TAIN, L'HERMITAGE, CHASSIS, SAINT-GEORGES. D
des vieux arbres semés cà et là sur les grandes pelouses décorées de corbeilles de fleurs, est d’un aspect charmant et grand à la fois.
Nous arrivons à propos, les vendangeurs sont à leur poste, et les pressoirs, depuis deux ou trois jours, commencent à faire chanter gaiement leurs treuils et leurs cabestans.
Dans les rues de Tain, on croise à chaque instant, traînées par des bœufs, des mulets ou des petits chevaux du pays, des charrettes chargées de compostes pleines de vendange, qui viennent s’arrêter près des maisons où se trouvent les pressoirs, laissent leurs charges, et vont en chercher de nouvelles.
Je n'aime pas à voir ces pauvres bœufs, la tête tristement baissée sous le joug et se poussant mélancoliquement l’un l’autre en avançant à pas lents sur la route.
On comprend l'expression de joug passée à l’état d’image douloureuse dans le langage figuré.
Aussi je viens de voir avec une sorte de plaisir un attelage tout différent : c'est une jolie petite vache, d’une charmante couleur fauve, au mufle rosé et aux hanches blanches, qui s’avance allégrement, ses jolies petiles cornes
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noires fièrement dressées au-dessus de la tête qu’elle porte haute et libre, car elle n’a pas de joug. Un petit harnais coquet l’attache au char qu’elle traîne, docile à la voix de son conducteur et sans peine, bien qu’il contienne
une dizaine de petits tonneaux pleins de grappes nouvellement cueillies.
Elle avait l'air si heureux en comparaison de ses pauvres oncles les bœufs, courbés si douloureusement sous leur terrible morceau de bois, que cela m’a tout à fait réjoui.
Tu vas me dire que je suis une bonne âme. Que veux-tu? Mais ne trouves- {u pas qu’il est fâcheux d'imposer aux pauvres animaux des souffrances qu’il est possible de leur éviter ?
Il y a pour eux une Société protectrice que je promets de visiter à leur intention cet hiver.
Tu sais que les côtes de l’Hermilage sont célèbres dans le monde entier, et cela depuis plusieurs siècles. Tu te rappelles, au couvent, dans la classe bleue, comme nous avons appris par cœur le fameux repas de Boileau, dans lequel il est parlé
D'un auvernat fumeux qui, mêlé de lignage, Se vendait chez Crenet pour vin de l’Hermitage.
On commençait donc déjà à contrefaire le vin de l’'Hermitage, ce qui est un indice certain du succès qu’il obtenait alors, et qui ne l’a pas abandonné depuis.
C'est, dit-on, un des plus grands vins de France.
Ce qui, par malheur, ne l’a pas plus protégé du phyllozes que s’il était de la simple piquette.
C’est désolant, et le pays tout entier est au désespoir. Un grand propriétaire de l’endroit vient de nous dire que cette année il n’y aura pas le quart de la récolte de l'année dernière, et il craint qu’il n’y en ait plus l'année prochaine.
Quel dommage ce serait! On vient de nous en offrir qui date d’une quarantaine d'années au moins. Pour ma part, bien que je n’aime guère le vin rouge, je l'ai trouvé excellent. Quant à mon père, un gourmet comme tu sais, il laissait échapper à chaque gorgée des exclamations admiratives, qui faisaient épanouir de satisfaction le visage du propriétaire. On a fait venir pour