‹ La vigneChapitre 159 sur 176 · UNE VIEILLE CHRONIQUE DE VOUGEOT · texte numérisé non relu

UNE VIEILLE CHRONIQUE DE VOUGEOT

En quittant Morey, on trouve Vougeot, et l’on contemple ce clos merveilleux et ces bâtiments que nous avons déjà parcourus avec le plus vif intérêt.

À ce sujet, M. Paul Guillemot nous raconte une légende dont il ne nous avait pas parlé dans notre dernier voyage :

« Lorsque l’abbé de Citeaux décida la construction du château actuel où se trouvent englobés les vieux celliers, il confia l'exécution des plans à un moine, de beaucoup de mérite comme architecte. Après un travail long et étudié, ce moine vint présenter à l’abbé son plan complet, exécuté avec tout le soin désirable, Il était fier de son œuvre et déclarait que ce plan réalisait ce qu’il y avait de plus parfait dans le style demandé, et ferait le plus grand honneur à la fois à l’auteur et à l’abbaye.

« L'abbé, pensif et sévère, prit le plan des mains du moine, en lui disant qu'il recevrait prochainement lavis du conseil.

« Un mois après, le moine fut appelé près de l’abbé-prieur de Citeaux. Le plan avait en effet été soumis au conseil, puis remis à un autre moine, qui, suivant Pordre supérieur, avait cruellement modifié le plan, brisant les lignes, torturant les escaliers, perçant des portes et des fenêtres mal à propos, semant l’œuvre de fautes nombreuses et grossières.

&— Mon fils, dit l'abbé en remettant ce plan au moine confondu, voici ‘otre plan ; vous allez le signer et l’exécuter ainsi, afin que, jusqu'aux temps les plus reculés, on voie votre nom attaché à cette œuvre, et que vous soyez ainsi puni à jamais de votre péché d’orgueil. »

Le pauvre moine fut forcé de signer le plan et de l’exécuter sous le contrôle implacable du chapitre. Il en mourut, dit-on, de frepentir, ou bien plutôt de chagrin.

Et c’est ainsi que l’on constate dans l'exécution du monument, trèscurieux et irès-piltoresque en dépit des précautions du sévère abbé, des fautes qui font l’ébahissement des architectes.

Le plan signé par le pauvre moine existe encore, dit-on, aux archives de l’ancienne abbaye de Citeaux, conservées à la Bibliothèque de Dijon.

La Romanée,

Page 1