‹ La Vigne dans le BordelaisChapitre 8 sur 73 · MOYENNES · texte numérisé non relu

MOYENNES

(I) HabitaeUemeut, les terres jusqn'A 30 centim. de profondeur, ont une tomporatnre qui varie selon les saisons et aussi avec les accidents extérieurs tels que la pluie surtout. Cette température, quand le temps est beau et sec, dépasse ordinairement la température quotidienne correspon-

Ainsi, des chiffres ci-dessus, il résulte que la température de la terre est à la température moyenne et quotidienne de l’air correspondante :

Pour les Palus et marais :: 19,1 : 1C,8.

Pour les tîrares — :: 18,9 : i7,4.

Dans le premier cas, la supériorité de la température de la terre est de2®,3.

Dans le second, cette même supériorité n’est plus que de 0«,3.

Les autres types de terres à vigne, Côtes et Hautes plaines, participent au môme phénomène, selon les circonstances physiques qu’elles doivent principalement à leur couleur. Les premières, ordinairement argileuses, doivent à la coloration souvent très-foncée de ces argiles, une grande aptitude à s’échauffer. Les secondes, au contraire, généralement blanchâtres, restent froides et c’est là même une qualification que leur donnent les praticiens, en observant de ne pas y jeter trop tôt, au printemps, les semences, de crainte de les perdre par le froid.

Selon M. de Gasparin, les terrains colorés auraient même un grand avantage sur les autres, pour communiquer au vin de la force et du spiritueux. Nous sommes parfaitement de son avis sur ce point, mais nous croyons et nous espérons pouvoir le démontrer, que la présence de la chaux dans le sol exerce à cet égard une actlou encore plus prononcée.

ün autre phénomène fort curieux et fort important, par rapport au sujet dont il s’agit, est celui qui résulte encore des cailloux dont nous venons de nous occuper, mêlés aux terres à vignes, principalement quand ces cailloux sont.

dante et la quotité de cet excédant est réglée par la nature et surtout par la couleur de la terre.

ÉTABLISSEMENT DU VIGNOBLE

comme dans nos Graves, de nature siliceuse, arrondis, polis et généralement de couleur claire.

On sait que les rayons lumineux et calorifiques qui tombent sur une surface polie, sont réfléchis par cette surface et que l’angle qu’ils forment en tombant, ou angle d’incidence, est égal à celui qu’ils forment en se relevant, ou angle de réflexion. On sait aussi que cette réflexion a lieu sans que les rayons dont il s’agit aient rien perdu de leur puissance primitive, soit en lumière, soit en chaleur.

Fig. I.

Or, les cailloux de silex, roulés , polis et de couleur claire, qui couvrent les terres des Graves et leur donnent souvent, comme nous l’avons déjà dit, l’aspect des relais de la Garonne, désignés par les riverains sous le nom de graviers, font l’office de surfaces réfléchissantes et, par leur concours, tous les rayons solaires qui étaient venus frapper le sol sans avoir rencontré des feuilles ou des raisins, sont de nouveau renvoyés vers ces fruits, qui s’en trouvent ainsi atteints en même temps dans leur partie

supérieure et dans leur partie inférieure, comme le fait voir la figure 1.

Dès lors, on comprend facilement que placés en quelque sorte entre deux soleils et baignant dans la lumière et dans la chaleur, les raisins venus sur ces sortes de terres, sanscompter les autres avantages qu’elles leur assurent, acquièrent une maturité et des qualités extrêmement favorables au vin.

On comprend encore pourquoi, là ou des circonstances locales sont un obstacle à la maturation du raisin et à la culture utile de la vigne, on s’efforce do reproduire ce moyen d’une manière artificielle. Ainsi, comme le fait remarquer de Candolle, et comme nous l’avons vu nousmême, dans les environs de Foix, on entoure les ceps de grosses pierres, qui se réchauffent par le .‘■oleil et réfléchissent leur chaleur sur les raisins, de manière à en accélérer et à en compléter la maturité (f).

Tous ces phénomènes curieux sont encore ceux qu’avait saisi la sagacité du poète, quand il ajoutait aux vers déjà cités au paragraphe précédent, les vers qui suivent :

C’est 14 qu’à la faveur d’une ardeur réflècliie.

Des fruits les plus exquis la vigne est enrichie.

C’est là que les cailloux, par les labours froisses;

Jettent d’utiles feux vers la souche élancés.

(Rosset : L’Agriculture, chant il).

Selon M. de Gasparin, ces cailloux, à cause de leur composition intime, ont encore l’avantage de conserver la chaleur que leur a communiquée le soleil, longtemps après le coucher de cet astre (2), rendant ainsi, pour la

(1) Physiologie végétale, p. 1234.

(2) Cours d' Agriculture, T. 2 , p. 74.

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plante, la transition du jour à la nuit moins brusque et ajoutant encore à la durée quotidienne d’une température favorable à son fruit.

Toutes ces considérations, Jointes à celles qui précèdent, font parfaitement comprendre combien les cailloux peuvent être précieux dans une terre à vigne et, sans recourir môme à ce que disent Théophraste et Pline (I), touchant la fausse entreprise que firent des étrangers, dans le territoire de Syracuse, «n voulant épierrer leur terre , on a des exemples beaucoup plus récents de semblables entreprises et de pareils mécomptes.

Nous devons également noter, que certaines autres matières minérales, sans avoir de beaucoup les dimensions des premières, sont encore de nature à concourir à son pouvoir d’échauifement. La silice, à l’état de sable particulièrement, est la matière qui retient le plus la chaleur acquise ; qui garantit le plus au sol et relativement une température élevée. Nous pourrions citer des exemples desquels il résulte elfectivement qu’en bien des circonstances nous nous sommes assuré que la température des sables dépassait de beaucoup celle de l’air : bien que celle-ci eut déjà atteint une très-grande élévation, qu’elle eût pu aller jusqu’à 35* au milieu de nos plus chaudes journées.

Ne sait-on pas, d’ailleurs, combien ce fait est sensible dans nos landes siliceuses; dans ces contrées où la végétation herbacée semble cesser avec les derniers jours du printemps et où le sol, en été, brûle encore les pieds du voyageur, longtemps après le coucher du soleil (2).

(1) Ilist. Xat. L. 17.

(2) Od raconte que dans l'intérieur de l'Afrique, les antrnches ne couvent leurs (enfs que la nuit : le sable dans lequel elles les déposentayant le jour assez de chaleur pour eu assurer l'incubation.

Ne pourrait-on pas attribuer encore à cette même cause, rhabltudo

CnparKé de la terre pour l'humidité. — Nous venons de voir les cailloux siliceux concourir de la manière la plus directe à garantir aux vignes, sur les terres où ils abondent, une élévation de température des plus avantageuses. Nous allons voir maintenant ces mêmes cailloux assurer ù la terre une humidité et une fraîcheur, non moins précieuses pour les racines do celte même vigne.

La terre, frappée par le soleil, se dépouille par l’évaporation de riiuraidilé qu’elle pouvait contenir. Au printemps, après la saison des pluies, ce phénomène, favorisé par la capillarité des sols, est avantageux, il en assure un autre tqut à fuit indispensable à la germination des grai- , nés et au développement des plantes : réchauffement de la terre, l’élévation de sa température. Mais quand vient le temps où les pluies sont rares, ou le soleil est ardent, alors il arriverait souvent que la terre céderait trop à une évaporation directe, qu’elle se dessécherait outre mesure, sans les pierres, les cailloux qui recouvrent sa surface et deviennent ainsi un obstacle ù cette évaporation.

Ce phénomène est facile à vériQer dans nos terres de Graves. Pour aussi forte que soit la chaleur, pour aussi grande que soit la sécheresse, pour aussi aride que paraissent ces terres aux jours caniculaires, il sufQt de déplacer un des nombreux cailloux, qui bien souvent alors semblent les recouvrir en entier (1), pour s’assurer qu’au-

des landais , d'itra tonjonn chaussés en sabots, tandis qu'ailleurs 'on voit les habitants des campagnes presque constamment nu-pieds durant la belle saison?

(1) C'est dans ces moments, eiTectivement, que les cailloux paraissent le plus nombreux et qu’ils semblent souvent recouvrir tonte la surface de la terre. l’or.r peu qu’il soit survenu quelques pluies depuis le dernier Labour, celui de juillet, la partie ténue et meuble de la terre a été entraînée et celle-ci se trouve presque complètement recouverte do cailloux. Ainsi se manifeste encore une des harmonies do la culture avec

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dessous il a été retenu de l’huinidilé et que cette condition essentielle do la \égétation ne fait pas complètement défaut à la terre.

C’est du reste par un phénomène semblable que, sous un climat sec et aride, la plaine dite de la Crau, en Provence, conserve encore le privilège de pouvoir nourrir des troupeaux, k Cette plaine est toute couverte de cailloux (1} et ne présente quelque végétation que pendant l’hiver, à l’ombre de ces pierres. Les moutons qu’on y élève, poussent chaque pierre avec le museau et broutent la petite quantité de graminées qui a crû sous cette ombre protectrice (2). » N’est-ce pas aussi sous les pierres et autres fragments analogues que se réfugient, dans nos jardins, les limaces, limaçons et lombrics, pour lesquels l’humidité est une condition essentielle d’existence.

Ajoutons que dans certaines contrées sèches, les horticulteurs garnissent de pierres le pied de leurs espaliers, pour y conserver la fraîcheur; et rappelons à ce propos

les besoins de la plante : cette culture d'ailleurs ne pouvait avoir d’autres causes déterminantes que la satisfaction des besoins immédiats ou prochains de cette même plante.

(I) Les anciens, toujours si poétiques dans leur imagination, donnaient h ces cailloux une origine tout à fait surnaturelle. « La plaine pierrense « {Compris lapidais) , comme on l'appelle, est fatigante à voir : c’est là « quilercule ayant épuise ses flèches dans un combat qu'il eût à soutenir ■ contre .\lbion et Itergion, fils de Neptune, implora l'assistance de Jua piter, qui fit pleuvoir sur ses ennemis une grêle de pierres. On serait U tenté de croire à cette fable, tant est grande la quantité de cailloux Il dispersés sur cette plaine immense. »

(Pomponius Mêla, liv. 2, chap. v).

La Crau, ajoute en note le traducteur de Pomponius, M. Huot, est composée d'un dépôt de cailloux roulés, sur une épaisseur moyenne d’enviion l'i™. Ce dépôt diluvien ou de transport, a dès longtemps fixé l'attention des géologistes, etc.

(•2) De Candolle : Physiotodie végitale.

ridée do paver les vignes qu’on avait, bien a tort, prêtée à l’abbé Rozier (1).

Dussieu, son continuateur dans le Cours complet d’apricullure, après avoir fait remarquer que les treilles de Fontainebleau sont presque toutes plantées dans des cours pavées, ajoute en note : « Le pavé y produit un autre bien ' (que de les défendre contre les scarabées). Autant il serait déplacé sur un terrain humide, ai^ileux, parce qu’il faciliterait la pourriture des racines; autant il est avantageux sur la terre aréneuse et excessivement sèche de ce canton.

Le pavé, en mettant obstacle à l’évaporation de l'humidité souterraine, la retient au pied des plantes, et, par ce moyen, en favorise puissamment la végétation. »

Ainsi que nous l’avons fait remarquer au paragraphe précédent, en nous occupant de la chaleur, la partie ténue de nos terres, celle qui eu forme la plus grande masse, exerce aussi, à l’égard de l'humidité, une action très-prononcée, soit par rapport à la forme de ces molécules, soit par rapport à leur nature. Cette action, beaucoup t plus intime, beaucoup plus cachée, peut être appréciée, dans ses résultats principaux, par des manipulations simples et faciles.

On peut, ainsi que nous l’avons fait pour les quatre types sur lesquels nous agissons, s'assurer d’une manière relative du pouvoir de ces terres pour retenir l’eau. Cette épreuve capitale est d’ailleurs sufQsante pour nous faire

(I) Cours complet d’agriculture, t. X, p. 279.

Arthur Young, a fait justice de cette prétendue idée, ou plutôt de ce ridicule prété k l'abbé Rozier, bien qn'il ne fût pas , de tant s’en faut, le partisan de l'agronome français. Voir son Voyage en France, édition de 1860, t. Il, p.SU.

ÉTABLISSEMENT DU VIGNOBLE

juger, d’une manière générale, de la capacité hygrométrique de chacune d’elles (l;.

100 parties de terre ont retenu.

en eau.

après en avoir

été saturées de ce liquide :

, Palus

Côtes

Plateaux

Graves i ,

Parmi les matériaux constitutifs

du sol arable, les plus

bygroscopiques sont l’humus et

l’argile.

On comprend

dès lors pourquoi la terre des Palus est celle dont la capacité pour l’eau est la plus grande.

Après la terre des Palus vient cello'des Côtes. Or ici l’argile est encore très-abondante. 11 faut aussi faire attention que la chaux, qui domine à l’état de marne, dans plusieurs terres de cette catégorie, par sa grande division et son aflinité pour l’eau, ne le cède guère à l’argile pour la propriété dont nous nous occupons.

La terre des Plateaux occupe le troisième rang. Elle contient moins d’argile. Elle est complètement privée de chaux.

Enfin vient, au quatrième rang, la terre des Gram, dans laquelle aussi l’argile est en moindre proportion et l’humus presque nul.

Toutes ces différences ont des manières de se traduire, sur la vigne et sur le vin, que la pratique connaît trèsbien, et qu’elle apprécie avec non moins de justesse. Sans aller jusqu’aux points extrêmes, où le trop et le trop peu d’humidité peuvent mettre de sérieux obstacles, soit à la culture utile de la plante, soit à la quantité et ù la qua-

(I) Voir pour la pratique de cette opération, indiquée par Schabler, le Cours d’agriculture de M. de Gasparin, t. I, p. 163, ou notre propre ouvrage sur la Connaissance des terres, p. 286.

lilé de scs produits, on comprend très-bien que, sous tous ces rapports , il peut y avoir des difTérences notables entre les terres dont nous nous occupons.

Ces différences sont surtout du domaine de la culture, et nous ne pouvons nous en occuper encore. Cependant, dès cet instant nous devons dire qu’elles peuvent porter d’abord sur la plantation : époque et mode. Toutes choses égales d’ailleurs, on plantera plus tôt dans un terrain six que dans un terrain humide; plus profond dans un terrain sec que dans un terrain humide, etc...

Sur le moment du développement printanier et sur la chanci^es accidents susceptibles alors d’atteindre le végétal. Dans les terrains secs la vigne s’épanouit plus tôt ; dans les terrains humides, elle est plus exposée è ce premier moment à l’effet des gelées. La coulure peut aussi dépendre de ces deux états, quand leur tendance vers l’excès se trouve trop prononcée.

Sur la maturation : toujours plus rapide et bien souvent aussi plus complète dans les contrées à terres sèches que dans les contrées à terres humides.

C’est ainsi qu’entre les Graves et les Palus, chaque année le moment de la vendange offre une différence de dix à quinze jours. Ce qui prouve au surplus que telle est effectivement la cause capitale de cette variation, c’est qu’il a été constaté, dans les Palus en général, et notamment dans celles des Quei/ries, vis-à-vis Bordeaux, que cette même époque s’était très-sensiblement rapprochée; que la différence avec celle des Graves avait très-sensiblement diminuée , depuis les travaux d’assainissement et de dessèchements entrepris dans la contrée.

Enfin, nous pouvons ajouter, touchant la double influence dont nous nous occupons, que très-certainement aussi la quantité et surtout la qualité des vins obtenus se

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montrent, dans des limites sans doute difCciles à apprécier et extrêmement variables, assujetties au plus ou moins d’humidilc des terres.

Toutes ces appréciations, au surplus, sont encore sujettes à bien des modifications, par rapport aux expressions météorologiques propres à chaque année distincte. En un mot, quand l’année est sèche, tes terres auxquelles on donne la môine qualiücation, courent risque de voir celte propriété prendre des proportions excessives, capables de nuire à la vigne et à son produit. Au contraire les terres, déjà humides par nature, se trouvent bien, ainsi que leurs produits, d’un tel régime. Le contraire a lieu quand l’année est humide; alors ce sont les terres sèches qui se trouvent favorisées et les terres humides peuvent souffrir.

On a vu plusieurs fois, et ailleurs nous en citons des exemples pour les XVI«, XVTI”, XVIII* et XIX* siècles, la vigne souffrir grandement de la chaleur et de la sécheresse, dans les Graves et dans les fonds plus ou moins sablonneux. La chute des feuilles, la flétrissure des raisins, la diminution sensible de la quantité du via , sa rudessse, etc., sont autant do conséquences d’un tel régime.

On a vu aussi, comme en 1816 notamment, comme en 1860 encore, une humidité excessive et continuelle contrarier, il est vrai, la vigne dans les Graves, enlever toute la qualité au vin; mais porter dans les Palus un obstacle complet à la maturation du, raisin, ôter tout espoir do vendanges u,tilcs à ces localités.

Art. il — I.nflce.nce de l'état chimique de la terre sur

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