‹ La Vigne dans le BordelaisChapitre 34 sur 73 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

TRAVAUX ANNUELS ET RÉGULIERS DU VIGNOBLE

La vigDC T«ut des soîds soqs ecsse renaissrtnts Da la terre Iruis fois il faut fendre les flancs Sans cesse retroncber des feuilles inutiles. Sens cesse tourmenter des coteaux indociles. (ViioiLi : Géorgiqufs, chant II*. )

Dans le livre précédent, en nous occupant des opérations capitales dont il traite, nous avons eu soin de faire remarquer combien ces opérations se trouvaient assujetties : soit aux lois particulières à l’existence de la vigne; soit à d’autres lois de la nature appelées aussi à exercer, sur cette plante, leur action plus ou moins directe.

Dans le livre qui va suivre, et en traitant des opérations, tout aussi utiles mais plus régulières en général qui en font l’objet, nous reconnaîtrons plus encore qu’il s’agit de la satisfaction à donner à ces lois, du concours à prêter à leur action décisive et bienfaisante.

Sans doute le vigneron, proprement dit, n’est pas physiologiste, non plus physicien, chimiste, etc., défaut, du reste, qui ne l’empêche pas, la plupart du temps, de prêter à la vigne le concours le plus rationnel et le plus profitable. Hais comme les lois que commandent scs pratiques, se manifestent en général de la manière la plus

LA VIGNE DANS LE BOllDELAIS

claire et la plus régulière ; comme aussi il a le plus grand intérêt à les observer et surtout à en tenir compte, il suit de là que, sans en avoir fait une étude réelle et complète, sans les avoir pénétrées, sa pratique en général ne témoigne pas moins qu’il en reconnaît l’existence, qu’il en saisit les manifestations, qu’il sait se conformer à leurs exigences, en un mot leur obéir. Or, dit Bacon : « On ne peut commander à la nature qu’en lui obéissant. »

Qu’on cesse donc de se quereller sur ce qu’on nomme, trop souvent sans y attacher un sens bien précis, la pratique et la théorie; car les hommes que l’on range dans l’une ou l’autre de ces deux catégories, sous peine d’avoir perdu la raison, d’être arrivés au point de méconnaître leurs intérêts les plus réels, n’ont d’autre but que de satisfaire aux lois de la nature ; que d’obtenir tout ce qui peut résulter de bien de cette satisfaction quand elle est logique et opportune.

Tous les travaux, ils sont nombreux et variés, réclamés par la vigne pendant ses périodes végétatives annuelles, reposent donc sur les lois de l’existence particulière à eette plante ; sur des exigences ou des facilités résultant de ces lois; ce qui fait qu’il devient possible, en les appréciant à ce point de vue, d’en faire une classification tout à la fois méthodique et naturelle, ainsi que nous l’essayoaas ci-après.

Toutefois, et avant de présenter cette classification, faisons remarquer un autre fait d’une haute portée, au point de vue économique; disons tout ce qu’a de précieux la culture de la vigne, par rapport aux soins nombreux et incessants qu’elle réclame; par rapport à l’occupation variée et soutenue qu’elle olTre à la partie de la population appelée à fournir ces travaux et à y puiser son existence.

TRAVAUX ANNUELS DU VIGNOBLE

Ces travaux sont incessants puisque, ainsi que nous le disait un grand propriétaire du Médoc, le vigneron est obligé chaque année, depuis la taille jusqu’aux vendanges, de passer trente-deux fois d&QS chaque sillon de vigne, sans compter les autres occasions réclamées, soit pour quelque circonstance accidentelle, soit pour une surveillance qui doit être incessante.

Montesquieu, dont nous invoquerons ici la grande autorité, tout à la fois comme philosophe et comme propriétaire de vignes dont il s’occupait beaucoup, reconnaissait cette exigence de la plante en question, en matière de travaux et de main d’œuvre. « Les pays de pâturages, disait-il, sont peu peuplés, parce que peu de gens y trouvent de l’occupation ; les terres à blés occupent plus d’hommes, et les vignobles inOnimcnt davantage. (i)»

Enfin, dans l’Evangile où le père de famille loue tous les ouvriers qu'il trouve inactifs, c’est à la vigne qu’il les envoie; parce que là il y a effectivement du travail pour tous les jours, pour toutes les forces, pour tous les âges pour tous les sexes, pour toutes les intelligences : a Allezvous-en vous autres aussi à ma vigne, et je vous donnerai ce qui sera raisonnable... »

Dans le Bordelais, surtout dans la partie où la vigne est encore traitée à bras, ces travaux divers, ou au moins les plus réguliers et les plus importants, reçoivent le nom collectif de façon, (en patois faycoSn dé bigne) et la façon elle-même se divise en deux grandes classes : façon de serpe et façon de bêche.

La façon de serpe, à cause que cet outil y domine, comprend la taille, le rafraîchissement, aiguisement et remise

(I) Esprit des lois, 1. XXIII, ch. xiv.

en place des cchalas : toutes opérations que l'on désignait, aux XIV* et XV* siècle, sous le nom commun de Sequailla (du patois Séquaille, échalas usés, desséchés et propres seulement à faire du feu).

Elle comprend encore la substitution de nouveaux échalas i\ ceux mis au rebut et le travail d’y attacher les ceps: toutes opérations qualifiées du mot particulier de plaigm (sans doute du latin plicatura, pliage, à cause que cet assujettissement implique effectivement la nécessité de contraindre le cep et ses branches, de les faire ployer).

Elle comprend enfin les provins à faire : ce qui se disait dans le pays prouhatcha (du latin propagare, provigner).

La façon de bêche comprend les trois labours principalement donnés à bras et ayant chacun un nom particulier que nous ferons connaître.

On remarque aussi que ces deux grandes catégories de façons ou travaux, s’appliquent à la vigne dans deux conditions bien distinctes.

Les premiers travaux lui sont donnés pendant la période de son repos annuel, pendant le temps de son existence passive.

Les seconds, pendant la période de sa végétation également annuelle, pendant le temps de son existence active.

D’où la possibilité, pour en faire l’examen successif, de les répartir en deux grandes périodes, ainsi qu’on le voit dans le tableau suivant :

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