CE QUE C'EST QU'UN CRU BOURGEOIS
Nous visitons les écuries, les celliers, les chais et les cuviers. Tout est bien disposé, combiné avec un soin pratique et une méthode parfaite. Cela n’esl pas grand comme dans les vastes propriétés, mais tout est habilement conçu dans la mesure qui convient. Les vignes sont à portée du château, qu’elles entourent de toutes parts, moins Île pare aux grands arbres et les pelouses qui s'étendent derrière l'habitation. Un puits artésien abondant a fourni Peau qui faisait défaut, et vient donner de la force aux ombrages et dé la verdure aux gazons.
Les vignes sont vigoureuses, bien disposées sur leurs cavassons, propres, vivantes, labourées avec soin. On comprend que l'œil du maitre est souvent là, plus perspicace à coup sûr que l'œil de l'amant, quoi qu’en dise le bon la Fontaine; les ceps sont richement garnis à la base, et le hideux phylloxera n’est pas, évidemment, venu s’abattre en dévastateur sur leurs racines.
Le malin, vendangeurs et vendangeuses sont à leur poste ; les char-
rettes, attelées de vigoureux chevaux, attendent dans les contre-allées :
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l'opération se passe sous l'œil vigilant des maîtres de la maison, avec le soin le plus attentif. Comme dans les plus vastes châteaux, on égrappe, on écrase le raisin dans le pressoir, et l’on porte le jus et le moût dans les cuves.
Quand vient le soir, la légendaire soupe au bœuf et aux choux, née sous Pœil de la maitresse du logis, remplit les marmites. Puis, après le repas du Soir, vendangeurs et vendangeuses dansent au son du flageolet ou du violon, Pour recommencer le lendemain.
En quatre ou cinq jours, les soixante ou quatre-vingts vendangeurs ont terminé leur tâche, et sont partis pour plaire à de nouveaux climats.
__ Cest maintenant, me dit M. Landau, à l’homme pratique de faire ce qui convient pour que la récolte acquière son summum de réussite.
Vous comprenez bien que le soleil, pour nous, est le même que celui qui brille au Château-Margaux, à une demi-heure d'ici, au Château-Rauzan, au Château-Palmer, au Château-Laffitte, à Mouton, ete , etc., qui sont à une heure ou deux heures au plus de chez nous; les terrains sont les mêmes, l'exposition se ressemble, nous avons planté les mêmes cépages, et nous les cultivons avec le même amour.
Cläteau-Palmer, troisième grand cru (Madame Rhoné Pereire).
Les produits diffèrent, je le veux bien. Pourquoi? Un secret, une influence magnétique inconnue lie-t-elle plus harmonieusement ensemble les produits de ces divers cépages, que nous cherchons, nous aussi, à harmoniser égale- | ment, mais sans pouvoir y réussir complétement ?
Cela est possible; peut-être surprendrons-nous un jour ce mystère. Les grandes qualités assorties de chaque cépage sont pour quelque chose sans doute dans le succès général, et cela seul permet probablement de dégager … les effluves mystérieuses qui font la fortune des grands crus, car il est + jusqu'ici sans exemple, dans nos contrées, qu'un cru de pelite dimension donne des produits supérieurs. |
Ce qui est certain, C’est que dans les années mauvaises {ous les vins du ; Médoc, les grands crus compris, sont plus que médiocres, et que, dans les. grandes années, tous les vins du Médoc sont bons.
Nous avons eu des années remarquables au Château-Haut-Breton, et il me tiendra pas à moi, je vous le promets, qu'avec la surveillance, le soin et la