LE JURANÇON
a conservé son prestige dans notre pays, où l’on a toujours eu quelque préférence pour ces aimables audacieux, dont le cœur est généreux et chaud , qui ne craignent ni les coups, ni le vin, ni les femmes, et savent jeter hardiment leur bonnet par-dessus les moulins, lorsqu'il se présente des moulins. Et l’on chante encore le refrain des temps passés :
Vive Henri quatre, Vive ce roi vaillant!
Ce diable à quatre
À le triple talent
De boire et de battre, Et d’être vert-galant.
Les vignes de Jurançon sont cultivées en hauteur comme celles de Madiran.
Enfin, voici que nous comprenons pour la première fois que nos pères se A le verre en main, à célébrer joyeusement ce qu’ils appelaient « ce jus de la treille ».
C'est une treille véritable sous laquelle on peut se promener à Pabri, l'ombre des pampres et des grappes dorées qui sont suspendues sur votre tête.
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Je ne pense pas que Henri IV, jeune, connût par anticipation la Clef du Caveau, et qu'il chantât :
Ah ! qu'on est bien sous cette treille !
Buvons, buvons cette liqueur vermeille,
Mais on sait, à n’en pas douter, que ce premier baiser que lui avait fait donner son père à la chaude liqueur de Jurançon l'avait mis en goût de toute manière.
Il y avait alors, comme maintenant, de ces belles filles béarnaises, aux yeux noirs, au teint doré, qu’il aimait à rencontrer à l’abri de ces treilles fécondes , et qui ne pensaient guère à prendre la fuite. Et il est consigné
dans la tradition qu’il faisait de fréquentes visites au bon pays de Jurançon et de Gan, qui n’en est pas loin, et qui produit aussi de jolies filles et un vin recommandable.
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La vendange est des plus pittoresques en ce pays, en raison de la disposilion même des ceps qui tiennent la dragée un peu haute à ceux qui la désirent.
Il est ici, comme partout ailleurs, des vendangeuses laides, sèches et racornies par l’âge et le soleil; mais il en est aussi de jeunes, auxquelles le soleil et l’âge n’ont fait qu’ajouter la forme et la couleur. Ici, par les temps de moisson ou de vendange, le costume est simple; les pieds et les jambes sont nus, un jupon léger se drape sur les hanches, et une simple chemise abrite le haut du corps. Lorsque ces jeunes filles sont belles, ce qui arrive fréquemment, et que, debout sur la pointe de leurs pieds nus, dorés comme le bronze florentin, elles lèvent leurs bras dignes de la sculpture pour cueillir le fruit qui se penche au-dessus de leur tête, elles offrent, sans y penser, au regard des lignes d’une élégance et d’une fermeté qui donnent tout à fait raison au Vert-Galant
LE JURANCON. 393
Nous avons goûté de ce vin que la jeunesse de Henri IV a rendu célèbre É il manque peut-être de finesse et de bouquet, mais il est chaud , ardent, et semble devoir activer vivement le cœur et le cerveau. Un des propriétaires de ce cru nous racontait qu’en souvenir de son ancêtre, sans doute, don Carlos, le Bourbon d’Espagne, se plaisait à boire de temps en temps de ce vin de Jurançon, dont sa bibliothèque de voyage était toujours pourvue. Voulait-il ainsi acquérir quelque chose du triple talent célébré chez son aïeul ?
— Etle comte de Chambord?
— Oh! lui n’y tient pas; le bordeaux, une tisane de malade, lui suffit sans doute. |
Le jurançon , il n’en a jamais bu que je sache; il ne le connaît pas.
— Pourquoi ne pas lui en envoyer de temps en temps?
— Oh! mon Dieu ! d’ailleurs, il n’en demande pas, et peut-être ne pour-
rail-il s’y habituer. Il est bien tard !