UNE VIEILLE CHRONIQUE DE VOUGEOT
En quittant Morey, on trouve Vougeot, et l’on contemple ce clos merveilleux et ces bâtiments que nous avons déjà parcourus avec le plus vif intérêt.
À ce sujet, M. Paul Guillemot nous raconte une légende dont il ne nous avait pas parlé dans notre dernier voyage :
« Lorsque l’abbé de Citeaux décida la construction du château actuel où se trouvent englobés les vieux celliers, il confia l'exécution des plans à un moine, de beaucoup de mérite comme architecte. Après un travail long et étudié, ce moine vint présenter à l’abbé son plan complet, exécuté avec tout le soin désirable, Il était fier de son œuvre et déclarait que ce plan réalisait ce qu’il y avait de plus parfait dans le style demandé, et ferait le plus grand honneur à la fois à l’auteur et à l’abbaye.
« L'abbé, pensif et sévère, prit le plan des mains du moine, en lui disant qu'il recevrait prochainement lavis du conseil.
« Un mois après, le moine fut appelé près de l’abbé-prieur de Citeaux. Le plan avait en effet été soumis au conseil, puis remis à un autre moine, qui, suivant Pordre supérieur, avait cruellement modifié le plan, brisant les lignes, torturant les escaliers, perçant des portes et des fenêtres mal à propos, semant l’œuvre de fautes nombreuses et grossières.
&— Mon fils, dit l'abbé en remettant ce plan au moine confondu, voici ‘otre plan ; vous allez le signer et l’exécuter ainsi, afin que, jusqu'aux temps les plus reculés, on voie votre nom attaché à cette œuvre, et que vous soyez ainsi puni à jamais de votre péché d’orgueil. »
Le pauvre moine fut forcé de signer le plan et de l’exécuter sous le contrôle implacable du chapitre. Il en mourut, dit-on, de frepentir, ou bien plutôt de chagrin.
Et c’est ainsi que l’on constate dans l'exécution du monument, trèscurieux et irès-piltoresque en dépit des précautions du sévère abbé, des fautes qui font l’ébahissement des architectes.
Le plan signé par le pauvre moine existe encore, dit-on, aux archives de l’ancienne abbaye de Citeaux, conservées à la Bibliothèque de Dijon.
La Romanée,