LUTTE TT
Cuves au rez-de-chaussée (château d'Issan).
ment frottées à l’intérieur de fine eau-de-vie. À mesure qu’une cuve est remplie, le pressoir mobile se déplace et passe à une autre.
Ainsi se trouve économisé le travail long et fatigant, demandant un personnel nombreux, qui consiste à transporter du pressoir aux grandes cuves, en montant péniblement sur des échelles, le jus que l’on veut obtenir. ÉLeTE
LS
- Propreté, célérité, économie de personnel et de manutention, tout se trouve donc réuni dans cette combinaison nouvelle.
Ainsi se fait le premier grand vin. Quand, suivant la température qui règne ou le caractère particulier de l’année, la fermentation est venue agir un
temps déterminé, qui varie de cinq à dix jours, on décuve, suivant l’expression reçue.
C'est-à-dire que l’on reçoit, dans des tonneaux placés sur un petit chariot et munis d’une sorte d’entonnoir qui épouse la forme du tonneau, une part semblable du liquide contenu dans chaque cuve, calculée de façon à rendre le vin égal, chaque cuve ayant reçu successivement le résultat de la vendange
de certaines pièces de terre dont la nature est différente de certaines autres.
Ce mélange successif a pour résultat certain de donner de l’uniformité à Ja récolte tout entière.
Cette opération terminée, à l’aide des grues et des palans on remonte les résidus et on les presse à nouveau, procédant comme en premier lieu pour remplir nouvellement les cuves du rez-de-chaussée.
C’est ainsi qu’on oblient le second vin.
La décuvaison se fait ensuite comme la première fois. Le vin ainsi obtenu est placé dans les chais aménagés avec le plus grand soin qui sont voisins du. pressoir.
Une fois arrivé à ce degré, le vin se soigne suivant la coutume du Médoc, avec les précautions et la sollicitude usitées partout ailleurs quand il est question de crus recherchés.
Le vin placé bonde dessus est ouillé de même vin à mesure que l’évapora= tion établit un vide dans le tonneau, puis on le décante, on le transvase, on le laisse dormir et livré à ses réflexions en le mettant bonde de côté, c’est: à-dire étant assez fait pour se passer des soins maternels du tonnelier.
Puis enfin, quand il est tout à fait grand garçon et qu’on peut l'envoyer
AU CHATEAU D'ISSAN. 277
faire son tour du monde sans crainte de faiblesse ou de sottises, on le laisse partir dans son tonneau, à moins qu’on ne préfère, ce qui est plus authentique à la fois et plus sûr pour le consommateur, le mettre dans des bouteilles marquées du sceau de la maison, bouchées précieusement avec des bouchons estampés de la même marque, le tout contenu dans des caisses ad hoc. La chose ainsi préparée, on est sans d'inquiétude pour l'avenir de l’enfant, qui n’a plus qu’à faire ses visites requm mensis arisque deorum, et à recevoir des félicitations sur la route.
Voici d’un bout à l’autre la fabrication telle que l’a merveilleusement combinée M. Roy, laimable et savant propriétaire de ce cru, jusqu'ici enrégimenté dans la troupe du Médoc seulement au troisième rang. Le général X..…., avec lequel nous passions dernièrement une consciencieuse revue, prétendait qu’il avait droit à l'avancement, à la faveur et à l’ancienneté.
En tout cas, l’exemple donné par M. Roy commence à être suivi au point de vue de la fabrication, et il est à croire que, au fur et à mesure que les vieux engins seront frappés de décrépitude, ils seront remplacés successivement par l'outillage nouveau si bien aménagé par le propriétaire du château
d’Issan.
Si vous avez jamais la satisfaction de visiter ce château, si curieux à tous les litres, vous serez tout d’abord charmé du séduisant accueil réservé aux visiteurs et des observations utiles qu’il vous sera donné de faire.
Puis, quand vous aurez la bonne fortune de vous asseoir à la table
des Roy
requm mensis,
comme disent les armes parlantes du vieux château , et qu’on vous servira du premier grand vin des bonnes années récolté au château d’Issan, vous verrez que ses qualités tout à fait supérieures ne sont pas dues à l'usage invétéré des vieux et encombrants procédés, et que l’on peut, grâce aux procédés nou-
veaux, diminuer la somme du travail de homme et par conséquent des frais nécessaires, tout en conservant non-seulement, mais encore en améliorant les qualités éminentes du produit.
Bien à vous, mon cher Christian.
Avez-vous vu le Chambertin, et le Musigny, et le Beaune?
Allez donc vite les voir, et dites-leur mille choses gracieuses de ma part. |
J'attends votre prochaine lettre.
Votre
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Château Haut-Breton Larigaudière (Landau