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PREFACE

De Mgr Fréclien GIANISTINI

Par un sentiment de délicate attention, leR.P. Barnabe Meistermann m'a dédié son ouvrage et m'a prié d'en écrire la préface. 11 savait que Custode de Terre Sainte, j'avais été amené à m'occuper de ces sortes de questions et à me rendre compte de leur importance. Pour moi, tout en remerciant l'auteur de sa gracieuse pensée, j'ai accédé d'autant plus volontiers à son désir, que ce nouvelle ouvrage se recommande par une érudition de bon aloi, respectueux de la foi, soucieux du véritable progrès accompli sur le terrain biblique, historique et archéologique, s'inspirant enfin des recommandations de la S. C. de la Propagande touchant la modération et les égards dus aux personnes, de rigueur dans de pareilles discussions.

L'Eglise, si elle se souvient du témoignage que se rend l'Apôtre, dcpositum custodi, n'a pas cependant oublié la parole du Maître : « Que votre lumière luise aux j'^eux des hommes » ; loin d'empêcher l'étude, elle l'encourage, mais aussi elle met en garde contre de dangereuses innovations ou contre des assertions téméraires, souvent plus séduisantes que bien fondées.

\iii i»ri:face

Les questions palestiniennes sont trop importantes pour ne pas solliciter l'attention des hommes rclii^ieux aussi bien que des savants. Non seulement elles touchent à l'antiquité, et font revivre quelciue chose du passé de l'humanité, résultat toujours digne d'intérêt pour l'homme qui réfléchit, puisque l'histoire est la maîtresse de la vie, mais encore elles touchent à l'économie de notre salut éternel. Nous, catholiques, vivons d'un fait divin, la Reli;Lcion chrétienne, préparée pendant des siècles et puis révélée par Jésus-Christ, l'auteur et le consommateur de notre foi. Mais ce fait est nécessairement lié au temps et à l'espace ; cet ensemble grandiose et harmonieux de manifestations surnaturelles a eu la Palestine pour principal théâtre, et cela pendant environ 2,(K)0 ans. C'est pourquoi, les questions topographiques éveillent ici des souvenirs, cjui ne sont pas sans intérêt pour nos âmes. Il y a plus, une question de principe se pose, volontiers je dirai, s'impose avec ses conséquences inéluctables pour l'apologétic^ue de notre foi, dans tous ces problèmes qui au premier aspect semblent relever de la pure érudition.

Au bout de tous les débats se présente la question de tradition : que valent les renseignements c^u'ello prétend nous communiquer? Prenez la localisation des sanctuaires les plus illustres, le Saint-Sépulcre, le Calvaire, le Prétoire, Gethsémani, Bethléem, Nazareth. Une église encore existante, réparée ou reconstruite plusieurs fois au cours des âges, vous permet de refaire leur histoire jusqu'auvi'',v%iv*'siècle même. Mais alors, force est de se demander si les premiers constructeurs ont été guidés par leur

rniiFACE IX

fantaisie OU par des indications objectives. Kt cette tradition, qu'ils prétendaient consacrer jiar un monument, pouvait-elle garantir son enseignement?

Je le sais, ces questions se résolvent souvent en divers sens, sinon sans préjudice pour la piété, au moins sans danger apparent pour la foi, puisque nous adorons le Père en esprit et en vérité. Je dis u sans danger apparent, » car au fond elles soulèv^ent une question plus générale, celle de la valeur de la tradition. Est-on, oui ou non, autorisé à rejeter celle-ci a jyriori, comme radicalement incapable de nous transmettre les anciens souvenirs ? Peut-on souscrire sans réserve à cet axiome peut-être trop vague pour être toujours bien compris: « pas de documents, pas d'histoire »? Et si au lieu d'examiner soigneusement la tradition sur sa provenance et ses vicissitudes, d'analyser exactement son contenu et de le séparer des superfétations et des altérations, qui peut-être s'y rencontrent, car. faina crescitcundo, on met tout en suspicion, n'est-il pas à redouter qu'on n'adresse au savant catholique le reproche d'inconséquence? Pourquoi, lui dira-t-on, écartezvous comme incapable de vous renseigner la tradition historique, alors que vous vous inclinez respectueusement devant la tradition dogmatique? N'avez-vous pas de part et d'autre un témoignage portant sur une chose constatée ou déduite et transmise par une série de personnes exposées à déformer au moins inconsciemment ce qui leur a été confié ?

Sans doute, le savant catholique pourra répondre que la tradition dogmatique, au sens où l'entend l'Eglise, a des garanties que ne possède pas la tradition historique : Jésus-Christ a promis d'assister

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