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CE QUE C’EST QU’UN CRU BOURGEOIS

En revenant à Bordeaux pour visiter ce précieux coin de terre de Pessac, qui est pour ainsi dire un faubourg de Bordeaux, quelque chose comme Auteuil est à Paris, et pour y être promené dans le grand cru si recommandable de Hautbrion , j'ai retrouvé M. Landau, cet aimable quide qui m'avait si bien montré sous toutes ses faces vinicoles cette belle et séduisante capitale du pays girondin.

— Maintenant, dit-il, avant que vous ayez vu tous les sommets, je tiens à vous montrer aussi les collines. Nous autres, nous ne sommes pas les grands seigneurs; plus modestes, nous sommes ce que lon apelle ici les grands bourgeois.

Invoquer les principes modernes de légalité pour prétendre que nous valons les Laffitte, les Hautbrion, les Latour et les Château-Margaux, ce serait montrer une audace que nous wavons ni ne voulons avoir, Mais il ne nous est pas défendu de faire constater notre valeur personnelle, et de prétendre que les vieilles classifications, qui datent de plus d’un siècle, pourraient

parfois être utilement revisées, si l’occasion et la nécessité s’en présentaient un jour.

D'ailleurs, n’estil pas utile de laisser germer dans les esprits cet espoir qui tend à piquer l’émulation des propriétaires viticulteurs et à amener des améliorations de toute sorte qui profitent aux consommateurs et au véritable public?

Allons donc, si vous voulez bien, voir le château Haut-Breton Larigaudière ; vous verrez ce que c’est qu'un cru bourgeois, et vous verrez en même temps nos vendanges.

— Allons, et de grand cœur, avons-nous répondu.

Et nous sommes partis.

— Pourvu que le temps ne nous amène pas un peu de pluie, comme dernièrement, et que le raisin ne se mette pas à pourrir! disait mon hôte en jetant un regard inquiet sur quelques nuages échelonnés à l’horizon.

Sur le chemin de fer du Médoc, immédiatement après la station de Margaux, entre Margaux et Saint-Julien, si célèbres tous deux pour les plus grands crus du Médoc, se trouve Soussans. C’est là qu’on s'arrête.

Une victoria, attelée d’un beau cheval correctement conduit, vous mène en quelques tours de roues au château, basé à mi-côte, couronné et entouré de grands arbres à ombrages touffus. Pour entrer dans la grande cour, la voiture décrit un large arc de cercle et nous conduit au perron.

Un délicieux bouquet d’enfants gracieux, aux yeux noirs et veloutés, aux

cheveux bouclés et d’un brun puissant, se forme immédiatement autour de nous. Quel charmant échantillon de ce bon pays! Toute une gamme privilé- “giée, depuis le petit bébé qui sourit au sein de sa mère, jusqu'aux belles et

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