Trad. Tardieu
LA VILLA HADRIANA
avoir eu plusieurs autels dans la villa, comme tendraient à le prouver les nombreux bustes et statues de ce favori qu'on y a retrouvés.
De chaque côté de l'exèdre existent de petites chambres; lune d'elles donne sur un
Fig. 202-203. — Plan du Canope (État et restauration, par M. Sortais).
corridor qui va se greffer à un grand mur le long duquel courait un couloir bordant tout le plan des jardins dits de V Académie, situés à un niveau supérieur vers le sud-ouest.
Le côté ouest de la vallée (fig. 204-205-206-207) est soutenu par une ligne de constructions contenant dix-neuf chambres de même dimension, ainsi que deux en retour vers le nord, et, au sud, une plus petite, que M. Winnefeld pense avoir été la cage de l'escalier.
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Ces pièces, nous dit M. Sortais, sont protégées contre l'humidité par un mur double avec cloison d'air intérieure, disposition fréquemment employée à la villa pour les constructions appuyées à des terrains.
Fig. 204. — Salles latérales 13 du Canope.
Les chambres les plus hautes, selon M. Winnefeld, avaient été partagées dans le sens de la hauteur; celles du bas couvertes par un plancher à solives, les autres voûtées en berceau, conservent encore des traces de peintures. Au-dessus de ces salles devait régner une terrasse. La chambre du milieu, maintenant effondrée, renfermait, pense-t-on, un escalier desservant une galerie extérieure soutenue par des piliers légers et posée sur les consoles de travertin qui, comme aux Cento camere, sont encore en place. Devant ces bâtiments, sur une longueur de 100 mètres, s'élevait donc un portique qui offrait cette particularité d'être construit par moitié à deux niveaux différents, à cause de la pente du terrain atteignant jusqu'à 2 mètres [fig. 205). Il est à croire que ces chambres
alignées du rez-de-chaussée représentaient les petites chapelles du Sérapéum de Canope d'Egypte. Nous retrouvons une disposition analogue dans les petits monuments votifs qui précèdent le temple d'Esculape à Lambèse, bâti par Marc Aurèle et établi sur un plan offrant quelques rapports avec le Sérapéum de la villa1.
A l'extrémité nord, quelques chambres supérieures ont été reconstruites au commen-
Fig. 205. — Partie centrale des salles l> (photographie de M. Sortais).
1. Voir S. Gsell : les Monument* antiques de l'Algérie, I. II, p. 141.
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cernent du xix' siècle pour servir de logement à des cultivateurs dont les vignes occupaient tout le fond de la vallée canobique.
Des fouilles exécutées par M. Sortais devant le Sérapéum firent retrouver le radier d'un bassin ou canal dont la largeur seule put être déterminée, car les sondages faits au
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Fig. 21)6-207. — Coupe longitudinale du coté ouest du Canope (État et restauration par M. Sortais).
centre ne donnèrent pas de résultat appréciable. Toutefois un Canope auquel on n'aurait pas pu accéder par eau aurait peu rappelé celui d'Egypte; aussi Contini suppose que le canal
Fig. 208. — Voûte hémisphérique I) nu Sérapéum.
occupait toute la place limitée à droite et à gauche par les constructions, soit 220 mètres sur 80. Quand bien même on admettrait ces dimensions, — qui cependant auraient été d'un bel effet, — on doit croire qu'il existait une pièce d'eau devant le Sérapéum, qui luimême était garni de fontaines débitant une eau abondante.
Le Sérapéum se présente, à l'extrémité sud de la vallée, avec une voûte hémisphérique D
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(fig. 208-209), et deux ailes G. Cette abside, de 15 mètres de diamètre, était ornée de huit petites niches alternativement carrées et rondes, d'où coulaient des fontaines et des jets
Fig. 209. — La salle D et l'aile droite II (photographie de M. Sortais1
d'eau retombant en nappe dans le canal où baignait l'abside. Au-dessus de ces niches, et dans l'épaisseur du mur, de petites cellules communiquent entre elles par un trou percé
Hypothèse de Piranése
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exh1" O OI Fig. 210. — Plans comparés du portkjue central, d'après Piranesi, Canina et M. Sortais.
dans la voûte intermédiaire. M. Sortais suppose que ces évidements étaient destinés à combattre l'humidité.
La façade du Sérapéum a été théoriquement reconstituée de diverses façons par différents auteurs (fig. 210-211), San Gallo, Contini, Piranesi, Canina. Tous ont commis
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l'erreur de fermer l'ouverture de l'abside par un portique double compose de nombreuses
COVPP; TRANSVERSALE
Fig. 211. — Restauration du Sérapéum, par M. Sortais.
colonnes. Actuellement la façade est enfouie à près de 3 mètres au-dessous du sol moderne;
ce qui, ajouté aux fragments des blocages dont le terrain est encombré, nuit considérablement à l'aspect du monument, dont la hauteur se trouve ainsi considérablement
réduite.
M. Sortais, par des fouilles partielles,
que malheureusement on le contraignit à recouvrir, détermina la disposition du portique (fig. 21-2). Avant lui, dans les fouilles pratiquées vers 1538 et en 1744, à droite en avant du Sérapéum, on avait découvert les deux Télamons de granit rose, les Cioci de la place de Tivoli, aujourd'hui au Vatican, des statues brisées, des vases égyptiens destinés au culte ou objets de luxe, des inscriptions doliaires, etc. En déblayant, comme nous l'avons dit, le portique reconstitué par Piranesi, San Gallo, Canina, etc., M. Sortais a découvert que, au lieu des douze colonnes groupées sur deux rangs, il n'y en avait que quatre dont deux engagées, en marbre cipolin et d'ordre ionique, comme le prouvent les fragments de base et un chapiteau qu'il a retrouvés. Il n'y eut donc à ce portique que
Fig. 212. - Fouilles] exécutées par M. Sortais et découverte DES RASES DES DEUX COLONNES DU PORTIQUE
CENTRAL (photographie de M. Sortais).
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trois entre-colonnements au lieu de sept de sorte que, par de spacieuses ouvertures, on pouvait jouir de la vue de l'abside, des fontaines et de la riche décoration de l'ensemble.
Plus haut que le portique dominant la grande niche largement ouverte et soutenue par un arc élancé, on voit dans les murs les nombreux trous de scellement des marbres
Fig. 213. — Intérieur du sanctuaire E.
décoratifs et des mosaïques dont était entièrement recouverte la voûte hémisphérique ; on y voit même encore en place quelques cubes d'émail blanc et coloré. Il est probable que, comme dans les mosaïques des fontaines de Pompéi construites par des artistes alexandrins, le bleu dominait. Les autres voûtes du Sérapéum étaient ou décorées en mosaïque ou recouvertes d'enduits peints.
Les fouilles de M. Sortais modifient aussi, en ce qui concerne les sanctuaires latéraux des ailes H, les plans antérieurement acceptés. En outre, au lieu d'une grande nappe
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d'eau intérieure, il découvrit deux canaux concentriques, dans lesquels se déversaient les fontaines des niches et un petit bassin central, qui alimentait le grand canal par un chenal souterrain recouvert de dalles formant pont afin de faciliter le passage entre les deux
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Fig. 214.
La salle F.
petits canaux. Dans Taxe de l'exèdre, s'étend un large corridor qui était en partie voûté et en partie à l'air libre ou vitré ; c'était le sacrariwn du sanctuaire {fig. 213), terminé au fond par une grande niche ornée d'une statue qui était probablement celle de Sérapis. Devant la niche la voûte était interrompue pour que la lumière pût éclairer la statue divine ; il en était de même dans le sanctuaire du Sérapéum d'Alexandrie, où un rayon
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arrivait sur la bouche du dieu, comme pour lui baiser les lèvres1. Il est possible que la
belle statue en marbre d'Osiris, dite l'Antinous égyptien du Vatican, ait occupé cette niche.
Dans les murs latéraux de ce sacrarium sont
creusées dix niches d'où proviennent les
dix statues pseudo-égyptiennes en basalte
de Massimi. Il n'existait pas de sol dans
toute l'étendue de ce sanctuaire, mais un
canal sur lequel, dans la partie voûtée et
ornée de dix niches, était établi un large
pont de 8 mètres. Piranesi ne donnait que
2 mètres à ce pont, M. Sortais a rétabli la
dimension véritable. Le canal était alimenté
par une fontaine qui jaillissait sous les pieds
de la statue de Sérapis-Osiris.
Tout le côté droit du sacrarium est entouré par une haute salle F (fig. 214), concen-
Fig. 215. — Aile droite II (photographie de M. Sortais).
Fie. 216. — I/abside du Sérapéum et vue de la yalliîe Canobique (photographie de M. Sortais).
trique à la grande niche et éclairée par six jours ronds percés dans la voiïle divisée en panneaux peints, à tons plats d'un brun violacé et jaune sur fond blanc teinté de bleu
i. Ebers-Maspero, l'Egypte.
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217. — Fragments de sculpture du Sérapeum photographie de m. sortais).
pâle. Dans le haut des murs de cette salle bizarre, des échancrurcs livraient passage à des conduites d'eau venant de la toiture. Dans la partie gauche, un escalier conduisait aux salles supérieures, dont les voûtes supportaient probablement une terrasse. Quant aux ailes II (fîg. 215), dans lesquelles étaient des latrines, elles étaient composées de grandes
salles voûtées à plusieurs étages desservies par les escaliers ; là sans doute se trouvaient les logements des prêtres, et peut-être aussi les salles d'étude rappelant celles du Sérapeum d'Alexandrie, « qui était devenu le foyer où s'alimentait le mysticisme des diverses communautés dont Alexandrie était remplie ».
A M. Sortais on doit aussi d'avoir fixé le style des monuments du Canope, non comme l'avait tenté Canina, en style égyptien, mais comme l'avait compris Piranesi, c'est-à-dire en un style ionique romain. La décoration seule était pseudo-égyptienne, mais d'un égyptien interprété par des Gréco-Romains, genre très en faveur sous l'empire. Dans ses fouilles (fîg. 217), M. Sortais découvrit des fragments de marbre d'une grande richesse et de toutes provenances, tels que albâtre oriental, porphyre rouge, vert et jaune antique, marbre noir et blanc, cipolin, serpentino, porta-santa, marbre gris, blanc, bréché, etc., tous matériaux utilisés comme placages ou colonnes. On retrouva aussi des morceaux de terre cuite et de verre et des stucs colorés en rouge, en jaune et en bleu.
Comme anciennement, on peut monter, derrière le Sérapeum (fig. 216), sur les terrains qui le dominent et où se trouve l'édicule M. On aperçoit alors le développement de l'abside du sanctuaire percée de larges baies placées sur deux rangées, et les deux petits aqueducs (fig. 218) qui amenaient l'eau dans un chenal semi-circulaire ménagé sur le toit du sanctuaire et percé d'autant de trous qu'il y avait de fontaines dans la grande exèdredu Sérapeum. Au loin, la perspective fuit dans la vallée pointant vers le Pœcile, et, à droite, se dresse le massif des thermes près desquels s'élancent les ifs gigantesques plantés par Fede, tandis que, à l'horizon, la campagne et les monts éloignés de la Sabine s'harmonisent dans les vapeurs de l'atmosphère.
La longue terrasse, située à l'est de la vallée, ne communique pas avec le Canope, et cependant le côtoie sur toute son étendue; la place était bien choisie pour dominer ces mo-
FlG.
18. — Aqueduc greffé dans l'axe du Sérapeum (photographie de M. Sortais).
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numents pseudo-alexandrins. Delà (fig. 219), il était facile d'assister à tous les jeux canopiques, de voir naviguer des barques qui, comme celles de la mosaïque de Palestrina, rappellent les gondoles de l'ancienne Venise. Là sans doute, pour créer l'illusion d'un passé qu'il avait vécu, Hadrien s'était plu à rassembler tous les souvenirs de la voluptueuse Alexandrie.
Fig. 219. — Le Ganope, vu de la. terrasse située à l'est de la vallée Canobique.
FlG. 220. — SUBSTRUCTIONS DES BATIMENTS SITUÉS AU SUD DES THERMES,