‹ La vigie de Koat-VénChapitre 21 sur 22 · NOTICE SUR TIPPOO-SAEB · texte numérisé non relu

NOTICE SUR TIPPOO-SAEB

TIPPOU SULTHAN BEHADOUR, dernier nabab de Maïssour (of Mysore, suivant l'orthographe anglaise), naquit en 1749, et porta d'abord le nom de Feth-Aly Khan. Il reçut celui de Tippou-Saeb, soit à la circoncision, soit lorsqu'à l'âge de seize ans il fut nommé dyan ou intendaat de Bednor par son père Hsîder-Aly Kban; et comme il donna des preuves de bravoure et de capacité en plus d'une occasion sous le règne de ce prince {voy. Hyder-Alt), son nom ds Tippou-Saéb semble avoir prévalu sur ceux de Ti'ppou Khan et Tippou Sulthan, qu'il prit en montant sur le trône, le 7 décembre 1782. Il se trouvait dans le Tanjaour avec u^a corps de troupes, lorsque Haïder mourut. Les Anglais, alors en guerre avec ce dernier, profitèrent de cette double circonstance. Le brigadier général Matthews, qui les commandait, se mit en campagne dès la fin de février 1783, et s'empara successivement d'Onor, de Condapour, de Mangalor, de Bednor et d'Ananpour, oii une partie de la famille du nouveau souverain tomba au nouvoir des vainqueurs. Tippou arrêta bientôt le tMat-a at, „co auvcè». A la (été de vingt-cinq mille hommes, parmi lesquels était un corps de mille Français, il parut devant Bednor le 9 avril, et força Matthews d'évacuer la place, par suite d'une capitulation où il fut stipulé que les Anglais retourneraient à Bombay, par Goa, après qu'ils auraient rendu Bednor, Anampour et Colidroug, Siusi que l'argent, les armes et les magasins appartenant à leur gouvernement. Cette capitulation fut violée de part et d'autre. Les Anglais ayant voulu soustraire une somme considérable en la distribuant aux officiers, qui devaient la rendre au trésor public, un accident fit découvrir leur supercherie. Alors Tippou retint prisonnier le général anglais et sa garnison, les fit fouiller, dépouiller, charger de chaînes, et les accabla de mauvais traitements. S'il faut en croire les auteurs anglais, il poussa la barbarie jusqu'à faire empoisonner Matthews et plusieurs de ses officiers, et trancher la tête, en sa présence, au frère de ce général, qui fuyait chargé d'or et de bijoux. Il assiégea ensuite Mangalor, qu'il ne put prendre quoiqu'il eût découvert et puni la trahison de son général en chef, qui se disposait à passer du côté des Anglais avec une partie de ses troupes. Le siège durait encore, lorsque Tippou reçut la nouvelle de la paix de Versailles entre la France et l'Angleterre. Il suspendit à l'instant les hostilités, et prêta l'oreille à des négociations qui se terminèrent par un traité signé à Mangaîor, le 11 mars 1784. Les Anglais rendirent toutes les places qu'ils avaient conquises, et promirent de ne point aider les eonemia de ce prince. Tippou, de son côté, restitua aux Anglais leur comptoir

it Galhcnt, que Haïder leur avait enlevé ; promit d'évacuer les Ëtata des radjahs de Taigaonr et de Travancor, leurs alliés, et renonça i •es prélentioiis sur le Carnate. Telle fui l'issue de la premièt 3 guerre que Tppou eut à soutenir contre les Anglais. Les légers avantage? qu'il y avait obtenus le remplirent de présomption, et entrelinrei: cette haine héréditaire qu'il leur avait vouée et qui fut la pensée d toute sa vie. Heureux si, à l'ambition et à la bravoure qu'il tenait d 6on père, il eût joint la prudence, la modération et les talents poli i ques qui n'avaient pas moins contribué que les armes à fonder ta puissance de ce prince. Haïder n'avait pris que le titre de nat6 (lieutenant), et montrait souvent au peuple le radjah légitime de Maïssour, au nom duquel il promulguait les actes de la souveraineté. Tippou se délivra de celte entrave. Il laissa le radjah et sa famille dans l'oubli et dans la misère. 11 prit les titres de sullhan, de vainqueur, et s'arrogea ceux de tous les princes de la presqu'île de l'Inde, dont il prétendait être le suierain. Plus tard même, à l'époque où la majesté royale fut violée par un rebelle, dans la personne du souverain titulaire de l'indoustan (voy. Chah-Alem), il ajouta à tous ses titres telui de Padischah (empereur). Pour soutenir le rang auquel il s'était ^lacé, il suppléa, par le faste, à la véritable grandeur, et sa cour devint une des plus brillantes de l'Orient. 11 porta son armée jusqu'à deux cent mille hommes; mais ces dépenses n'étant pas en proportion avec l'étendue et la richesse de ses États, il vit ses revenus diminuer et ses ressources s'épuiser. Toujours bercé néanmoins du vain espoir de dominer .sur l'indoustan ou d'en expulser du moins les Anglais, il voulut s'assurer de l'appui et des secours de la France. Il fit partir à la fois six ambassadeurs, en 1787. Trois prirent leur route par le golfe Persique, Bassora, Baghdad, l'Asie Mineure et Constantinople, et éprouvèrent toute sorte d'accidents et de contrariétés dans ce pénible et périlleux voyage. Celui des trois qui survécut à ses deux collègues n'osa ou ne put continuer sa mission. Il se joignit à la caravane des pèlerins de la Mekke, et gagna un port de la mer Rouge, où il trouva un navire qui le ramena dans l'Inde. Les trois autres ambassadeurs s'embarquèrent à Pondichéry, le 22 juillet 1787, et arrivèrent à Toulon le 7 juin de l'année suivante. Ils furent pour la France, qu'ils traversèrent, un objet de curiosité, et alimentèrent, pendant quelques mois, les conversations et les journaux. Ils obtinrent une audience publique de Louis XVI, le 3 août 1788; mais au lieu des secours qu'ils venaient solliciter, on ne leur donna que des; spectacles et des fêtes. Le mauvais état des finances, la crainte de j troubles intérieurs, empêchèrent le roi de France de réaliser les espérances du nabad de Maîssour. Il se borna au renouvellement de> l'alliance avec Tippou, alliance qui demeura sans effet, ces deul\ princes ayant péri peu d'années après, l'un pour avoir trop aimé la paix, l'autre victime do son ambition guerrière. Les nmbassaileurs furent de retour à Seringapatnam au mois Je mai 17i9. Ciomma ib

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n'avaient pas réussi dans la demande qui était l'objet principal d« leur mission, et qu'ils ne cessaient d'exalter l'étendue, la population, la richesse du royaume qu'ils venaient de parcourir; Tippou, qui, «élé musulman, croyait qu'aucun potentat chrétien n'égalait sa puissance, fut blessé dans sa vanité : trompé d'ailleurs dans son attente par le peu de succès de son ambassade, il s'en prit à ses agents, et en fit assassiner deux. Il saisit bientôt une occasion de recommencer la guerre. Les Hollandais possédaient les forts de Cochin, d'Akkotah et de Cranganor, dans le Malabar, près des frontières de Maïssour La médiation des Français les avait rétablis dans la possession de Cranganor, que Haïder Aly leur avait enlevé. Tippou éleva des prétentions sur ces places, situées dans les États du radjah de Cochin, son vassal, et marcha sur Cranganor avec des forces considérables, au mois de juin 1789. Les Hollandais, pour sauver leurs établisse* ments de Cochin, vendirent les deux autres au radjah de Travancor. Tippou ne voulut pas reconnaître une vente faite sans son aveu, et, le 29 décembre, il envahit les frontières de Travancor. Sur les représentations du gouvernement de Madras, il offrit de s'en rapporter à des arbitres impartiaux, et resta dans ses lignes, en attendant le résultat des négociations. 11 y fut attaqué le !«' mars 1790, par le radjah de Travancor. Les Anglais prirent part à cette action, comme alliés du radjah, et ne furent pas fâchés de recommencer la guerre contre un prince qu'ils désiraient humilier. Dès la première campagne, lei hostilités s'étendirent au delà de la chaîne des Ghâts. Tippou opéra une diversion dans le Carnate, et sut éviter habilement toute action décisive avec l'ennemi. La seconde cam^jogne s'ouvrii par le siège de Bengalor, dont la prise fixa le théàtie de la guerre sur le territoire de Maïssour. Deux armées anglaises, l'une commandée par lord Çornwallis, qui avait fait cette conquête, l'autre venue de Bombay, sous les ordres du général sir John Abercromby, qui s'empara de Cananor, pénétrèrent, après une suite de succès, près des murs de Seringapatnam, en 1791. Elles se disposaient à former le siège de tette capitale, lorsque les pluies, le débordement des rivières, la iisette et les maladies les forcèrent, au mois de juin, de se retirer. fie fut vers ce temps-là que Tippou chargea M. Léger, commissaire français dans l'Inde, d'un message particulier, dont l'objet était d'obtenir de Louis XVI un corps de six mille hommes. Il oSrait de payer le voyage, la solde et l'entretien des troupes françaises, se faisant fort de détruire, avec leur secours, l'armée et les établissements des Anglais dans l'Inde, et d'en assurer la possession à la France, Cette proposition, présentée secrètement à Louis XVI par le miiustre Bertrand de MoUeville, fut sans résultat, parce que ce prince se repentait alors d'avoir favorisé l'indépendance des États-Unis d'Amérique, et qu'il était déjà sans autorité. Cornwallis revint, l'année suivante, renforcé par les troupes du Nizara et par les Mahrattes, qui s'étaient coalisés avee les Anglais contre un ini^iet et ambitieux voisin. Cel^

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iernièr* campagne fut fatale au sulthan. Lu prise de Ck)imb«ttoar, qu'il força de se rendre, et dont il Tiola la capitulation, ne put balancer les revers qu'il éprouva. Les alliés ayant réduit plusieurs f laces, entre autres la forteresse de Nundydroug et celle de Savendroug, ou le Rocher de la mort, qui passait pour imprenable, arrivèrent devant Seringatapnam, le 5 février 1792. Deux jours après, Tippou, chassé de son camp retranché, fut contraint de se renfermer dans sa tapitale, où il fut vigoureusement assiégé jusqu'au 24. Menacé d'un •ssaut, il accepta les conditions qui lui forent proposées, et le traité Alt signe le 18 mars. Il céda aux alliés la moitié de ses Etats, et leur paya une somme considérable à litre d'indemnité. Mais la clause la plus dure et la plus humiliante fut celle qui l'obligea de donner, pour la garantie de l'exécution du traité, deux de ses fils, Abd-eU Khalil et Moezz-Eddyn, enfants de huit à dix ans. Ainsi se termina une guerre qui avait coiité au sulthan soi»ante-sept forti, huit cents pièces d'ariillerie et cinquante mille hommes. Depuis cette époque, sa cour cessa d'être le séjour des plaisirs. Le deuil régna dans son palais, et son caractère devint plus irascible, plus dur, plus impérieux. Tippou ne parut désormais pénétré que d'un seul sentiment, celui de la vengeance. 11 ne s'occupa que de susciter des ennemis aux Anglais. Entouré de puissances gagnées par eux, il envoya, en 1797, une ambassade jusque dans le nord de l'Inde, auprès de Zeraan- Chab, roi de Kaboul, pour l'engager dans une alliance dont le but devait être de chasser les Européens de l'Indoustan, d'y anéantir la religion des brames, et de rétablir l'antique splendeur du trône du Dehly, en y plaçant un autre prince de la famille de Tamerlan, et en l'afifranchissant du joug honteux des infidèles. Quoique le roi de Kaboul fût ambitieux et entreprenant, il ne goûta point ce projet, soit qu'il prévît trop de difficultés dans son exécution, soit qu'il craignît de n'être que faiblement secondé par le sulthan de Maïssour, qui, depuis ses derniers revers, ne pouvait plus compter parmi les puissances prépondérantes de l'Inde. Tippou, ayant encore échoué ians cette négociation, conçut l'espoir d'être soutenu par le gouverlement républicain qui s'était élevé en France sur les ruines de la nonarchie, et qu'un intérêt commun devait unir avec lui contre l'Angleterre. Les Français avaient toujours été accueillis à la cour de Maïssour. La perte de Pondichéry y en attira un grand nombre, la plupart gens ruinés ou aventuriers, sans principes et sans éducation. Tippou, entretenu par eux daus ses espérances imaginaires, s'avilit en les admettant dans sa familiarité, en se prêtant à leurs manières démagogiques. Us étabfirent à Seringapatnam un club de jacobins, qui tint sa première séance le 5 mai 1793. Ils y jurèrent haine à la royauté, aux tyrans, excepté au citoyen Tippou le Victorieux, Dix jours après, ils arborèrent solennellement le drapeau tricolore, et se reodirent sur la place d'armes, où ils plantèrent l'arbre de la liberté, M brait des salvet d'artilleri« et au viéscuce du citoym prioce. O

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fut par les conseils d'an nommé Bipaud^ capitaine corsaire, ftri s'était établi le président de cette société populaire et le représentant de la nation française dans ilnde, que Tippou se décida à enroyer secrètement deux ambassadeurs à l'île de France, pour y proposer une alliance avec le gouvernement français et demander des troupes. Ils y arrivèrent le 17 janvier 1798. La publicité que le général Malartic, gouverneur de la colonie, donna à cette ambassade, devint funeste au suUhan, et les secours qu'il lui envoya, insufâsants pour le défendre, servirent de prétexte aux Anglais pour l'attaquer. Ces secours consistaient en trois commandants, deux officiers d'artillerje? çiE officiers de marine, quatre charpentiers de vaisseau, vingt-six officiers, sergents et interprètes, et soixarte-deux soldats européen ou mulâtres. L'invasion de l'Egypte par les Français, deux lettres

adressées par legénéral Bonaparte au sulthan de Maïssour et interceptée par les Anglais, et, plus que tout cela, le système d'agrandissemens que ces derniers ne cessaient de mettre en pratique dans Ilnde, décidèrent du sort de Tippou. Le gouverneur général, marquis de Wellesley, après s'être assuré de la neutralité des Mahrattes et de l'alliance du Nizam, fit marcher une armée nombreuse sous les ordres du général Harris, tandis que les troupes de Bombay, commandées par le général Stuart, arrivaient à Gananor. L'hnprudent Tippou, qui avait répondu d'une manière évasive à toutes les proportions d'accommodement, ouvrit les yeux sur les dangers dont ses Etats étaient menacés par cette double invasion. Il rassembla toutes ses forces, mit des garnisons dans ses places, et vint camper avec soixante mille bommcs à Periapatnam, pour s'opposer au général Stuart. Battu, le 6 mars 1799, à Sidasir, il laissa à Periapatuam quelques troupes pour disputer cette position, et marcha à la rencontre du général flarris, qu'il attaqua avec impétuosité, le 27 mars, à Malaveli, à huit lieues de Seringapatnam j mais au bout d'une heure de combat, son armée fut mise dans une déroute complète, et il na lui resta d'autre parti à prendre que de se renfermer dans cette dernière place. Il y fut investi le 4 avril. Après des efforts inutiles pour repousser les attaques des assiégeants, Tippou tenta de renouveler les négociations; mais les conditions que le général Harris lui imposa lui semblèrent si dures, qu'il n'y répondit pas, et il ne songea plus qu'à vaincre ou à s'ensevelir sous les ruines de sa capitale. Pendant un mois que dura le siège, il montra plutôt le courage et l'activité d'un soldat que l'habileté d'un général. Enfin, le 4 mai, la brèche étant devenue praticable, les Anglais traversèrent la rivièr» à une heure après midi, et donnèrent un assaut général. On se battit encore dans la ville. Les Français rallièrent plusieurs fois les Maîssouriens. Tippou périt dans la mêlée, atteint de plusieurs bleseure», et l'on tronva son corps sous un monceau de cadaTres. 11 était â^é de cinquante ans, et ^n avait régné seiae et demi. Avec lui s'anéantit la puissance éphémère que Haïder-Aly avait fondée, et

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qo'on a ridiculement nommée efnpire de Maissour <ra Mysore, puisque sa plus grande étendue ne surpasse jamais de beaucoup la moitié d« la France. Formé par les armes, par l'usurpation, et composé d'élét ments divers, ce prétendu empire, qui ne subsista que trente-huians, aurait pu durer davantage et se consolider, sous un prince doué de vertus pacifiques et de talents administratifs, qualités qui manquaient absolument au dernier nabab de Maïssour.

Pour plus (la diuiU, voir la Biographie universelte «t la eurieiu oatrift «la m* W. Beiblj ê»r le* maurf «t babiludet de Tippoo-SaSb.

Wa DU DEUXIÈME XST DBRNICR VOLW

Table des chapïtrks

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