PREFACE
toujours son Eglise et de préserver d'erreur son enseignement officiel, et partant la foi qu'il engendre. Fort bien! Mais ce privilège change-t-il la nature de la tradition, et si celle-ci est radicalement incapable de transmettre la vérité historique, comment justifier notre apologétique? Car cnlin l'ordre surnaturel ne détruit pas l'ordre naturel, mais le suppose, ensuite le perfectionne.
Et pour ne citer qu'un exemple: Ces critiques qui ne voient dans la Genèse c|u'un recueil de traditions orales, considération à laquelle nous invitent d'ailleurs l'antiquité ecclésiastique et le caractère littéraire des récits, ne concluent-ils pasc|ue nous ne possédons là qu'un recueil de mythes ou de légendes sans valeur historique? Plus d'une fois j'ai entendu formuler cette conclusion. Que leur répondra celui qui ne croit pas qu'une tradition populaire puisse contenir une vérité historique et témoigner de la réalité d'un fait? Comment expliquera-t-il le jugement infaillible sur la valeur de ces traditions en vue du l)ut religieux, c|ue poursuivent les écrivains sacrés, de donner une idée vraie de l'antique histoire d'Israël et de ses origines les plus lointaines, jugement que certes l'inspiration leur conférait ? Confondra-t-il sous un même concept la révélation et l'inspiration, faisant de celle-ci une espèce de dictée, cj^ui pourrait bien annuler la liberté des hagiographes et sacrifier leurs droits d'auteurs, auteurs secondaires et causes instrumentales sans doute, mais auteurs véritables et causes libres?
Le catholique devra donc dire, lorsqu'il entend justifier l'autorité de la tradition dogmatique, que la tradition orale, qui par sa nature jDeut nous trans-
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mettre la vérité, dans ce cas nous la transmet de fait, grâce au privilège octroyé par le Christ à la société religieuse, qui continue son œuvre. Aussi, lorscjue en théologie on a constaté le caractère vraiment traditionnel d'un enseignement, on a constaté du même coup son bien fondé, puisque on a constaté que Jésus-Christ, l'Homme-Dieu, ou les Apôtres, organes de l'Esprit-Saint, nous ont révélé ces choses. Et en Dieu il n'y a ni ignorance ni mensonge.
En est-il de même en histoire? Pas tout à fait. Avoir constaté la tradition, c[ui née le jour où un fait s'accomplit, s'est transmise à travers les générations, c'est avoir trouvé un terrain solide pour édifier sur la science et sur la véracité des premiers témoins, pour discerner leurs assertions des altérations inconscientes ou tendancieuses de ceux c|ui nous les ont transmises.
Mais qu'on veuille bien remarquer que dans les deux cas nous entendons parler d'une vraie tradition, et non pas d'une opinion reçue, cjui n'en a que l'apparence. Personne en effet n'ignore que la tradition dogmatique, tout comme la tradition historique, est non seulement l'objet d'une transmission, mais aussi celui d'une étude plus ou moins approfondie, en rapport avec la culture et les préoccupations de ceux qui s'y livrent.
La théologie est ainsi la science de la tradition religieuse consignée dans les livres saints ou conservée oralement dans l'Eglise. Ses investigations peuvent susciter des problèmes, amener des contro- A^erses, créer des opinions divergentes et partant plus ou moins exactes, sur le sens de la tradition, sur son contenu et sur le caractère vraiment tradi-
XII PRICFACE
tionncl de telle ou telle doctrine, présentée sous son autorité. Science faillible, qui subit l'influence des milieux et des temps, elle représente l'opinion des savants, qu'on ne saurait, au moins dans le cas où ils sont unanimes, mépriser sans témérité ou dédaigner sans outrecuidance. Mais ici encore les théologiens ne sauraient être identifiés avec la théologie, pas plus que la science avec les savants qui la cultivent. Lorsqu'enlin l'Kglise croira l'heure venue de mettre fin aux dél)ats, parce qu'elle juge la lumière suffisante pour se prononcer, elle fixera le sens de la tradition ou l'étendue de son contenu sur le point en litige et développera ainsi son enseignement officiel. Développement tout subjectif, on le voit, qui consiste à prendre une conscience plus claire, une compréhension plus vaste, une intelligence plus profonde de ce c[u'on crovait autrefois implicitement, tout au moins en retenant comme sources de la foi l'Ecriture et la Tradition. Et ici de nouveau, grâce au Saint-Esprit, qui assiste l'Eglise, le développement, consacré par l'enseignement officiel, se fera toujours in codcm sensu et in cadem scntcntia. C'est un accroissement, oui. un progrès sans doute, mais qui n'ajoute rien à ce que Dieu a révélé. Tout consiste pour nous à nous en rendre compte dune manière plus parfaite.
La tradition historique elle aussi, avons-nous dit, peut être l'objet d'une étude, non seulement c^uand il s'agit de la constater et de la distinguer de ce qui n'est que sa contrefaçon, et n'en revêt cjue les dehors sons en posséder les chances d'information, mais encore quanta son contenu et c|uant à la manière de se représenter les faits peut-être complexes.