‹ La vigneChapitre 71 sur 176 · LES · texte numérisé non relu

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VENDANGEUSES

— Dame, ma petite vous êtes cent, vous mangez un kilo de raisin chacun,

en dix jours ça fait mille kilos, quelque chose comme deux pièces de vin, et quand le vin vaut mille francs la pièce!

— Et puis après?

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CHATEAU-LAHOURINGUE. 321

La plante reçoit quatre facons de charrue tous les ans : la première en mars, pour déchausser la vigne ; la deuxième, pour la déchausser; la troisième et la quatrième, pour la déchausser et la rechausser de nouveau ; il faut ajouter le travail à la main, au sarcloir, pour sarcler et nettoyer les lignes de ceps de toute plante nuisible ou inutile,

C’est ainsi, ajoutait M. Roy, que nous opérons tous en Médoc; vous avez vu, au château d’Issan, l'opération complète de la vendange, celle du pressoir, du cuvage, du décuvage et de la vinification.

Le propriétaire de Lahouringue a continué jusqu'alors pour la vendange

| les vieilles traditions et les vieux engins, — tout ne saurait se faire à la fois, — mais j'ai l’amour-propre de croire que lui, qui est un homme de réflexion et de calcul, ne tardera pas à suivre un exemple qui lui donnera plus de sécurité dans le travail, moins de main-d'œuvre et plus d'économie.

Le château de Lahouringue est une vieille construction qui date de plusieurs siècles; elle a été reprise à différentes époques, ce qui ôle quelque chose à son caractère général, mais ne nuit pas à son côté pittoresque. La vieille tour, qui a toujours été respectée, est le dernier vestige de l'architecture première.

Labouringue.( Bätiments d'exploitation.)

Les bâtiments d'exploitation sont vastes, bien entendus suivant les vieux principes héréditaires du Médoc, et aménagés avec soin par le propriétaire

actuel pour les besoins nouveaux de son exploitation, récemment améliorée.

Depuis une époque fort éloignée, le domaine avait appartenu à une ancienne famille d'Irlande, les Burck. C’est de M. Duteau-Burck, un des derniers descendants de cette famille, que M. Bignon en fit l'acquisition il y

a quelques années.

Ce nom de Lahouringue, qui n’a rien de bordelais, rien de français, rien d'irlandais non plus, possède une origine toute particulière et fort intéressante au point de vue de lhisloire et de la valeur du vignoble.

Depuis un temps immémorial, les relations les plus fréquentes se sont établies et des plus fructueusement continuées avec la Hollande.

Le groupe important du Médoc, formé par Cantemerle, les Trois-Moulins, Lagarde et Lahourinque, fournit les vins qui depuis de longues années sont le plus appréciés en Hollande.

Ce dernier château jouit surtout d’une grande faveur dans ce pays; c’est le Chäteau-Lafjitte des Hollandais.

C’est à coup sûr pour cela que ce nom de Lahouringue lui fut donné, nom qui a trait, sans doute, à quelque fait maintenant oublié et dont la désinence tout hollandaise rappelle Flessingue, Poperinghe, etc., etc., et quantité de

résidences aux Pays-Bas.

Naturellement, M. Bignon wa pas manqué de continuer et d'augmenter cette faveur chronique attachée aux produits de sa terre, et ses efforts tendent, en outre, à l’étendre de plus en plus ailleurs, où ils sont jusqu'ici moins appréciés.

Nous lui demandions comment il se faisait que lui, natif du Bourbonnais, aux trois quarts Parisien, fût venu planter une de ses tentes en Médoc, alors que loutes ou presque toutes ses préoccupations semblaient être ailleurs.

— Rien de plus simple, nous a-t-il répondu.

Personne ne s’avisera de nier que l'alimentation ne soit une des premières questions qui intéressent l'humanité.

Pourquoi l’agriculture est-elle et, surtout, doit-elle être la majeure et plus honorable et plus utile préoccupation d’un peuple? C'est qu’elle est l’élément le plus incontestable de sa richesse et de sa prospérité.

Dès l'âge de quatorze ans, ainsi que je vous l'ai dit, j'ai commencé à refléchir sur cette grande question, au fur et à mesure que je nrappliquais davantage à réparer par un bon repas les forces vitales de mes contemporains.

CHATEAU-LAHOURINGUE, 323

La question du bétail, que je servais chaque jour par tranches convenablement préparées, m'a conduit, lorsque je l'ai pu, à acheter, près du lieu de ma naissance, cette terre de Theneuil, où j'ai pu réussir à faire d’une race de bestiaux pauvre une race magnifique, à créer, pour nourrir ces élèves, de gras fourrages là où il n’y avait que des herbes sèches et maigres ; des betteraves, des racines de toute sorte pour les engraisser, là où ne poussaient que de tristes ajoncs ; du blé pour les ouvriers bouviers, laboureurs et moissonneurs, là où lon n’en avait jamais vu. Grâce à un travail assidu et infatigable, ces travaux ont été couronnés par des succès effectifs et par des récompenses officielles à l'appui. Jen ai été heureux et reconnaissant.

Ceci fait, ambition nv'a pris de suivre cette voie encore autre part.

Savoir nourrir et abreuver convenablement non-seulement le public, mais

les gens de recherche et de goût, me paraît être un art qui en vaut d’autres.

Moi aussi, je suis artiste à mes heures.

Et j'ai pour moi, entre autres, un charmeur plein de jugement et de goût, qui publia solennellement cet aphorisme :

« La découverte d’un mets nouveau fait plus pour le bonheur du genre humain que la découverte d’une étoile. »

« La destinée des nations dépend de la manière dont elles se nourrissent. »

Vous avez reconnu Brillat-Savarin.

J'avais réussi en Bourbonnais. J'avais pu améliorer la terre et indiquer des moyens d'amélioration et de production inattendue de magnifique bétail, Ià où l’on n’avait jamais fait qu'une pauvre et misérable récolte en tout genre. Py ai trouvé non-seulement satisfaction morale, mais encore honneur et prospérité matérielle. C’était, je Pimagine, une justice et une récompense.

Lambition wa pris, après ce succès, d’aspirer encore à un autre.

La vigne et le vin, vous le savez, sont la richesse principale de la France. Ce qui la différencie essentiellement des autres peuples, c’est la production de cette merveilleuse récolte dont elle a, pour ainsi dire, le précieux monopole.

Il est un coin privilégié, coin circonscrit et limité, qui donne des produits d'un ordre spécial et charmant, capables de se conserver, de voyager indéfiniment et de porter partout, dans le mondeentier, et dans les pays les plus déshérités, quelque chose de notre bonne humeur, de notre vitalité et de notre

soleil. Ce coin est unique au monde. Depuis quinze années que les barrières se sont un peu abaissées et que, grâce aux chemins de fer et aux nouveaux moyens de locomotion, la circulation a augmenté, les demandes de toutes part ont aussi augmenté dans une énorme proporlion, qui tend toujours à s’accroitre à mesure que se multiplient les procédés de circulation générale, et que les barrières entre les peuples tendent à s’abaisser , pour disparaître un jour.

Certes, je n’ai pas la prétention d’avoir découvert le Bordelais; je dois cependant avouer, non sans fierté, que j'ai pu aider à sa faveur et à son rayonnement, au moins à Paris.

Cela remonte déjà loin. En 1843, ce qui était particulièrement à la mode, c’étaient les bourgognes , les vins chauds des côtes du Rhône, et les champagnes variés. Le chambertin, le musigny, le vougeot, le corton, le beaune, tous ces fleurons de la couronne de la Côte-d'Or étaient proclamés sans pareils.

Les vins de Bordeaux et du Médoc vivaient et mürissaient en dehors du mouvement, et se contentaient de faire le voyage d'Angleterre, pour s'arrêter sur les tables des grands seigneurs, ou de partir pour la Hollande, la Belgique, le Danemark, la Suède, la Russie, et même les Indes, d’où ils ne revenaient pas toujours.

Le café Foy était alors célèbre, et je commençais à en êlre presque le maître, après y avoir débuté en petit tablier blanc.

Le bourgogne et le bordeaux sont frères; je l'avais compris, et je vins faire connaissance avec ce beau pays, désireux d’y acheter, pour notre clientèle, ce que le soleil et les hommes y produisaient de mieux. Une bonne fortune me fit trouver alors avec M. de Redoute, de Saint-Pierre, beau-frère de M. de Pichon;

Avec M. de Pichon, propriétaire du cru de Pichon-Longueville ;

Avec M. de Lur-Saluces, propriétaire du Château-Yquem ;

Avec M. Poyferré, propriétaire du Léoville ;

Avec M. d’Estournel, propriétaire de Cos-d’Estournel,

Quatre partenaires magnifiquement doués, pleins de santé, de verdeur et de gaieté, dont le plus âgé comptait tout au plus alors quatre-vingt-dix prin= temps, et le plus jeune quatre-vingt-sept.

Chacun d'eux disait, en riant et en vidant allégrement son verre : « C’està l'excellence de notre cru que nous devons tous ces dons heureux; pas de

goutte, pas de douleurs, pas d’embarras gastrique ou apoplectique d'aucune

sorte.

COSTUMES ET VISAGES

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