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LA CHAPELLE DES CORDELIERS

Vers l'an 1200, la commune de Saint-Émilion s'était organisée et était légalement reconnue. Ville fortifiée, elle passait pour fort importante à conserver aux yeux des ducs d'Aquitaine, des rois d'Angleterre et des rois de France.

Les différentes guerres qui se succédèrent entre les puissances rivales, et dont Saint-Émilion était alternativement la proie, eurent pour résultat principal de détruire ses défenses et fortifications, et d’en faire peu à peu les ruines que l'on admire maintenant, Les guerres religieuses du seizième siècle contribuèrent sans doute encore plus à cette transformation pittoresque, en dévastant les monastères, églises et chapelles qui avaient poussé sur le sol de Saint-Émilion , plus peut-être que partout ailleurs.

Ce qu’il y a de certain, c’est que ces ruines sont une véritable parure pour

le pays, et qu’elles méritent de tout point les visites réitérées des voyageurs et des artistes.

Au milieu de tous ces bouleversements sociaux et du cataclysme des politiques et des pierres de toute sorte, la vigne, dans son insouciance philosophique, avait continué à pousser ses sarments et à faire mürir ses raisins au fécond soleil d'Aquitaine.

Les Saint-Émilionnais sont fiers de l'antiquité de leurs crus. Ausone, qui fut consul et surtout qui fut poëte, était né à Bordeaux en 309, et, après avoir fourni une éclatante carrière politique, vint se retirer dans le pays de Saint-Émilion, où il écrivit ses poésies, qui le firent plus connaître que son consulat, et où il mourut en 394.

On montre encore dans le pays la propriété où vécut et mourut Ausone.

Il écrivait à son ami Théon :

Unus domnotoni te littore proferet æstus Condatum ad portum, si modo deproperes.

Invenies præsto subjuncta petorita mulis :

Villa lucani mox potieris aco.

(Aus., Epist. IV Theoni.)

Et l’ancien consul célébrait dans ses vers, la coupe en main, la douce et chaude liqueur du pays, comme son illustre prédécesseur Horace chantait le falerne et le cécube récoltés sous le consulat de Manlius. Ausone récoltait

lui-même des vins qui figurèrent avec honneur sur la table des empereurs romains, notamment de l’empereur Gratien, dont il avait été le précepteur et l’ami.

La vigne était donc en produit et en honneur en ces temps déjà si reculés. On n’a fait depuis qu’en perfectionner la culture. Les rois d'Angleterre Édouard II et Édouard III, suivant de vieux récits, avaient beaucoup d’estime pour ces vins; et les rois de France Charles VIE, Louis XII, François F* et Louis XIV réclamèrent leur présence à leur table royale.

On a conservé le souvenir du cardinal-évêque de Bordeaux Descoubleau de Sourdis, qui, de visite à Saint-Émilion pour la célébration des fêtes de Pâques, recevant l'hommage des jurats de la ville qui lui offraient des vins du cru, se leva, tira son chapeau, en disant :

— Je te salue, à roi des vins!

Pour un archevêque de Bordeaux, qui devait, par état et conscience, connaître et protéger en qualité d’administrés les grands crus du Médoc et du Sauterne, C'était roide. Aussi celte exclamation du prélat fut pieusement recueillie par les gens du pays et dut être profondément contestée par ceux des régions voisines.

Toujours est-il que l’antagonisme s’est accusé de plus en plus entre les Saint-Émilionnais et les autres producteurs de la Gironde,

Les Bordelais n’ont pas voulu consentir à faire figurer les vins de Saint- Émilion sous la dénomination générale de vins de Bordeaux, à quoi ceux de Saint-Émilion ont répondu en faisant héroïquement bande à part à l'Exposition universelle de 1867, et en conquérant la médaille d’or réservée aux grands vins reconnus de premier ordre.

Voici, du reste, la liste des trente-six Girondins qui se sont partagé celte

médaille :

Modo vs: 4 207 19% S. Exec. le président Troplong. LAAnnogle. . à: acces Requier, conservateur des hypothèques. AUBONE :. |. ..4 - + 1 » . Cantenat, propriétaire. BazesranD LA ToNxELLE. . . Du Courrech, propriétaire. BEAUSÉJOUR. . : . . + + « . Ducarpe junior, propriétaire. BéLaim, anciencrudeCanozzE Baron de Marignan, propriétaire. BELLEUUR . . . . . . «+ « - Gaston Lacaze, propriétaire.

Chou Hard ne Piola (Albert), propriétaire.

CR LL . . Duperrieu, propriétaire.

CR - . Bon (Justin), propriétaire.

Cansti ""en". : . + . . Comte de Bonneval, docteur-médecin.

La Canon... : . .. Martineau, propriétaire.

Cuareuie-MaDELEINE. . . . Bon Barat, propriétaire.

CLos Fourrer . . . . . . . Leperche (Émile), propriétaire.

LA CEE, à, . Thibeaud (Amédée), propriétaire.

CoTE-BaLEAU. . . . . . . . Le commandant Coste-Cotty, propriétaire.

La CousPAUDE . . . . . . . Le commandant Lolliot, propriétaire.

DAvGAT . OR. : . . Alezais, propriétaire.

FOMPLÉGADE . . . . . . . . Comtesse de Galard, propriétaire.

Gaumeare Sie, LT 4. Corre, propriétaire.

Les Granpes-Muraizzes. . . Malen, commissaire de surveillance administrative à la gare.

DO Ra Ducasse, propriétaire.

La MADELEINE . . . . . . . Domecq-Cazaux, propriétaire.

Re Pigasse (Adolphe) , docteur-médecin.

PENÉENRSTOU.. ….. , . . . . Comtt Léo de Malet-Roquefort, propriétaire.

PINPOELLRS S. .. . d. . Fayard, propriétaire.

Pure... . . . Chapus, propriétaire.

ee nn. Ducarpe l'aîné, propriétaire.

Sanpes. . . . . . . ….. . . Comte de Carles, propriétaire.

DO LS nn. Madame Barry-Berthomieux d’Allard, propriétaire.

SAINT-GEORGES. . . . . . . Gourssies (Henri), propriétaire.

SAINT-JULIEN. . . . . . . . Lacombe-Guadet, propriétaire.

Les Trois-Mourins . . . . . Duplessis-Fourcaud, propriétaire.

TROTEVIEILLE . . . . . . . Isambert (Georges) , propriétaire.

EANNERET RÉ :. , Marquis Maurice de Rochefort-Lavie, propriétaire, représenté par M. Paul Boisard, maire.

FomprauGe. . . .". . . . . Ferdinand de Taffard Saint-Germain, propriétaire,

PEAR NE Dr, Fornerod de Mons, propriétaire.

Le médoc n’a pas été converti pour cela. Il persiste à considérer le saint-émilion à peu près de la même façon qu'un gros banquier considère un coulissier de la Bourse, ou qu'une duchesse de vieille race regarde pardessus l’épaule la femme d’un gros banquier.

Le saint-émilion est furieux, mais il ne se contente pas de lever les épaules et d’élever ses prix!

— Médoc, mon ami, lui dit-il, grand bien vous fasse! vous avez du bouquet, c’est vrai, de la finesse et quelque moelleux, c’est encore vrai, mais pas de chaleur, pas de force, pas de vertu. Votre succès est un succès de mode. La mode passera. Le vrai vin, le vrai vin français, c’est le vin de Bourgogne ; malgré toute votre vanité, vous ne sauriez le contester. Nous autres, plus humbles, nous lui rendons hommage. Notre vin, à nous, réunit

le bouquet, la finesse, le moelleux du bordelais, au corsé, au vigoureux, à la

chaleur du bourgogne; nous sommes la résultante des deux qualités rivales, nous sommes la Bourgogne du Bordelais! Vive la France !

Mais le médoc reste impassible dans sa dignité.

— Mais, disent ceux de Saint-Émilion, l'amateur intelligent et homme de goût sourit et applaudit dans son for intérieur au verre de vin délicat et savoureux qu’on lui soumet, qu'il soit de Léoville ou du eru Cadet, de Saint-Julien ou de Pommerol, ou du Cheval blanc. Ceux qui ne s’y connaissent pas se fient à l'étiquette et au bouchon. C’est la foi qui sauve.

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Château des Tours (Ch. Azevedo).

Château des Tours, 1°* octobre 1876.

LE château des Tours est une des habitations les plus intéressantes, les plus réussies et les plus opulentes de cet aimable coin de la France; habitation construite dans le style du treizième siècle, avec des compléments et des raccords dans le style de la Renaissance : une cour d'honneur large,

Château des Tours (cour d'entrée).

bien décorée, fermée de portiques à l'italienne; des tours crénelées et des fossés qui entourent le château tout entier; le tout planté à mi-côte, et dominant de larges pelouses accidentées, semées de bouquets de bois pitto-

resques, avec un encadrement de vieux chênes, vieux châtaigniers et vieilles futaies. Dans le bas, un cours d’eau qui serpente à travers les roseaux, sous l'ombrage de grands arbres; à l'horizon, les coteaux de la Dordogne qui s’échelonnent derrière les flèches, les arceaux et les murs en ruine de Saint- Émilion.

C’est admirable comme vue, comme situation et comme disposition. Charmant accueil, châtelains des plus aimables; jolis bébés courant gaiement par les allées ombreuses ou sur les gazons fleuris ; beaux chevaux, attelages soignés, voitures élégantes pour courir le pays. C’est complet |

Du château et du pare, qui s'étend au loin et se perd dans la verdure du vallon, rien ne révèle l’exploitation vinicole, et cependant cette exploitation se fait là dans une vaste proportion, et avec de très-heureux résultats comme qualité et comme quantité.

Derrière le rideau des grands arbres se dressent les celliers aménagés avec le plus grand soin, les chais bondés de pièces de vin, les pressoirs et les foudres préparés pour recevoir les vendanges; les écuries pour les chevaux et les bœufs, les hangars pour les chariots, les charrues et tout loutillage des vignerons.

Puis, se prolongeant à perte de vue, les champs plantés de vignes espacées régulièrement qui se dressent à cinq ou six pieds de haut, soutenues par les échalas que l’on nomme ici, me dit-on, des carassons.

Chaque pied de vigne, vers le bas du cep, à l’endroit où s’agrafent les branches et les pousses de lan, est entouré comme d’une ceinture de rudes grappes de ce noir-bleu velouté qui indique la maturité imminente et la vendange prochaine.

Nous admirons cette richesse de production.

— Regardez par ici, nous dit notre hôte en soupirant.

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