‹ La ville de DavidChapitre 13 sur 49 · MONT SIOX V · texte numérisé non relu

MONT SIOX V

temple et le réduisit en cendre. Contraints d'abandonner l'esplanade du sanctuaire, « les séditieux, dit l'historien, se réfuf2;ièrent dans la ville (l), » sur Ici colline occidentale ; aucune résistance ne fut organisée à rOphel. Bien c[u'il leur restait encore la vraie citadelle de Jérusatem, l'antique Sion, les deux chefs, Jean et Simon, hésitèrent à affronter la lutte suprême. Sentant leurs forces épuisées, ils demandèrent au <;énéral romain une entrevue pour traiter de la paix. Le vainqueur s'empressa d'accepter la proposition et se plaça « à l'occident du temple ; car il y avait là des portes ouvrant sur le Xyste, et un pont qui du temple conduisait à la ville haute (2;. Le pont s'étendait entre les deux tyrans et César (3). »

Mais quand Titus entendit que Jean et Simon, loin de s'abandonner à sa clémence, avaient laudace de dicter leurs conditions, il rompit l'entretien en déclarant qu'il ne restait plus qu'à mourir.

Dès le lendemain, les soldats incendièrent le palais des Archives, l'Acra, le palais du Conseil et TOphla. Le feu gagna même le palais d^ la reine Hélène, qui s'élevait au milieu de l'Acra (4).

Les Romains n'eurent pas de peine à mettre le feu à rOphcl et aux édifices alignés au fond de la

(1) Uell.Juil., VI, VI, 1. — C'est toujours à la même colline, à rocculont, que se réfugient les défenseurs de la ville, lorsque le temple tombe entre les mains de l'ennemi.

(2) Le pont conduisait bien à la ville haute, mais par l'intermédiaire de la ville basse, comme au temps de Pompée.

(3) Bell, jtid., VI, VI, È. — ,M. Schicii \Der Tenipel in Jnusdieui, 189G, p. 180) pense que le viaduc était interrompu en son milieu, et qu'une arche était remplacée par un tablier en bois, qu'on pouvait enlever en cas de nécessité pour interrompre la communication entre le temple et le mont Sion.

(i) Bell, jud., VI, VI, 3.

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vallée. S'ils réussirent à pénétrer dans la ville basse, c'est, sans doute, grâce au petit peuple, las de la guerre. « Mais les séditieux .se ruèrent dans le palais ro^'al. où, à cause de sa forte position, beaucoup avaient déposé leurs richesses; ils en chassèrent les Romains, tuèrent huit mille quatre cents hommes du menu peuple, pillèrent tout l'argent en dépôt et prirent A-ivants deux soldats romains, un cavalier et un fantassin 1 i. »

L'Acra démantelée, et même abaissée par les Asmonéens, n'avait plus rien de son ancien caractère et ne se trouvait plus en état d'offrir une sérieuse résistance. Aussi les légions ne pouvaientelles tarder de revenir à la charge. « Le lendemain, les Romains chassèrent les brigands de la ville basse, et la livrèrent aux flammes jusqu'à Siloé. Ils eurent la satisfaction de voir l'incendie consumer la ville, mais le butin leur échappa, parce que les factieux, après avoir tout pillé, s'étaient retirés dans la ville haute i2i. »

Les Romains cernaient ainsi le Sion à l'est et au nord, puisque la vallée centrale et la vallée transversale étaient eu leur pouvoir. Pour expliquer la retraite des Juifs, il faut donc supposer que lAcra communiquait avec le marché haut par une ligne que les ennemis n'atteignaient pas. La ville basse, qu'on livra aux flammes après le départ des factieux, sera donc nécessairement la moitié orientale du mont Sion, depuis la première enceinte au nord jusqu'à la piscine de Siloé, et depuis le Tyro-

{l)Bell. jnil., VI, vu, 1.

(2) Uell. jud., M. VII, 2.

péon de Josèphe jusqu'à la vallée centrale (1).

Restait le dernier boulevard de la V^ille sainte, rUrusalim de Melchisédech, la Sion des Jébuséens, qu'llérode le (irand avait fortifiée avec un art merveilleux. 11 fallut recommencer un nouveau siège, et Titus comprit que prendre la ville haute, même du côté du nord où la vallée était la moins profonde, était une entreprise ardue. Voilà pourquoi il ordonna aussitôt d'élever aux deux extrémités septentrionales les chaussées nécessaires pour le jeu des machines de guerre.

« César, comprenant que sans l'aide de batteries on ne pouvait songer à prendre la ville supérieure, à cause des précipices qui l'environnaient, partagea le travail entre les troupes, le vingtième jour du mois d'août i2)... Les quatre légions furent employées à l'occident, à l'angle du second palais d'Hérode, et les troupes auxiliaires avec la foule vers le Xyste, le pont et le fort que Simon construisit lorsqu'il fit la guerre à Jean, /,%-% tov çuttôv \^r/j\ xal rv/ '^îz't^'j:/ xal

La tour de Simon ne pouvait se trouver que dans l'Acra. Josèphe avait raconté que Jean éleva quatre tours très hautes sur l'esplanade du temple; l'une au-dessus du X3'ste et une autre un peu plus au sud, « en face de la Aille inférieure », afin de pouvoir lancer de plus haut des llèches et autres engins meurtriers sur les troupes de son rival i4i. Celui-ci

(1) Le liane oriental du mont Sion était habité jusqu'au fond de la vallée par une population très dense, comme l'ont constaté les explorateurs. Voir Blis.s, Excavations at Jertisaleiii, Londres, 1898.

(2) La ville fut investie à la PAque juive qui tombait, l'an 70, au li avril. (.'{) Brll.Jud., VI, VIII, 1.

CO Bell, jml., IV, IX, \i : — V, i, 2.

répondit en dressant une tour semblable de son côté. Or, Simon occupait la ville basse en face du temple.

Quant au Xyste, il n'est pas facile d'en préciser l'emplacement. Josèphe semble l'indiquer un peu au nord de la tour de Simon. M. Schick pense qu'il se trouvait sur un des derniers plis du mont Sion, et que du fond de la Aallée on y montait par quelques marches (1). Il est en effet vraisemblable que le Xyste, qui est S3'non3'me de gymnase, soit le même bâtiment que Jason « osa construire sous la citadelle (2). » Le trian<^le forme par la jonction de la Aallée transversale avec la centrale convient assez pour son emplacement.

En tout cas, l'historien ne veut pas dire que les auxiliaires préparaient l'attaque de la ville haute au fond de la vallée. Car l'angle nord-est de la colline occidentale se termine non seulement par une pente abrupte, mais par un véritable précipice. Une accu-^ mulation de terre de 15 à 20 mètres pour obtenir une terrasse, aurait à peine suffi pour élever les machines de guerre à la hauteur des remparts. On peut en j uger par les maisons bâties en face de V arche de Rohinsou. Malgré les décombres qui depuis dix-huit siècles se sont entassés dans la vallée, on 3' A'oit des habitations assises sur une saillie de rocher taillé à pic sur une hauteur considérable ; d'autres sont comme suspendues au flanc de la colline. Non, ce n'est pas au fond de la vallée large, ni sur les flancs abrupts de la colline, mais sur la colline elle-même, l'Acra, d'où les Juifs venaient d'être chassés, qu'il était

(1) Op. cit., p. 200.

(2) // Muccli., IV, 12.

M-: MONT SION r).{

possible d'élever les (i(/(jcrcs contre la ville haute.

(' Au bout de dix-huit jours, les Romains approchèrent les machines: parmi les séditieux, beaucoup perdirent l'espoir de sauver la ville, abandonnèrent le mur et se retirèrent dans le donjon il). A peine les béliers avaient-ils fait tomber un pan de muret ouvert des brèches dans cjuelques-unes des tours, que les défenseurs les abandonnèrent et ({ue les tyrans furent pris de terreur panique. Dans leur consternation, ils s'enfuirent même avant que les Romains n'eussent donné l'assaut à la muraille... Ainsi les tyrans se privèrent eux-mêmes de la grande ressource C|ui leur restait, abandonnant des tours où ils n'avaient à craindre que la famine. De cette manière, les R.omains, qui avaient tant fatigué pour forcer les murs les plus faibles, eurent l'heur de se rendre maîtres sans peine de ceux dont aucune machine n'aurait triomphé. Car les trois tours dont nous avons parlé plus haut (2), étaient plus fortes que toutes les machines de guerre (3). » Titus luimême le reconnut, et à ceux qui le félicitaient de sa victoire, il répondit : « Ce n'est pas moi qui ai vaincu ; Dieu irrité contre les Juifs s'est servi de mon bras (4). »

Comme conclusion, tout s'harmonise pour qui met

(l) A propos de la conquête de Sion par David, Josèphe (Ànt. jtnL, VU, VIII, 4) l'appelle aussi une fois axpa, ijui osl le nom gcnoriquo de forteresse, tour, donjon. La tour Bàris est désignée par le im'me mot. Mais l'historien ne les confond pas avec la ville basse dont le mot Acra est le nom propre : celle-ci était en tout temps li( citadelle de Jérusalem par excellence.

(i) Bell. ./»(/., V, IV, 3. — Ce sont les tours d'ilippicus, de PhasaOl et de Mariamne.

(3) Bell.jtid., VI, vin, 4.

(i) liell. Jiid., VU, V, 2. — Cfr. Philostratc, VI, 35.

la ville basse sur le plateau nord-est du Sion. Or TAcra que Josèphe y localise est la « ville de David » des Machabées, le Millo des anciens documents. C'est pour avoir perdu de vue ces identifications corroborées par la Bible et l'histoire, que les savants en sont venus à une foule de théories, dont ils sont les premiers à n'être pas satisfaits.

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