‹ La vigneChapitre 149 sur 176 · TAIN, L'HERMITAGE, CHASSIS, SAINT-GEORGES. D · texte numérisé non relu

TAIN, L'HERMITAGE, CHASSIS, SAINT-GEORGES. D

moi personnellement un vin particulier de P'Hermitage que l’on appelle vin de paille, et qui n’a ravie. C’est du soleil en gouttes, du soleil parfumé. Notre cher rivesaltes n’est rien auprès de ce vin de paille. % * X

Nous avons été tout naturellement nous joindre aux vendangeurs et aux vendangeuses, du côté des côtes où poussent, ou plutôt où poussaient il ya quelques années, ces vignes précieuses.

Je dois dire que Paspect du paysage manque éminemment de gaieté de ce côté. Ces vignobles renommés sont précieusement entourés de grands murs blanchâtres, percés çà et là de portes pour donner accès aux vignerons ou aux vendangeurs. On est obligé de marcher longtemps entre ces boyaux tristes, n’ayant rien autre chose à contempler que des moellons et de monotones ruelles qui se croisent. C’est affreux, et ne semble pas prouver une confiance aveugle du propriétaire en l’honnêteté du bon public.

Nous avons franchi une des portes au seuil desquelles les chars attendent les charges de vendange que l’on descend des coteaux.

Tous ces coteaux, qui s'élèvent jusqu’à environ cent soixante mètres audessus du niveau du Rhône, sont exposés au midi, et leur pente est assez rapide pour que l’on soit obligé de soutenir la terre avec de petits murs placés de distance en distance, et plus ou moins rapprochés, suivant l’inclinaison du terrain.

Deux espèces de cépages sont cultivés sur ces coteaux : pour le vin rouge, la grosse et la petite siras, et pour le vin blanc, le marsane et la roussane.

2 Cros ne ‘Ce, 4e D \ 7 Ÿe ; mA RQ NE U EE ; LE } q | É LÉ: - e)

Uxe petite chapelle de style roman s’élève font en haut du coteau auquel elle donne son nom; c’est la chapelle de Hermitage.

À cet endroit jadis, dans une grotte creusée au flanc du coteau, habitait un saint ermite. C’était au treizième siècle, Les bénédictins de Saint-André-le- Bas, qui avaient transformé un vieux temple d’Hercule placé au point culminant du pays en un oratoire consacré à saint Christophe, furent avisés un jour, le 12 mai de Pan 1225, par un document signé de la reine Blanche, d’avoir à recueillir un noble chevalier, qui cherchait la retraite et se consacrait à Dieu.

Trompé dans ses affections, désabusé des hommes et des richesses auxquelles sa naissance et son rang le réservaient, le très-haut et puissant seigneur Henri-Gaspard de Stereinsberg venait demander à la prière et à la solitude le repos et le calme qu’il avait pu trouver dans le tumulte des cours et le fracas des armes.

« Ce n’était plus, dit l'abbé Vincent dans sa notice savante sur la ville de « Tain, le gentilhomme à la riche armure, au casque étincelant; il avait « laissé derrière lui la gloire et la fortune, il se faisait humble et petit.

« Nouvel anachorète, il demandait au travail des mains la subsistance de « chaque jour. Avec sa longue robe blanche, on eût dit une ombre, un « fantôme évoqué du tombeau et venant achever sur la terre une dernière « expiation.

« Trente ans il vécut ainsi et s’éteignit un jour dans le Seigneur, laissant « dans le pays une sainte renommée. »

Avant de mourir, dit la tradition, il avait laissé sur la terre habitée si longtemps par lui l’origine d’une fortune à venir.

IL avait fait la guerre en Terre sainte, et compagnon d'armes de Henri de Lusignan, devenu roi de Chypre, il avait rapporté de son voyage quelques-uns de ces plants qui ont rendu célèbre le vin de cette ile.

Ce sont ces plants qui, plus tard, cultivés avec soin, sont connus, m'assuret-on, sous le nom de la petite syra, et qui produisent les vins si renommés qui font la gloire de PHermitage.

La ville de Tain vécut longtemps sous la domination des barons de Tournon. Le dernier comte de Tournon mourut en 1644, laissant son apanage, ses terres et ses fiefs aux Lévis-Ventadour, d’où sortait sa mère.

Des Lévis, par le mariage d'Anne de Lévis avec Hercule Mériadec de Rohan, prince de Soubise, en 1694, Tain passa aux Soubise.

Puis enfin, en 1783, Charles de Rohan vendait la seigneurie de Tain à:

messire Jean-Antoine de Mure, seigneur de Larnage, d'Humilian et de la maison forte d'Erpieux.

La famille des seigneurs de Larnage habite encore la ville de Tain, et, après avoir perdu les anciennes prérogatives que lui a enlevées la révolution de 1789, elle a dù nous conserver pieusement celle qui consiste à faire dans le pays tout le bien qu’une charité religieuse et éclairée peut suggérer à des âmes généreuses.

Ainsi, à deux kilomètres de Tain, sur des terrains à eux appartenant, ils ont fondé, sous le nom d’asile des Teppes, une maison hospitalière destinée à soulager les personnes atteintes de ce mal épouvantable que l'on appelle l’épilepsie, en leur appliquant, sans rétribution aucune, l’efficace remède le gallèum, petite plante qui pousse au milieu des vignobles de Hermitage qui leur appartiennent encore, et que leur famille appliquait et distribuait depuis un temps immémorial.

Il y a des moments dans l’année où la distribution de ce précieux remède attire à Tain, de tous les côtés de la France et de l'étranger, de véritables et nombreux pélerinages.

Cent quarante malades à demeure, parmi lesquels un quart d’indigents, y trouvent les soins donnés par vingt-quatre sœurs de charité, un aumônier, un médecin et un pharmacien.

Aussi le nom de Larnage est-il des plus aimés et respectés dans le pays, et c’est justice.

C’est au clos de l’'Hermilage, qui appartient à cette famille, que nous avons été naturellement conduits à faire nos dévotions vinicoles; car je ne veux pas passer dans ce pays célèbre sans te dire comment s’y conduit notre chère vigne, l'objet de nos investigations cette année, comment on la travaille et ce qu’on en fait.

Ainsi que je te lai déjà dit, les coteaux sont très-escarpés ; les vignes, plantées par étages sur les rampes de ce coteau, exigent des soins particuliers et manuels qui, dans les vignobles bien aménagés comme ceux de la famille de Larnage, reviennent à environ mille francs l’hectare. Les charrettes et les charrues ne peuvent gravir les pentes; il faut donc notamment que le fumier destiné à la vigne soit porté à dos d'homme, et c’est un système de panier qui sert à cet usage, le même système étant employé aussi pour descendre la vendange que les femmes coupent à mesure dans leurs petits paniers.

La vendange, une fois coupée et rapportée aux pressoirs, est montée à bras d'homme au premier étage, où sont les cuves:

ss té si

Page 1