‹ La vigneChapitre 167 sur 176 · É 4 FE EP · texte numérisé non relu

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Vinum Belnense sine more recense.

CE que l’on ne saurait nier, c’est la célébrité des vins de la côte de Beaune, qui, d’après fous les documents, a précédé de beaucoup celle des autres climats de la Côte-d'Or.

Grégoire de Tours, au sixième siècle, les comparait au falerne.

Pétrarque attribue, en 1366, aux vins de Bourgogne l'obstination des cardinaux de ne pas retourner à Rome. « C’est, dit-il, qu’en Italie il n'ya « point de vin de Beaune, et qu'ils ne croient pas même une vie heureuse « sans celle liqueur; ils regardent ce vin comme un second élément et « comme le nectar des dieux. »

Érasme, dans ses lettres, attribue notamment aux vins de Beaune la guérison de maux d'estomac, et en célèbre l’excellence.

Il voulut même s’établir en France, non pour y commander des armées, mais pour boire du vin de Beaune.

« O heureuse Bourgogne! ajoutait-il alors, qui mérite d’être appelée la « mère des hommes, puisqu'elle leur fournit de ses mamelles un si bon « lait! »

Sous Louis XIV, le médecin Fagon ayant prescrit au Roi, malade, les grands vins de Bourgogne, représentés par les vins de Beaune et de Romanée, de préférence aux vins rouges de Champagne, ce fut un médecin de Beaune, Hugon de Salnis, qui soutint une polémique ardente avec Lepescheur,

médecin de Reims, lequel tenait pour l’ay et le bouzy, et fut vaincu par son confrère, au dire des juges et appréciateurs du temps.

À Paris, depuis longues années, le vin de Beaune était célèbre. Voici les couplets que lon chantait alors au vieux temps chez les joyeux tavermiers et dans les cabarets à la mode :

Si j'avais le gosier large de cinq cents aunes, Et que la Seine fût de ce bon vin de Beaune, Je m'en irais dessous le pont, Je m'étendrais tout de mon long, Et je ferais descendre...

La Seine dans mon ventre!

Si le grand roi Henri voulait me le défendre, Et que dessous le pont m’empêchät de m'étendre, Je lui dirais : « Grand roi Henri, Je vous abandonne Paris, Paris et Vincennes...

Mais laissez-moi la Seine! »

A Beaune vivaient jadis des moines de toute espèce, et les vieux monastères se rencontrent à chaque pas.

Dans un si bon pays, au ciel si clément, au vin si généreux, pourquoi leur reprocher de ne pas prendre leur part aux bienfaits du Créateur? Les templiers, les cordeliers et autres moines rabelaisiens ne s’en faisaient pas faute, suivant le proverbe bourguignon. Voici, du reste, une vieille chanson, que j'ai entendu chanter pieusement au dessert, en un festin de bons vivants, à Beaune :

Boire en templier, c'est boire à plein gosier; Boire en cordelier, c’est vuider le cellier!

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