‹ La Vigne dans le BordelaisChapitre 2 sur 73 · nuE SAINT- \NDRK-nEs-.\nrs · texte numérisé non relu

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Tous droit! réserve».

, A la ville de Bordeaux!

Témoignage du vif attachement, de la profonde reconnaissance de l’auteur pour sa ville natale.

Aux Vignerons de la Gironde!

Aux hommes intelligents et laborieux, occupés à seconder la nature dans l’œuvre pour laquelle sa main généreuse a si admirablement disposé leur pays.

Aüo. Pktit-Lafittk.

AVANT-PROPOS

On a souvent dit que la France était une nation agricole, et qu’elle devait principalement aux produits de la terre sa force, sa puissance, sa richesse, sa réputation. Non-seulement cette énonciation est ATaie d’une manière générale; mais il est encore, en sa feveur, des faits isolés de la plus grande valeur.

Si l’on recherche parmi nous les causes du grand développement et de la haute importance acquise par nos villes principales, nos grands centres de populations, en dehors de la capitale, dont la prospérité s'explique par des considérations d’un autre ordre, on restera convaincu que l’agriculture doit être placée en tète de ces causes. On restera convaincu que, partout où se rencontre une de ces villes hors ligne, c’est de la terre principalement que sont sortis les éléments féconds dont elle a pu profiter pour fonder, pour maintenir son existence; pour

AVANT-PROPOS

garantir à celle-ci une suprématie que les siècles ont sanctionnée.

En dehors des dons généreux qu’offre partout une terre bénie de Dieu, il s’est rencontré encore des contrées privilégiées où ces dons, par leur abondance, par leur qualité, ont constitué de véritables monopoles ; semblables à ceux dont jouirent pour le vin, pour le blé, pour la laine, pour le miel, etc..., quelques lieux célèbres de l’antiquité.

Il est arrivé aussi que, favorisées, excitées par ces hautes faveurs, les populations locales se sont consacrées exclusivement à la spécialité qu’elles indiquaient : acquérant ainsi des connaissances théoriques et pratiques, qui leur ont permis d’ajouter encore une nouvelle valeiu" aux dons précieux que leur faisaient la nature.

A l’appui de ces incontestables vérités, trois villes surtout, parmi les plus importantes de la France, peuvent être citées ; Lyon, Marseille, Bordeaux. Pour chacune de ces villes, l’influence du produit du sol qui l’avoisine est tellement sensible, tellement décisive, qu’on peut dire sans métaphore, exprimant ainsi le profit qu’elle en tire, le bien, la réputation qu’elle lui doit :

Lyon, c’est le mûrier.

AVANT-PROPOS

Marseille, c’est l’olivier,

Bordeaux, c’est la vigne.

Oui, Bordeaux c’est la vigne; la vigne utilisant des terres ailleurs de la plus mince valeur; donnant un produit dont le précieux privilège est de plaire à tous, de faire du bien à tous ; soit au corps, comme boisson essentiellement agréable , essentiellement hygiénique : soit au cœur, comme pouvant, dans les cas nombreux, hélas ! où il en a besoin, lui donner du courage, le consoler, le rt^’ouir.

Bonum vinum ktifinit cor hominis !

Il y a dans la mythologie, cette œuvre éblouissante de l’imagination des anciens, un récit qui nous a toujours frappé, à cause de l’appbcation qui pou- ^'ait en être faite à notre ville, à la capitale du sudouest de la France. Il est dit qu’Ampliion, fils de Jupiter et d’Antiope, reine de Thèbes, éleva les défenses de cette célèbre cité {uœ les seuls accords de sa lyre. Devenus sensibles, eux aussi, à ces accords mélodieux, la pierre, le bois, le fer s’émouvaient et venaient se ranger de manière à former des murailles épaisses, des tours élevées, des portes solides.

A Bordeaux, c’est la vigne qui a exercé la puissance de la l}Te d’Aniphion; c’est son produit pri-

AVANT-PROPOS

vilégié qui a décidé l’avonir de l’immble bourgade fondée par les Bituriges-Vivisques; qui en a fait une ville grande, populeuse, renommée, monumentale. Pas une construction, pas un édifice dans son enceinte, qui n'aient ressenti son influence, qui ne lui doivent leur élévation, la décoration dont ils sont revêtus ; pas un navire dans son port, où il y en a tant, qui n’ait eu pour but le transport, sur tous les points du globe, de la précieuse denrée, de la denrée essentiellement civilisatrice.

Ces faits remarquables indiquaient une lacune et donnaient lieu à un regret : où donc est, dans le Bordelais, l’ouATage complert sur la vigne, ^ou^Tage renfermant sur cette plante tout ce qu’il était possible d’en dire, au triple point de vue de l’histoire, de l'histoire naturelle et de la culture? Un tel défaut n’est-U pas, en effet, regrettable, alors qu’il prive une grande cité, un vaste pays de l’exposition de leurs intérêts les plus légitimes dans le passé, dans le présent et dans l’avenir; alors qu’il les prive, en quelque sorte, de leurs titres de noblesse?

Cette lacune, nous enfant reconnaissant de la grande cité, nous avons formé le projet de la faire disparaître; ce regret, nous avons essayé d’y mettre un terme.

AYANT-PROPOS

Pour agir ainsi, pour nous proposer une telle entreprise, nous avions, il est vrai, des titres ofRciels; nous avions des années assez nombreuses d’obser- \'ations, d’informations et d’expériences; nous avions le vif désir, la patriotique ambition d’accomplir convenablement une grande et noble tâche; nous aidons les communications précieuses qu’ont bien voulu nous faire souvent des' viticulteurs tels que M. Bouchereau, de Bordeaux M. O. de Luêtkens, du Médoc, M. Dubroca, de Barsac, et tant d’autres qui n’ont jamais refusé de répondre à nos demandes de renseignements; nous avions les encouragements et les conseils du vénérable comte Odart, l’auteur de Y Ampéiographie xmiversette, à qui nous avions fait part de notre projet, à Angers, en 1842, et qui nous avait fortement conseillé d’y persister.

Nous a^ions aussi l’encouragement de la Chambre de conamerce de Bordeaux, exprimé par les lettres de son honorable président, en dates du 5 décembre 1862 et du 2 janvier 1863. Celui du Conseil général du département de la Gironde, exprimé par délibération du 31 août 1863.

Il est inutile de dire encore que noos avons fait tout ce qui dépendait de nous, tout ce qui pouvait dépendre de nos connaissances, de nos études et

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des moyens divers dont nous pouvions disposer, pour rendre notre œuvre aussi complète que pouvait le permettre une première tentative.

Quant à l’esprit que nous y avons fait régner, il a toujours été tel, nous en avons la confiance, que devaient le comporter notre vénération profonde pour les auteurs viticoles anciens; -notre haute estime, notre profonde déférence, particulièrement poiir ceux de la localité qui ont déjà traité de la matière dont nous avons voulu embrasser l’ensemble.

Il sera facile au lecteur qui voudra bien nous accorder son attention, de se convaincre qu’il ne s’agit ici, ni de systèmes inconnus, ni de tentatives plus ou moins hardies, pour ou\Tir à la viticulture des voies ignorées jusqu’à ce jour. Sans condamner ni les uns, ni les autres, nous ferons observer que les points d’où nous sommes partis et le plan que nous avons suivi devaient nous maintenir dans une ligne un peu différente : plus conforme à la tradition, à la pratique, à la conservation de résultats acquis et sanctionnés par l’opinion, par l’approbation, par l’admiration des siècles.

Nous avons pensé, et nos études n’ont cessé de nous confirmer dans cette idée, que l’art en général qui nourrit les hommes, qui les a civilisés, qui

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leur fournit le travail le plus ordinaire, le plus moralisateur, qui a le plus anciennement et le plus directement sollicité leur intelligence et leurs intérêts, n'avait pu être nulle part le résultat ni du caprice, ni du hasard.

A l’égard de la vigne en particulier, dans nos contrées et très-certainement partout ailleurs, rien n’est plus facile que de rattacher les pratiques suivies, les moyens de culture employés ; tant à l’interprétation des lois générales de la nature en matière de végétation, qu’à l’interprétation des exigences commandées, des facilités fournies par les circonstances locales.

On verra comment il s’est fait, que le vigneron, sans être ni physiologiste, ni physicien, ni chimiste, a su cependant conformer sa pratique aux prescriptions de toutes ces sciences; donner aux opérations diverses de cette pratique des motifs qu’il est facile aujourd’hui de reconnaître et de démontrer. C’est de cette manière, du reste, que nous procédons dans l’exposition de ces pratiques ; les considérant toutes comme devant répondre à une nécessité naturelle.

Nous avons pensé encore, et peut-être ici pourrait se rencontrer un peu d’amour-propre local, un

AVANT-PROPOS

peu de ce caractère • exclusif , longtemps dit-on, le partage unique de nos contrées; nous avons pensé, disons-nous, qu’il y avait une démonstration de quelque valeur, de l’opportunité de ces mêmes pratiques, dans une réj)utation œnologique remontant au temps des César; dans une prospérité qu’ont bien pu momentanément interrompre les événements politiques et autres, mais qu’ils n’ont jamais arrêtée complètement, dont ils n’ont jamais tranché le cours.

De même que noblesse oblige, comme on le disait autrefois, nous avons pensé que réputation, que confiance anciennement et légitimement acquises, obligeaient également. Et que ce dernier genre d’obligation consistait, pour le vigneron bordelais, à consenœr à son produit les propriétés merveilleuses qu’il doit au sol, au climat et à ses méthodes. Surtout qu’il consistait à savoir faire le sacrifice, au besoin, de quantités plus grandes, pour maintenir et respecter cette qualité ; don précieux d’une généreuse nature, gage assuré d’une préférence dès longtemps méritée (1).

(1) Quant aux améliorations que l’on dit réalisées, ou en voie de l’être, aux systèmes nouveaux, si tant est qu’il puisse y avoir des systèmes en agricoltore, nous pourrons les mentionner si roecasion

avant-propos

Maintenant, et pour compléter ce rapide avantpropos, voici quel a été le plan'de notre ou\Tage ;

Nous avons considéré la vigne sous trois aspects différents ;

1' Par rapport à l’iiistoire en général et, en particulier, par rapport à Phistoire du pays bordelais. C’est la première partie de notre ou^Tage.

2° Par rapport à Phistoire naturelle : météorologie, botanicpie, physiologie végétale, géologie. C’est la seconde partie.

3° par rapport à la culture. C’est la troisième et dernière partie.

Des considérations diverses nous engagent à com-

8'en présente, mais sans hasarder aucun jugement : profondément persuadé que c'est au temps qu’il appartient de décider de leur mérite; de changer, s’il y a lieu, ce qu’il avait en quelque sorte, établi. Que c’est au temps à nous montrer l’influence que peuvent avoir certaines de ces améliorations ou certains de ces systèmes sur la qualité du produit : considération que nous tenons pour capitale et que, dans le Bordelais, nous plaçons toujours au premier rang en matière de vin.

En 1864, au retour d’une mission viticole en Champagne, que nous avaient confiée M. le Préfet et MM. les Membres du Conseil général de la Gironde, nous disions, dans notre compte-rendu : € Nous n’avons pu oublier que ce qui fait la valeur, l’immense vat leur des \ins de Bordeaux, contrairement à tant d’autres, qui « trouvent cette valeur dans l’abondance de ce produit, c’est la « qualité. »

AVANT-PROPOS

mencer notre pulilication par cette troisième partie, la plus propre, d’ailleurs, à fixer l’attention des lecteurs à qui s’adresse une œuvre de cette nature. Nous désirons qu’ils daignent l’accueiUir avec bienveillance, comme une œuvre d’étude et de bonne foi, et qu’ainsi il y ait occasion, pour nous, de compléter notre publication.

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