‹ La Vigne dans le BordelaisChapitre 27 sur 73 · Maturation. — Tardive (3), chances de pourriture · texte numérisé non relu

Maturation. — Tardive (3), chances de pourriture

14. Accidents. — Peu sujet à la coulure, surtout à la coulure générale.

13. Vin. — Liquoreux, agréable, moëlleux, parfumé. Selon les années et l’entretien, peut prendre en vieillissant une teinte jaune plus ou moins foncée. Atteint toute sa bonté à.quatre ou cinq ans. Se conserve longtepaps, mais en jaunissant do plus en plus.

16. Particularités. — Sa taille est à deux boutons ordinairement. Son produit est abondant et un pied de ce cépage'peut donner comme quatre et cinq de Sauvignon.

F. L’Enra&eat. — -Cépage des hautes plaines. — Voici un cépage que recommandent, non plus la finesse et la distinction de ses produits directs, mais sa grande rusticité, sa constante abondance et, bien souvent aussi, la distinction des eaux-de-vie qu’on en retire.

Les terres du Bordelais, dans lesquelles il se plaît et dont nous avons déjà fait connaître la nature, lui doivent des produits bien souvent supérieurs, en valeur totale, à ceux de cépages beaucoup plus distingués ; mais beaucoup plus sujets aussi à tromper les espérances du vigneron, sous le double rapport de la qualité et de la quantité. Dans les très-bonnes années cependant l’Enrageat donne du vin digne d’étre apprécié.

• 1* Histoire. — Malgré la dilférence des noms qui lui ont été imposés, suivant les localités que nous signalerons plus ba^, VEnrageat est le cépage par excellence de toutes

(1-2-3] Comparativement au Saui'is/mm.

les contrées renommées pour leur eau-de-vie. C’est donc Ifi, dans l’une de ces contrées qu’il a dû commencer et c’est de celle-là qu’il a dû se répandre dans toutes les autres; pour y subir, selon le cas, des modifications plus ou moins profondes et plus ou moins aptes à légitimer ses changements de nom.

Bien que l’invention de l’art de distiller le vin, remonte beaucoup plus haut, ce fut au milieu de l’avant dernier siècle seulement, (du xvii*), dit l’abbé Rosier, que l’eaude-vie commença à devenir une petite branche de commerce ; elle s’est accrue insensiblement, et elle est parvenue au point où nous la voyons aujourd’hui (1).

Ainsi les cépages à eaux-de-vie sont bien moins anciens que les autres, ou au moins leur renommée n’a dû s'établir, sous ce rapport, qu’au moment où leurs produits spéciaux ontcommencéà être recherchés età se répandre.

Malgré cela, nous sommes à l’égard de ces cépages comme à l’égard des autres ; rien n’ayant été remarqué, rien n’ayant été noté, qui puisse nous mettre à même de raconter leur histoire.

Une nouvelle branche d’exploitation était signalée à l’agriculture méridionale; excitée par un légitime intérêt, guidée par quelques hommes plus observateurs, plus hardis que les autres, elle cherchait à en tirer parti ; mais sans bruit, sans éclat et sans que personne songeât à tenir note des circonstances diverses et intéressantes par lesquelles passe une population qui ajoute à son bien-être, quiaugmente ses moyens de prospérité.

Pour ce qui touche principalement à nos localités, on doit voir dans le nom donné au cépage qui nous occupe, une preuve de la grande rusticité dont nous parlions ci-

(I) Cours complet d’Agriculture, T. 4, p. 92.

ÉTABLISSEMENT DU VIGNOBLE nS

dessus et qui est bien effectivement un de ses principaux mérites. Ce nom est la traduction patoise du mot enragé.

Lorsque la vigne quitta les terres qu’elle affectionne plus particulièrement et qui cependant ne sont pas toujours, comme on sait, les meilleures; lorsqu’on voulut la propager sur ces plaines ai^ilo-siliceuses jusque-là occupées par des bois, qu’il eut été, dans bien des cas, prudent de conserver; alors se présenta un cépage susceptible de braver tous les inconvénients de cette nouvelle situation; de résisteràtout ce qui eût été de nature à compromettre l’existence des autres; dès lors on dut dire qu’il ne craignait rien, qu’il bravait tout, qu’il était enragé, enradgeat.

Peut-être encore que cette qualification porta sur son produit : l’un des plus médiocres en qualité, il faut bien le reconnaître, quand l’année ne l’a pas favorisé d’une manière toute spéciale, et qu’on est forcé de l’employer à autre chose qu’au genre de fabrication auquel il est essentiellement propre.

Cependant, comme plusieurs autres cépages déjà signalés sous ce rapport, l’Enrageat a dès longtemps quitté les contrées qui furent son berceau pour s’avancer vers le Nord. M. le comte Odart, après nous avoir dit que dans l’Indre-et-Loire il donnait quelquefois des- vins agréables mais impossibles à conserver, ajoute qu’il servait autrefois, dans le canton de Richelieu, arrondissement de Chateau-Chinon, à la fabrication d’une eau-de-vie assez renommée et que mentionne aussi M. Cavoleau.

Enfin, d’après M. Stoltz, il faudrait encore reconnaître le cépage qui nous occupe dans celui que l’on désigne, sur les bords du Rhin, par le nom de Petit-Mielleux. « Ce cépage, dit-il {VEnrageat) est sûrement identique avec notre Petit-Mielleux; la description que le comte Odart en donne, en l’appelant aussi le Mielleux, la. Folle-blanche, einsi

que celle que j’en ai trouvée dans le traité de la Viticulture en France, p&r Chaptal,me le prouvent jusqu’à l’évidence.» Enfin, ajoute encore le même auteur, l’identité du Petit- Mielleux, avec le cépage Fùrlerer, cultivé dans le Wurlemherg, longtemps avant le premier, et qui dans quelques lieux cumule avec le nom de Furlrer celui d'Orlieber, n’est plus douteuse, quand on a lu la description que Sprenger en donne (1).

5" Variétés et sÿnonimie.— Dans les localités des départe- . ments de la Charente et de la Charente-Inférieure, où il fait la base des excellentes eaux-de-vie de Cognac et au- ' très: dans les parties du département de la Gironde voisines de l’arrondissement de Jonzac, où l’on récolte plus OH moins de l’eau-de-vie de Cognac, YEnrageat, qui n’est autre que la Folle blanche de ces localités, compte deux variétés principales parfaitement distinctes :

1° La Folle blanche;

2“ La Folle jaune.

En ce qui touche aux noms divers de ce cépage, suivant les lieux où il est cultivé, on voit déjà qu’il en a ‘deux principaux : YEnrageat en Gironde, et la Folle en Charente.

Un autre cépage à eau-de-vie, très-renommé aussi pour la qualité de ses produits en ce genre, c’est le Piguepoul; ou Piquepout, ou Piquepouille du Gers ou de l’Armugnac ; or, dans ce dernier cépage et d’après un document, déjà plusieurs fois cité, il faut encore reconnaltte YEnrageat (i).

Voici au surplus d’autres noms que nous avons relevés dans ce même document. D’après les pièces nombreuses qu’il renferme, YEnrageat serait encore nommé : à Gen-

(I) Amprlcfiraphic rhrimnc, p. 133.

[i) Papiers relutifs aux travaux de synonymie de Jf. Vupré de SaiiU-Maur.

ns

s:ic,f!rais; à Castilloiincà , Uebauche; en Bas-Limouâiii, Bouillon; dans le Condomois, Plant de Dame; à Gastillon, Blanche; à Contras, Enrageade; à Nérac, Grand plant de Dame; à la Linde, Talosse; à Clairac, Plant de Madone et Plant de Madame. EnQn le môme document mentionne en* core les noms de Sole, de Chahs, etc..., etc

CARACTÈRES BOTANIQUES

3* Description. — 1. Tronc. — Court, gros, droit.

2. Sarments. — Courts, gros. Nœuds gros, saillants. Entre-nœuds ou mérithalles, relativement courts. Ecorce, gris-roussâtré. Vrilles , fortes. ÉUii médulaire , grand. Boutons, gros et montrant facilement l’association du bouton principal avec le contre-bouton de remplacement.

3. Feuilles. — Oblongues, sans lobes .distincts , mais à troi^ointes principales, inégalement et peu profondément dentées. Echancrure à la base, au point d’insertion du pétiole, mesurant environ le quart de la hauteur, presque fermée en bas par le rapprochement des deux parties de la feuille. Grandes, fortes, mal unies, vert foncé, diaprées de rouge plus ou moins foncé, surtout sur les bords. Nervures prononcées en dessous et même en dessus. Duvet très-abondant en dessous, aspect laineux. Pétiole fort, courL ,

4. Itaisins. — Gros, serrés, cylindriques, renflés au milieu. Grains, gros, ronds; peau fine, couleur vert-blanc. Suc, peu sucré presque acide. Pédoncule, fort et court.

CARACTERES ARRICOLES.

.”. Sol. — Argilo-siliceux. Médiocre.

ü. Sous-sol. — Argileux.

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