‹ La vigie de Koat-VénChapitre 15 sur 22 · M« LA VIGIE DE · texte numérisé non relu

M« LA VIGIE DE

teurs instruits de leurs droits par la philanthropique iàée Touquet!

» Mademoiselle de ***, d'une des plus anciennes familles de France, aveuglée par la superstition la plus frénétiquej s'est Jetée dans un couvent, car en France, en 1818, il y a encore des jésuites et des couvents ! ! ! à l'instar des novices du temps jadis. On ne sait, en vérité, ce qu'il faut le plus déplorer ou du fanatisme stupide ou de la démence qui peut pousser un être doué de raison à l'exécution d'une pareille sottise. Mais ce qu'il y a de plus odieux, c'est que, grâcs aux jésuites, la mère de mademoiselle de ***, au lieu de combattre l'épouvantable folie de sa fille, s'est retirée avec elle dans ce couvent, tandis que M. de ***, le père et l'époux de ces victimes ultramontaines et d'une ridicule superstition, est abandonné, seul, isolé, presque sans moyens d'existence, et privé des doux soins d'une épouse et d'une fille; en un mot, tandis que le vénérable vieillard se voit privé, par l'odieuse influence du jésuitisme^ des consolations et du bien-être que sa position et la nature promettaient ^ sa vieillesse.

» Il est inutile de dire que l'appât des biens de madame de *** et de sa fille a seul décidé les misérables jésuites qui ont entraîné ces deux femmes d'un faible esprit dans un aussi cruel oubli de leurs devoirs.

» En voyant ces progrès effrayants du jésuitisme, ne serait-ce pas le cas de rappeler ces vigoureuses et belles paroles de Guillaume-Thomas Raynal :

« Si cette religion existait (la religion chrétienne), n'en » faudrait-il pas étouffer les ministres sous les débris de leurs » autels? S'il existait dans un recoin d'une contrée soixante » mille citoyens enchaînés par ces ridicules vœux de pauvreté, » chasteté, obéissance, qu'aurait à faire le souverain que V de s'y transporter avec un nombre de satellites armés de » fouets, et de leur dire : Sortez, canaille fainéante, sortez; » aux champs ! à l'agriculture ! à la milice ! »

» Nous citjns cette entrée au couvent comme une nouvelle et certaine preuve de l'envahissement jésuitique qui s'étend sur la France comme un réseau qui doit enlacer toutes nos libertés, si les amis des lumières ne se réunissent pas en faisceau pour rejeter et conspuer un système antinational, qui voudrait nous bâillonner et nous traiter en esclaves, nous, les fils de la glorieuse et

Il VmiE DE KOAT-VEH MT

HOHT

l4feiM M patte an chiMau de Vaudrey, dant la matinée da 15 jnln 182ti LA CODR DD CHATEAU DUVAL, lecrctaire da comte, à na laquait. Eh bien, arriVC-t-ilt

qu'avez- VOUS vu?

LE LAQUAIS. 11 m'a semblé voir un courrier, monsieur Duval; mais voilà tout.

DUVAL. Miséricorde!... il arrivera trop tard...

LE LAQUA53. Est-cc que M. le comte va plus mal?

DUVAL. Mais sans doute... Ce n'est pas qu'il ait l'air de souffrir... et on dirait qu'il s'éteint... (a un autre laquais qui accourt.)

Eh bien?...

LE LAQUAIS. Voici Pierre ! voici Pierre I... la voiture du médecin le suit.

DUVAL. Dieu soit loué!

ArriTe on courrier au grand galop ; il tante à bat de ton chewl en s'ëcriant t

Monsieur Duval, voici le docteur. Nous avons mis dix-sept heures pour venir de Paris... Les roues étaicRt en feu; à chaque relais, obligé de les arroser... J'ai payé les guides à cent sous, comme vous m'avez dit, monsieur Duval. Et M. le comte, est-il mieux?

DUVAL. Hélas! non, Pierre... il n'est pas mieux... Ahl.M enfin, enfin, voici la voiture.

Asnte une berline à six chevaux lancés au grand galop, qui t'arrête devant le pentm Le médecin du comte descend.

LE DOCTEUR. Eh bien, eh bien, Duval, qu'y a-t-il donc?

DUVAL, précédant le docteur dans l'intérieur du chJieau. Ah! mOUSieUT

le docteur!... mon pauvre maître est bien bas... L£ DOCTEUR. Vojons, Duval, expliquez-moi comment cela est

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arrivé. Arrêtons-nous dans ce salon avant d'entrer chez M. de Vaudrey.

DDVAL. Voici ce que c'est, monsieur le docteur... Avant-hier, M. le comte s'est levé de bonne humeur, comme d'habitude j H a entendu la messe, a déjeuné, est monté à cheval, au manège, pendant trois heures, pai'ce qu'il faisait trop chaud pour chasser... puis il a dîné.

LE DOCTEUR. Avec appétit?

uuvAL. Comme toujours, avec beaucoup d'appétit; M. le comte a même mangé, peut-être avec excès, un des mets de prédilection que le maître d'hôtel lui fait souvent servir : des crépinettes de volaille à la moelle d'agneau et aux truffes sur une purée de queues d'écrevisses de Lorraine; M. le comte en a mangé deux fois de suite, à ce que m'a dit le maître d'hôtel.

LE DOCTEUR. Et VOUS croycz que c'est cela qui a fait mai à M. de Vaudrey?

DUVAL. Non pas précisément, monsieur le docteur; mais, à la fin de son dîner, quand M. le comte en était au fruit, son valet de chambre a eu la sottise de lui apporter un-j lettre qui arrivait par un courrier, et la lectm-e de cette lettre... LE DOCTEUR. Luî a causé une révolution? DUVAL. Je le crois, monsieur le docteur; car lorsque M. le comte l'a lue il n'avait pas encore bu le mélange de genièvre et de pekao dans un verre d'eau glacée qu'il prend tous les jours après dîner, pour faciliter sa digestion.

LE DOCTEUR. Et cettc lettre annonçait donc quelque malheur? DUVAL. Bien au contraire, monsieur le docteur, car dès que M. le comte l'a eu ouverte, il n'a pu retenir des exclamations de joie, et a ordonné à l'intendant de faire assembler toute sa maison dans la galerie. Alors il s'est levé de table, et est venu dire : « Mes amis, je vous donne cent louis pour boire à la santé de mon petit-fils, M. le baron de Vaudrey. »

LE DOCTEUR. Madame la vicomtesse de Vaudrey est donc accouchée d'un fils?

DUVAL. Il paraît, monsieur le docteur, car le courrier a dit qu'il venait d'Allemagne.

LE DOCTEUR. Aîusi, c'cst Une émotion de joie trop subite qui aura troublé sa digestion ; et comment a-t-il passé la nuit et la journée d'hier?

BuvAL. Très bien, monsieur le docteur, c'est-à-dure M. ie

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comte ne se plaint pas de souffrir, il sent seulement, dit-il, r3w grande lassitude et une grande faiblesse; sa figure n'est pas môme change'e, il a l'air de sommeiller doucement, et ne s'éveille de temps à autre que pour causer avec son chapelain, qui l'a déjà administré,

LE DOCTEUR. Et M. de Vaudrey a-t-il sa raison?

DUYAL. Mais je le crois, monsieur le docteur; car il ne confond rien, et sait bien ce qu'il demande.

LE DOCTEUR. Allons, je vois ce que c'est. Diable! à son âge, c'est grave, fort grave; maintenant, vous pouvez prévenir M. de Vaudrey de mon arrivée, et lui demander s'il veut me recevoir.

DuvAL. Oui, monsieur le docteur.

Le docteur sort avec Daval.

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