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LÉGENDE DE LA MAISON GUADET ET DES ENVIRONS

LE 2 juin 1793, les Girondins, vaincus par les radicaux du temps, avaient été rejetés du sein de la Convention, proscrits et condamnés à mort.

Les députés girondins Buzot, Barbaroux, Pétion, Louvet, Salle, Valazé, Guadet, traqués de tous côtés par Tallien et les comités révolutionnaires de la Réole

et de Bordeaux, trouvèrent asile dans cette maison de madame Bouquet. |

C'était une grotte creusée dans-le roc, et à laquelle on ne pouvait parvenir qu’en se laissant glisser dans un puits jusqu’à la distance de dix mètres environ.

C'est dans celte retraite sombre, privée d'air et de lumière, que les malheureux proscrits vécurent pendant sept mois cachés à tous les yeux, et que Louvet écrivit ses Mémoires.

« Ces denrées étaient rares, raconte Louvet, madame Bouquet ne pouvant « se procurer qu'une livre de pain par jour. Pour ne pas déjeuner, on ne se « levait qu'à midi; une soupe aux légumes faisait tout le diner ; à l'entrée de « la nuit, nous quittions doucement notre prison volontaire, nous nous ras- « semblions auprès, d'elle. Tantôt un morceau de bœuf à grand’peine obtenu « à la boucherie, tantôt une pièce de basse-cour bientôt épuisée, quelques œufs, quelques légumes, un peu de lait composaient le souper dont elle s’obstinait à ne prendre qu’un peu pour nous en laisser davantage. Elle était

« au milieu de nous comme une mère environnée de ses enfants pour lesquels « elle se sacrifie. »

Le dévouement de cette courageuse femme ne put parvenir à sauver les malheureux députés; il leur fallut un jour quitter leur retraite devenue impossible. Salle, Guadet et Barbaroux périrent sur l’échafaud, à Bordeaux ; les autres, traqués sans pitié dans la campagne, furent trouvés dans un champ de bié morts de fatigue ou de faim et à moitié dévorés par les loups.

Madame Bouquet, Guadet père, son plus jeune fils et toute la famille furent arrêtés, conduits devant le tribunal révolutionnaire de Bordeaux, condamnés et exécutés.

Telle est la légende terrible de Saint-Émilion et de la maison où se réunit le comice agricole et vinicole de l'endroit.

Les Frères de l’école chrétienne ont fait pratiquer un escalier qui permet aux visiteurs de descendre dans ce souterrain illustré par le séjour de ces malheureuses victimes des excès révolutionnaires, sans passer, comme le fai-

Ed

= — » a & Barret

saient les pauvres Girondins, par le puits, en s’aidant de la corde de descente. On montre le coin affectionné par Louvet, où il écrivit son Mémoire à la clarté d’une petite lampe, devenue depuis la propriété d’un riche étranger, possesseur actuel de ce fameux manuscrit, et aussi de la plume qui servit, dit-on, au charmant conteur lorsqu'il écrivit dans un excès de jeunesse les

Mémoires de Faublas.

C'est là qu’on est venu nous annoncer que ces messieurs du comice étaient servis, et c’est de cet endroit où les angoisses de toute sorte, le jeûne et la faim avaient élu si longtemps domicile, que l’on nous a conduits à la salle-du banquet, où tout était à profusion : victuailles, légumes, fruits, et surtout la réunion la plus complète de ce que la région environnante produit en vins de plus délicat, de meilleur et de mieux réussi.

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