‹ La vigneChapitre 36 sur 176 · HISTOIRE ET LÉGENDE · texte numérisé non relu

HISTOIRE ET LÉGENDE

Sarnr Émilion est un grand saint, à ce que dit l’histoire.

I fut aussi un homme de goût, à ce que disent les gens du pays : la preuve, c’est que, né à Vannes, en Bretagne, dans ces pays abandonnés du soleil où il ne se boit que ces tristes etaigres liqueurs connues sous le nom de cidre ou poiré, il est venu vivre et

mourir dans ces heureuses contrées arrosées par la Gironde et la Dordogne, où les vins les plus généreux mürissent pour la joie et le bienêtre de Phumanité,

Saint Émilion était de l’ordre de Saint-Benoît,

Or, il est à remarquer que les dons les plus précieux offerts par le Créateur au bon pays de France ont été presque partout mis en œuvre et en lumière par des religieux. La Bourgogne a dû ses vignobles et ses vins les plus célèbres aux moines de Citeaux; c’est aux moines de l’ordre de Saint- Bernard qu’est due l'excellence du clos-vougeot et du romanée.

Il semble que ces utiles et agréables religieux aient pris à tâche, en même temps qu'ils conservaient, en présence des barbares dévastateurs, le dépôt des sciences et des lettres, de conserver aussi et d'améliorer, ad majorem Dei gloriam, ce que chaque région devait à la générosité de la Providence.

La légende de saint Émilion raconte donc qu'il naquit à Vannes et fut élevé par ses parents, humbles artisans, dans la pratique de toutes les vertus chrétiennes.

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Sa charité, sa profonde et religieuse sympathie pour les pauvres était tout d’abord le caractère principal de sa personne.

Entré en qualité de serviteur'dans la maison du comte de la Ville, il fut un jour accusé d’user, aux dépens de son maître, de trop de libéralité envers les indigents.

Ce jour-là, suivant sa coutume, il allait distribuer des petits pains qu'il dissimulait sous son vêtement; tout à coup le comte l’aborde et lui demande avec colère ce qu’il porte là.

— C’est, répond Émilion, du bois destiné à réchauffer les malheureux. |

Et, en effet, écarlant ses vêtements, il se trouva qu’il y avait là seulement quelques morceaux de bois.

Puis, au moment où le saint homme se disposait à distribuer ce bois, le bois reprit sa forme primitive et redevint pain.

Un tel miracle ne pouvait rester ignoré. Le comte lui-même, forcé de faire ainsi l’aumône malgré lui, fut pris d’admiration. Tout le pays, instruit des vertus bénies par le ciel de ce saint personnage, vint l’entourer avec tant de ferveur et d'empressement qu’il résolut, pour fuir tant d'honneur, de se réfugier dans un cloître.

Ce fut en Saintonge qu’il s’arrêta, dans un monastère de l’ordre de Saint- Benoît. L'abbé du monastère le retint près de lui et lui fit prendre lhabit de son ordre. Là encore un miracle signala, dit la légende, la vertu de saint

Émilion. Il avait reçu l'office de cellerier, et devait pourvoir aux provisions de bouche.

Il s’acquittait si merveilleusement des soins de sa charge, que les autres frères devinrent jaloux de lui, et, afin de le faire tomber en défaut, ils lui enlevèrent un jour secrètement les instruments qui servaient à cuire le pain.

Le saint homme, comptant sur la protection de Dieu, ne se déconcerta pas pour si peu; il entra résolûment dans le four brûlant, y disposa les pains de sa main que rien ne garantissait, et n’éprouva du feu aucune atteinte.

Émilion ne séjourna pas longtemps au monastère. Il voulait se retirer dans une forêt loin des hommes et dans la seule contemplation de Dieu.

Il vint alors dans la forêt appelée a Cumbis.

On voit encore aujourd’hui la grotte dans laquelle vécut saint Émilion. Elle se trouve maintenant au centre de la ville, vers le fond d’une sorte de vallon formé par la déclivité des deux collines sur lesquelles la ville est bâtie.

La réputation de sa sainteté se répandit dans tout le pays, et Dieu lui accorda la faveur de faire de nouveaux miracles et de guérir des aveugles et des paralytiques.

De tous côtés, on venait recourir à lui pour toutes sortes de consultations, entre autres pour celles de l’agriculture, et des soins à donner aux vignes, qui, célébrées déjà par le poëte-consul Ausone, qui habitait dans ce pays, devinrent de plus en plus, par ses judicieux avis et préceptes, un élément de richesses et de bien-être pour les habitants.

L’oratoire creusé par les mains d'Émilion, dans une caverne de la montagne, devint sans doute la vaste église souterraine qui existe aujourd'hui, et que l’on a regardée comme la plus singulière de France et comme unique au monde.

Saint Émilion, qui mourut en 767, avait donc fondé là un monastère suivant la règle de Saint-Benoît. Autour du monastère s’élevèrent des maisons, des fermes, des celliers, des chapelles et des églises. Cet ensemble forma l’intéressante et curieuse ville de Saint-Émilion.

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Saint-Émilion devint donc une ville abbatiale, obligée de se garantir des incursions des voisins et des déprédations, soit des Sarrasins, soit des Normands, soit des Anglais, soit des Français. Elle était ville forte, entourée de murs épais et de fossés profonds, qui maintenant ne sont plus que des ruines majestueuses et à grand caractère.

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