ-moi

avec Son Éminence... qui veut bien me donner sa bénédiction.

tout U monde sort. Le chapelain, un moment indécis, obéit à on regard impérieux dji cardinal. Ce dernier les suit des yeux, et, quand la porte e«l fermée, il s'approche du comte l'air grave et menaçant.

tE CARDINAL. Qu'avez-vous fait de votre femme et de votre fille, monsieur?

I.E COMTE, d'une voix éteinte. Ellcs prient pour moi... monseï-

gneur... Toutes deux retirées dans un couvent... elles prient... Mais votre bénédiction... me...

LE CARDINAL, rinierrompaui. Madame de Vaudrcy est morte, monsieur I

LE COMTE. Mortel ahl mon Weul elle va donc prier pom moi... dans le ciel... aux pieds de l'Éternel... prier pour moi... Oh !... mais que je suis faible... ma vue se trouble... j'entendt à peine...

LE CARDINAL. Votrc fille est mourante, monsieur!

LE COUTE, /atraibiiii^Dt de plus eu piaa. Dicu la bénira... elle a prié poui- son père, et m'a gagné la félicité éternelle... et m'a donné le moyen d'illustrer ma maison... Ma fille, je...

LE CARDINAL, d'une voix terrible. La félicité étemelle I... à vous! vous, monsieur ! mais songez donc à ceux que vous avez sacrifiés 1 1 1

LE COMTE, délirant et à voix très-basse. Oll ! OUi... je le SenS là...

j'ai une conviction... qui... me dit... que j'ai gagné... le paradis... le chapelain m'a promis...

LE CARDINAL. Cela u'est pas, monsieur, ce prêtre imposteur vous a abusé ; il a blasphémé en vous promettant, au nom du Seigneur, une place parmi ses élus ! Tremblez ! ! !

LE COUTE, en délire, les jeux animés. Je vais danS le ciel... c'eSt

ma fille... qui m'a valu cette faveur... dans le ciel... Mon fils... une maison souveraine... le ciel...

LE CARDINAL. Mais U mcuH... cet homme meurt sans effroi, sans remords. Ohl cela est épouvantable...

Le comte t^n délire fait un dernier effort, te* joiiei >e colorent, ses yens briHestf toute sa ligure semble rayonnante d'espoir et de conviction.

LE COUTE. Oui... je vais à toi... à toi, mon Dieu! mon nom vivra... dans ce monde... et tu rae donnes une place dans ton paradis... Mon fils... maison bougerai ne... le paradis... je suis bien... heureux... les anges... ie...

LE CARDINAL. Oh! malédiction 1 malédiction!

LE COUTE, poussant un grand soupir. Je... oh! le paradis...

u meurt.

La cardinal se précipite rar ie comte, ie regarde avec une angoisse horrible, puis retombe accablé sur un fauicuil.

LE CARDINAL. U est mort

Im eardintl re«te dan» un tanae ei profond silence, sa tète cachée dans «et main

▲a bout d'un quart d'heure de méditation, il te 1*6, ferme le« paupières du comte,

et après avoir longtemps considéré ces traits qui eipriment encore le calme et la

lérénité, il dit d'une voix lente et solennelle :

Après la vie infâme de cet homme... qui oserait douter encore de l'existence logique d'un Dieu juste et rémunérateur, d'un Dieu qui punit le méchant dans une autre vie? Qui oserait douter que notre séjour dans ce monde ne soit le passage du néant à l'éternité?

Le cardinal contemple emcore le cadayre du conte.

— Qui oserait en douter?...

Vais, avec une déchirante esprewion «M d««Mur et de détespoir, il t'teni

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