CHER AMI
DE retour à Bordeaux, nous avons fait une nouvelle visite au musée Gremailly. y ai trouvé notre jeune ami, le petit Gontran de B..., celui que vous avez rencontré partout
cet hiver : au bois, aux premières et dans tous les clubs à la mode de Paris. Il vient, au retour des courses de Deauville et des bains de mer, de faire sa petite tournée en Médoc, qu’il n’avait jamais vu jusqu'alors, et il est ravi.
Il lui semble qu’il a découvert un monde.
— Mais savez-vous, me dit-il, que ce pays est une merveille? C’est éblouissant de richesse et d'avenir. Concoit-on que dans notre Paris on ne se doutait de rien de tout cela? Je ne me figurais ni ces détails ni cet ensemble. Je leur
raconterai toutes ces choses au club, cet hiver, et nous reviendrons en corps ici année prochaine.
Sans compter que lon ne boit réellement de vin exquis que dans le pays même où il voit le jour. Il en est comme du fruit que l’on cueille sur Parbre mür et à point; ou bien messieurs les propriétaires gardent-ils par coquetterie ce qu’il y a de plus parfait pour l’offrir à leurs visiteurs, et ne livrent-ils au dehors que les produits de second degré, comme les fabricants pour les objets destinés à l'exportation ?
— Ou bien encore, ajouta M. Gremailly qui nous écoutait, n'est-ce point qu'ils livrent aux étrangers et aux connaisseurs, qui le retiennent longtemps à l’avance et le payent sans hésiter aux prix les plus élevés, ce que les années privilégiées donnent de plus parfait, tandis qu’ils laissent au commun des martyrs, qui ne s’y connaissent assez que pour juger sur la foi de létiquette et du bouchon, le produit des années secondaires, et puis aussi aux commerçants qui servent plus spécialement les gens doués de cette profitable candeur; et néanmoins capables de payer tout aussi cher que les autres?
Maintenant, messieurs, vous avez, d’après ce que j'ai compris, parcouru toute la gamme du Médoc, que vous voyez ici représentée dans mon exposition par les notes les plus réussies, depuis Laffitte, Margaux et Latour jusqu'aux cinquièmes crus et aux grands bourgeois. Il vous reste, maintenant, à savourer Ja symphonie des pays blancs, celle que vous voyez dans cette travée vibrer à la suite de la symphonie du Médoc, celle qui commence à Barsac, Preignac, Pujols comme andante, et dont le crescendo d'harmonie s’épanouit à Bommes et au grand Sauterne.
= Comment! s’écria Gontran, le sauterne est aussi bordelais. est aussi girondin? Comment, après la pourpre du Médoc, l'or ruisselant du sauterne? Mais c’est un manteau royal qui se drape sur les épaules de cette rayonnante Gironde!
Pardonnez à mon lyrisme. Je le connaissais, le sauterne, ou du moins je Paimais sans le connaître; combien de fois, à la Maison Dorée, ou au café Riche, ou au café Anglais, je me suis plu, en aimable compagnie, à marier
le sauterne à l’huître verte de Marennes ! Alliance exquise. Je me rappelais
mes études, et je me figurais Apicius mariant le cœcube à lhuître du lac Lucrin.
Et du diable si je me figurais que sauterne et château-yquem, ce prince des sauternes, fussent bordelais !
J'en demande pardon à Bordeaux et au musée Gremailly, que je n’avais pas jusqu'alors la satisfaction de connaitre.
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COSTUMES ET VISAGES
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— Deux douzaines! deux!
— Une sauterne! une!