‹ La villa impériale de Tibur (villa Hadriana)Chapitre 14 sur 111 · Pline, iiv. V, lettre VI · texte numérisé non relu

Pline, iiv. V, lettre VI

LA VILLA HADRIANA

Fig. 39. — Smyrne (Antinous).

Fig. 40.

Alexandrie (le Phare)

posé de façon à recevoir la partie lourde du service, tandis que les plats légers flottaient sur des vases en forme de navieelles et d'oiseaux. Des jets d'eau jaillissant alimentaient des petits ruisseaux et des fontaines, et des sièges ombragés invitaient au repos les promeneurs fatigués.

On ne peut tout citer; mais, mieux que toute description fantaisiste, les détails

tirés de Stace et de Pline nous initient aux curiosités et aux bizarreries des Romains. Nul doute qu'Hadrien, dans ses délices, sut apporter tout ce que la mode et la fantaisie lui suggéraient, cherchant, dit Aurelius Victor, avec une inlassable sollicitude, tous les raffinements du luxe et de la volupté.

Si, h la villa d'Hadrien, pour les jardins et les fontaines, tout est laissé à des souvenirs littéraires ou à notre imagination, nous pouvons aujourd'hui encore avoir un aperçu de quelques-uns de ces détails en visitant, à Tivoli, la villa d'Esté conçue, pour le cardinal de ce nom, par Ligorio, au xvie siècle. Le fameux architecte napolitain explora la villa tiburtine, s'en inspira, la dépouilla de ses statues et lui emprunta ses matériaux ; aussi peut-on dire que toutes les œuvres d'art antique de la villa d'Esté proviennent de la villa Hadriana. D'une promenade dans cette villa, aussi bien que des descriptions de Stace ou de Pline, il nous reste une impression de fraîcheur; l'eau est partout. Telle fut aussi la villa d'Hadrien; le nombre des fontaines, que les ruines laissent encore deviner, y est considérable. Combien de murs et de grottes ornés de niches où l'eau arrivait par FlG" 42' ~ Le Nil>

des tuyaux dont on voit le tracé! Que d'euripes, de nymphées distribués selon les ressources d'un César !

Des édifices, il est heureusement resté plus de vestiges que des jardins ; ils étaient vastes et nombreux; la villa, en effet, avait trois théâtres, un stade et plusieurs thermes. Des dépendances considérables étaient aussi réservées aux soldats, aux serviteurs, à tout le personnel nécessaire pour l'administration d'un si grand domaine. Les invités avaient aussi leur logement, à côté de ceux de l'empereur et de l'impératrice. Hadrien, sans doute, parlait de sa villa de Tibur quand il écrivait à sa mère : « C'est aujourd'hui mon jour de naissance, il faut que nous soupions ensemble: viens donc, bien parée, avec mes sœurs; Sabine, qui est à notre villa, a envoyé sa part pour notre repas de famille1. »

Fig. 41.

Alexandrie (Antinous-Mercure

1. Cf. Dosithée, 15. Corpus juris antejust. Edit. Bôcking, t. I, p. 212. Duruy, Histoire des Romain*, t. V, p. 140.

INTRODUCTION

Fig. 43.

L'empereur Hadrien.

Fig. 44. — Hadrien

Restaurateur du Monde.

Hadrien, dit Philostrate, se plaisait à Tibur et à Antium plus que dans tout autre lieu d'Italie. Peu épris de Rome, il aimait, dans sa villa, à s'entourer de savants, d'artistes, de musiciens, de beaux esprits, les traitant bien, les enrichissant mieux encore. Toutefois la mort ne lui permit pas de s'y complaire longtemps ; en 138, il y eut un (lux de sang et mourut à Baies sur le golfe de Naples, où il s'était fait transporter. Son corps fut

brûlé à Pouzzoles dans la villa de Cicéron.

La villa de Tibur, malgré les vives critiques dont elle a été l'objet, est encore un des

lieux d'Italie où l'archéologue et l'artiste sont

le plus attirés. Il n'y a pas à discuter ici le

goût qui porta Hadrien à réunir en un même

lieu une partie des curiosités qu'il avait admirées dans ses voyages, et dont il fit un immense

musée. Ce goût, chacun le ressent à différents degrés. Il est si naturel de conserver les souvenirs de ses voyages; chacun le fait à sa façon, selon ses moyens et son intelligence. Combien sont heureux de posséder quelques vues, quelques objets provenant de lointaines régions qu'ils ont visitées!

Nous savons aussi avec quelle ardeur les œuvres d'art furent collectionnées par les riches Romains, Cicéron, Hortensius, Lucullus, Verres; si donc il n'est pas surprenant de trouver à la villa des œuvres ou des copies d'œuvres célèbres de

la statuaire antique, il est assez logique que

ces œuvres aient été renfermées dans des

palais dignes d'elles.

L'œuvre d'Hadrien est colossale, et fut

même une véritable folie. Que d'élégances,

que de grâces renferme cette villa, et quel

nombre prodigieux d'œuvres d'art y a-t-on

trouvé! Elles meublent, en partie, les musées d'Europe. Les ruines, encore importantes, sont, dans maints détails, d'une hardiesse et d'une légèreté incomparables. Les architectes en firent la matière de remarquables travaux; les archéologues y eurent des trouvailles exquises.

Si les sculptures retrouvées peuvent être classées parmi les bonnes copies antiques, que dire de la fantaisie capricieuse des somptueux monuments aux plans nouveaux et ingénieux, où tout était réuni pour le plaisir des yeux dans un des plus admirables décors que l'on pût imaginer? Délices d'un César, que nul autre Romain n'a égalé pour la diversité de ses sensations! Certes, ce n'était pas le goût grec absolu, mais le goût gréco-romain, toujours varié, qu'il s'inspirât de la Grèce propre, de l'Ionie, de l'Orient ou d'Alexandrie; c'était l'imprévu délicat et le caprice aimable : l'art uni à la nature.

La villa d'Hadrien est le Versailles anéanti d'un César. Certes, sur les murs dénudés,

Fig. 45. — La Stabilité.

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