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Les cuves de Hautbrion.
celliers aux cuves antiques recouvertes de couvercles à charnières comme nous n’en avons pas vu ailleurs, qui se lèvent et s’abaissent à la façon des vieilles chopes flamandes.
Le vieux système est resté en vigueur dans le cellier de Hautbrion, et lon y à conservé religieusement les vieux engins et les vieilles méthodes. Le vin n’en est pas plus mauvais pour cela.
Une admirable croupe de terrain, entourée de murs, contient tout le précieux vignoble, c’est-à-dire cinquante hectares plantés de vieux ceps aménagés par cépages variés, en quantité calculée pour donner au vin ce goût, cet arome fin, délicat et bouqueté qui le caractérisent.
— Et le phylloxera?
— Le phylloxera, nous répondit M. Larrieu, nous ne savons pas ce que c’est. Il n’ose pas se présenter ici; si jamais il osait, nous lui montrerions ce que nous savons faire; mais il n’osera pas.
En elfet, le jeune M. Larrieu est un brave; nous l'avons vu avec plaisir,
pendant le temps de la guerre et du siége, lui Bordelais, revêtu du costume de garde national comme nous à Paris, faisant de son mieux son service aux fortifications. Et nous n’avons pas perdu le souvenir de ces bonnes bouteilles de hautbrion qu’il avait conservées derrière les fagots, et qu’il nous faisait boire de temps en temps à la table de l’excellent amiral du sixième secteur, à la Muette. C'était nous faire oublier un instant les côtelettes de chien, le pain de suie, les biftecks de cheval, et noyer agréablement nos tristesses. C'était bien bon!
Maintenant, M. Larrieu à quitté pour jamais, je l'espère, son costume de garde national. Il est en pékin comme nous tous, et en viticulteur comme les autres ; il nous a promenés aimablement partout, dans son pare charmant qui est le superflu et la parure aimable du vignoble, sur les croupes magnifiquement exposées qui en sont la richesse, dans les celliers où se porte la récolte, dans les chais où elle se soigne et se conserve.
Tout le monde nécessaire pour la culture de la vigne, il la sous la main et dans la propriété même. Reste la question de la vendange, pour laquelle il est indispensable de recourir à des mains étrangères.
— Etc’est là ce qu'il y a de plus fâcheux, nous disait-il. Le chœur des ven dangeurs n’a rien de commun avec les chœurs classiques de l'Opéra ou de l'Opéra-Comique.
Si près de Bordeaux que nous sommes, j'avais toujours vu ces chœurs bideusement composés de ce qu’il y a de plus voyou, de-plus sale et de plus repoussant, hommes, femmes ou enfants, dans les rôdeurs ou rôdeuses de la ville. Propos grossiers, paroles licencieuses, chansons abjectes, cela faisait un ensemble à dégoûter positivement du vin à l'avenir.
Comme je ne pense pas à la députation, j'ai préféré me priver de Passiss tance écœurante de cette bande d’électeurs.
Et j'ai trouvé un moyen qui concilie heureusement les choses.
Je ne sais si c’est le souvenir de mes exploits en temps de siége à Paris, ou la contemplation des effets dus à la force de l’obéissance et de la disciplines. mais j’ai conçu le respect le plus profond pour ces deux forces sociales: |
CHATEAU-HAUTBRION. 307
Le régime de la liberté et de la fantaisie est un régime idiot, surtout au point de vue de ce qui m'occupe, la vendange. Les gens indisciplinés qui vont et qui viennent à leur gré, qui n’obéissent à aucune règle, qui mangent mon raisin ou le gaspillent, ne sauraient me convenir.
Ce qu’il me faut, comme du reste il le faut partout, c’est l’obéissance réfléchie ou non d’une majorité intelligente ou non à une minorité intelligente et douée de volonté.
J'ai trouvé tout cela ici.
Les Frères, dits ignorantins, ont (out près d’ici une école très-suivie et qui produit de bons élèves. Quand arrivent les vendanges, Je vais trouver le directeur. — Voici ce qu’il me faut, lui dis-je : centélèves avec leurs maitres, un maitre pour une douzaine d'élèves. Je payerai ce que je payerais à ceux qui vendangeaient jadis à notre vignoble. Ce sera pour vos pauvres, vos bonnes œuvres, ou pour les parents de vos élèves indigents, à votre choix.
Ils acceptent; c’est une partie de plaisir même pour les maîtres, et pour les enfants une vacance et un congé agréables : ils marchent en rang sous l'œil de leurs chefs comme des troupiers à la parade. Ils font les choses vivement comme un devoir, et non pas comme un pensum, avec entrain et bonne humeur, et mangent trois fois moins de ‘raisin que les autres, parce qu’ils sont surveillés avec soin, ce qui est fortement à considérer.
La besogne est faite même plus rapidement, avec plus d’attention de toute manière; j'ai eu plus de satisfaction en tout, et j'ai eu de plus Pair d’avoir fait une bonne action, ce qui vaut foujours mieux que de sembler en avoir fait une mauvaise. En somme, j'y ai gagné de tous côtés, et j'ai résolu heureusement le problème. C’est ce qu’il fallait démontrer.
— Bravo! c’est ombre du pape Clément V qui vous a sans doute donné celte bonne inspiration.