BUSTES
Plus encore que les œuvres d'art décoratif, le nombre des statues trouvées à la villa est considérable; nous en publions une grande quantité; mais beaucoup ont disparu. Les barbares de toutes les époques ou enfouirent les statues dans le Pantanello, ou les brisèrent et en firent de la chaux. Bulgarini cite quatorze tètes et onze torses retrouvés dans le marais fangeux. Du temps d'Hadrien jusqu'au xvie siècle, époque où la villa fut bouleversée, on peut supposer aussi qu'un certain nombre d'oeuvres d'art, échappées au massacre et indiquées aujourd'hui comme provenant de Rome ou des environs, ont appartenu à la villa Hadriana. Les empereurs eux-mêmes ont dû transporter de la villa à Rome quelques-unes des œuvres qu'Hadrien y avait accumulées et elles n'étaient certainement pas les moins parfaites. Ce musée, mine inépuisable, se composait surtout de copies; mais il eut aussi des œuvres originales. Quelques statues rappelaient des souvenirs de voyage ; d'autres servaient à orner des fontaines, des jardins et des portiques.
Parmi les figures affectées à la décoration des fontaines et dont l'exécution est souvent médiocre, citons le Satyre à l'outre (fig. 411) (à la villa Albani) ; le Bacchus enfant (fig. 442) tenant d'une main une grappe de raisin et de l'autre une urne, trouvé en 1812; Y Enfant au Vase1 (fig. 443) (Galerie des Candélabres, Vatican). Comme fontaine fut probablement utilisée cette statue de femme (fig. 444) où, sur la base, se lit le nom ANCHYKRHOE (à Blundell
Fig. 441.
- Satyre avec une outre (villa Albani).
(Restaurations: Le boul du nez, le pouce et l'index de la main gauche, l'orifice de l'outre, les jambes, le tronc d'arbre, la plinthe.)
1. Indiqué par M. Massi ; mais Clarac le dit provenir de la villa de (Juintilius Varus.
LA VILLA HADRIANA
Hall), marbre grec qui, après être passé par les ateliers des sculpteurs Lisandroni et Antonio d'Esté, fut vendu à sir Blundell. La tête, dit Clarac, est moderne ; le restaurateur a cru
Fig. 442. — Bacciius enfant (d'après Clarac).
(Restaurations: La main droite et les raisins.)
Fig. 443. — Enfant avec une urne (galerie des Candélabres, Vatican).
Fig. 444. — Nymphe (d'après Clarac).
(Restaurations : La tête, les deux bras et presque toute la jambe droite.)
devoir la surmonter d'une fleur de lotus et faire ainsi de cette statue une nymphe du Nil
Fig. 44b. — Masque colossal Fig. 4*6.— Masque colossal d'une p1(. ^de Cybèle (Musée du Capi- diyinitédeseaux(d'aprèsPenna)
tôle, À Home). (Vatican, Chiaramonti).
— Masque colossal (magasins de la villa)
Quelques têtes colossales, exécutées au point de vue décoratif et largement traitées, ne sont pas dépourvues d'une certaine majesté ; entre autres celle de Cybèle (fig. 445)
1. Anchinoë et non Anchyroë, dans Apollodore, est le nom de la mère de Danaïis et, dans Pausanias, Archirroë est le nom d'une des nymphes du temple de Mégâlopolis, caractérisée par une hydrie.
ART ET NATURE
(musée du Capitole), une autre tète de divinité, encore à la villa (fig. 447), et le buste colossal de l'Océan (fig. 446), dont la bouche ouverte laissait couler l'eau.
Les jardins, les portiques et les salles étaient aussi ornés d'hermès. L'un des mieux conservés est l'Hercule jeune couronné de chêne de la Galerie géographique au Vatican {fig. 449) et Thermes de femme du Musée du Capitole (salle des Colombes, 87), ainsi que deux torses engainés de Bacchus et de Bacchante (fig. 448 et 450), et un hermès de Faune, cité par Bulgarini.
Fig. 448. — Hermès bachique (d'après Clarac).
(Restaurations: Lierre et raisins de la coiffure.)
Fig. 449. - Hermès d'Hercule jeune (Galerie géographique du Vatican).
Fig. 450. — Hermès de bacchante (d'après Clarac).
Deux bustes hermétiques de femmes de grandeur colossale (fig. 451-452), dont la coiffure rappelle l'onkos des auteurs tragiques et que l'on a trouvés au théâtre grec, se distinguent par la froideur de l'expression ainsi que par le fini du travail. M. Helbig, tout en reconnaissant que ces deux têtes ont rapport à l'art dramatique, met quelque difficulté à retrouver la muse de la Comédie dans l'une d'elles. Le sculpteur, dit-il, pour conserver une symétrie entre les deux hermès, aurait coiffé la muse comique d'attributs qui ne la caractériseraient pas. La muse qui se rapproche davantage du type de la Melpomène du Vatican représente la Tragédie.
A ces quelques hermès viennent se joindre un certain nombre de bustes hermétiques de philosophes et de personnages grecs dont les noms, inscrits en grec, ont été relevés par plusieurs auteurs (fig. 453-458) : Orsini, Fabbro, Andréa Scoto, Vulpi, Pighius, Bulgarini, etc. Kaibel, dans le Recueil des inscriptions grecques de Sicile et d'Italie, les a
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Fig. 453. — Buste hermétique d'Eschine (d'après Penna).
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Fie. 434. — Buste hermétique d'Heraclite (d'après Pensa).
Fig. 455. — Buste hermétique d'Isocrate (d'après Penna).
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Fig. 456. — Buste hermétique de zenon (d'après penna).
Fig. 437. - - Buste hermétique de mlltiade (d'après penna).
Fig. 458. — Buste hermétique de Carnéade (d'après Penna).
Fig. 459. — Bustes hermétiques de personnages grecs (Musée du Louvre).
(Restaurations : Partie du haut de la tête, côté gauche du front avec l'œil, partie du sourcil droit, du nez, de l'oreille gauche et buste.)
Fig. 460. — Bustes hermétiques de personnages grecs (musée du louvre).
(Restaurations : Partie du haut de la tête, nez, ljout de l'oreille droite, buste.)
272 LA VILLA HADRIANA
réunis1. Ils doivent provenir en partie de la Piazza d'Oro. Tels sont ceux de Zenon, Carnéade, Aristophane, Isocrate, Heraclite, Miltiade, Aristogiton, Démosthène, Eschine, Aristote, Homère, Socrate, Bias, Pythagore, Théophraste, Solon, Périclès, Anacréon, Alexandre, etc. Les inscriptions, que nous reproduisons d'après Penna, ne semblent pas authentiques. Peu de ces bustes, dont plusieurs sont dans des musées, ont été identifiés; nous savons que le pape Jules III en avait recueilli dans sa villa.
Fig. 461. — Buste hermétique d'Antisthène (Musée du Vatican) (phot. Alinabi).
Le musée Torlonia possède un buste de Sophocle (161) ; le Musée du Capitule, celui de Platon (salle des Colombes), et le Musée du Louvre, un hermès double de personnages grecs (fig. 459-460), supposés être Sophocle et Aristophane, tètes de caractère; au Vatican (Salle géographique), le buste d'Antisthène (fig. 461), disciple de Gorgias et de Socrate, dont la tête est bien grecque de facture.
Parmi les personnages romains, Bulgarini mentionne un Sènèque, un buste de Romain inconnu (à Margam)2, un autre au Vatican (fig. 462) dans la salle des Bustes, au visage replet et sévère, puis un vieux Romain aux traits amaigris (Salle en forme de croix grecque) — buste
1. Kaibel, Inseriptioncs Graccw Sicilix et Italix, nos 1128, 1130, 1133, 1134, 1136, 1140, 1145, 1159, 1163, 1165, 1167, 1168, 1170, 1174, 1178,1186, 1190, 1192, 1195, 1196, 1203, 1208, 1221, 1222, 122k