L'OEIL DU
CHATEAU-LAHOURINGUE. 327
« Achetez-en pour Paris, où les hommes, dit-on, en ont tant besoin ct meurent trop jeunes. Achetez-en , vous ferez bien ; mais vous n’en achèterez pas trop : nous tenons beaucoup à en garder, nous voulons encore vivre. »
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Des échantillons de ces excellents crus et de bien d’autres sont arrivés bientôt avec nous à Paris. Il n’a pas fallu longtemps pour que tous ces joyaux du Médoc devinssent des héros de la mode, et qu’au lieu de figurer, comme jusqu'alors, sur des tables exceptionnelles, ils eussent leur entrée partout.
Tous mes confrères se sont empressés de n’imiter , et ils ont bien fait.
Quant à moi, mon opinion était dès lors bien arrêtée.
. Je me suis donc dit que celui qui posséderait quelque chose dans ce bienheureux coin de terre, et qui féconderait et améliorerait encore, par son travail et son intelligence, ce sol si naturellement fécond , ferait forcément une opération merveilleuse, dont ses enfants, et j’en ai qui me secondent avec intelligence et avec goût, profiteraient plus tard dans une large mesure.
Croyez-moi si vous voulez : je préfère voir mes enfants s'occuper avec cœur de travail et d'améliorations agricoles, les meilleures, à mon sens, de toutes les améliorations sociales, que des questions politiques. J'ai attendu patiemment le moment, et enfin ce moment est venu.
Voici pourquoi je suis maintenant propriétaire à Lahouringue, comme je le suis à Theneuil. J'y ai mis, j y mets encore beaucoup d'argent, mais je suis sans crainte; la récompense du travail vient déjà, et elle viendra davanlage à mesure que les années passeront.
J'en ai pour garants, de plus, l'exemple des gens intelligents qui m’ont précédé dans la même idée, les grands noms financiers qui ont fait la même opération que moi, et la prospérité merveilleuse qui a déjà couronné leur entreprise.
Quand je ne suis pas ici, je travaille de loin, Une feuille de travail que je vous communiquerai quand vous voudrez, et qui sera peut-être utile à d’autres, me renseigne chaque semaine, par articles distincts et parfaitement détaillés, sur ce que font, jour par jour, dans le domaine, hommes, femmes, chevaux et bœufs; sur ce qui se dépense, à cinq centimes près, pour quelque chose que ce soit sur ce que l’on récolte ; sur l’état général et particulier de toutes choses, et Jusque sur la température et les variations atmosphériques. C’est étendu et c’est complet; le contrôle s'exerce facilement, et, au moindre signe, moi ou les miens,
nous sommes prêts à recevoir un avantage ou à parer à un inconvénient.
Il y a bien cet affreux phylloxera, ce radical qui s’attache si funestement aux racines de cette pauvre vigne; mais j'ai foi dans lavenir, et tous les phylloxeras, quels qu’ils soient, disparaîtront un jour, j’en suis persuadé.
En attendant, voyez les nouvelles croupes que j'ai défrichées, voyez le compost que j'ai travaillé pour améliorer ma terre, d’après mes expériences réussies en Bourbonnais.
Voyez ces magnifiques bœufs, que j’ai fait venir de Theneuil pour mon travail.
Voyez celte nouvelle vendange qui se présente bien; goûtez ces vins des précédentes années, et vous verrez que je suis dans une bonne voie, et vous verrez aussi que, Dieu aidant, quand il y aura un nouveau classement, je finirai par arriver à faire classer mon vin parmi les grands crus.
— Ainsi soit-il, avons-nous répondu.
Nous avons serré la main de cet homme de bien et de cet infatigable travailleur, et nous sommes revenu. en nous disant : « Si tous les Français avaient ce courage, cette énergie et celte intelligente volonté, il y aurait moins d’aspirants sous-préfets en France, moins de politiciens et moins de révolutions. »
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